FAIRE CRAQUER SA LANGUE

Faire craquer sa langue Comme une allumette qui éclaire La complexité inépuisable du langage

RACONTER SA VIE est un leurre pour lecteurs naïfs mais on peut laisser ses traces de divers moments vécus au cours d’une vie ou plutôt de plusieurs vies qui passent en nous : récits en prose mémoires oublis autoportraits multiples faits vérifiables ou imaginaires journaux intimes authentiques ou peu fiables paroles rapportées chroniques liées à l’histoire avec sa grande H enfin tout le fourbis et tous les pronoms qui n’ont de personnels que le nom le je du jamais moi le tu du souvent toi et l’il des anamnèses l’elle mon alter-égale le nous brisant le cogito vous n’auriez pas dû lire autant de lincuistres me souffle le penseur précieux de la société des individus ils partirent cinq cents et s’il n’en reste qu’un je serai le premier à pousser ses vies anonymes dans cet espace de papier

COMME UN GUETTEUR MÉLANCOLIQUE J’OBSERVE LA NUIT ET LA MORT

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COMME UN GUETTEUR MÉLANCOLIQUE J’OBSERVE LA NUIT ET LA MORT

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? –À la fin tu es las de ce monde ancien (n’oublie pas la diérèse de ce bel alexandrin « an-ci-in ».) Nous l’avons récité maintes fois et tu sais bien qu’il s’agit de Zone, le poème liminaire d’Alcools. Tu vois cette nuit j’ai replongé, corps et biens, dans l’œuvre multiple, spontanée et savante de ce diable de Guillaume le dernier empereur de la poésie française. (On enterra Apollinaire deux jours après l’Armistice du 11 novembre 1918, dans la rue tous ses proches et les anonymes qui accompagnaient Guillaume au père Lachaise entendirent comme un dernier trait surréaliste : « À mort Guillaume ! À mort l’Empereur !» c’est du kaiser qu’il s’agissait). Apo humain trop humain qui fit moultes jeux d’amour, sous toutes ses formes, sans oublier la mourre, jeu du nombre illusoire des doigts. Apo ou Gui, comme il signait parfois ses lettres à Lou, fit feu de tout bois, « chef d’un orchestre d’une étendue inouïe ». J’aime à dire que ce fut le dernier d’une longue lignée à qui l’on peut discerner sans rire le titre de « poète ».  Critique et inspirateur de l’art nouveau, des peintres cubistes, du naïf Rousseau et de l’art nègre que l’on dit aujourd’hui « premier ». Trois grands lys Trois grands lys sur ma tombe sans croix Trois grands lys poudrés d’or que le vent effarouche. Comme un guetteur mélancolique J’observe la nuit et la mort. Apollinaire

JEU D’ÉCRITURE

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JEU D’ÉCRITURE

Si j’écris Je Ce n’est jamais Moi C’est un Je(u) d’écriture

Jeu d’écriture infini noir et blanc où j’accumule les papiers écrits à la main les feuillets en joie et les feuilles en deuil les instants précieux -nos paradis perdus qui n’eurent rien d’artificiels- et les « poèmes à ma morte » écrits (deux ans durant après sa disparition) sur les pierres noires et les galets de la mer Jeux d’écritures mes amers (points de repères fixes portés sur une carte-un portulan- et utilisés pour faire le point en vue de pouvoir crier Terre !) et mes rhumbs (un secteur angulaire 1/32° de la rose des vents) un dictionnaire à part  moi pratique d’une écriture en fragments où chaque texte est une heureuse parenthèse, un va-et-vient comparable aux sillons que mon père traçait avec sa charrue-brabant (équipée de deux séries de pièces aratoires- soc et versoir, rasette, coutre- les unes pour verser vers la droite, les autres, quand on est au bout du champ et que l’on renverse l’outil, pour verser vers la gauche) Jeu des boustrophédons Jeu d’écriture Je multiple qui s’écrit sur les ardoises d’un « moi » qui s’en va doucement vers sa perte, telle la fin de ce texte que j’ai écrit ce matin aux aurores assis sur un tronc d’arbre que l’on vient de couper…dans « mon jardin imparfait » Montaigne

premier jet 24 mai 2023 « comme une aurore de paroles »

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

NI TROP NI PEU

NI TROP NI PEU Une dizaine de lecteurs par jour et jamais les mêmes, de France, d’Europe, mais aussi de New York, de Londres, de pays africains, et quelquefois de Chine ou de Taïwan…Que demande le blogueur de Poésie Mode d’Emploi ? Ni plus ni moins Ou, mieux, reprenant la devise de Jean Marot, le Rhétoriqueur : Ni trop Ni peu 11 mai 2023 J’ai ouvert le blog Poésie Mode d’Emploi le 8 janvier 2006 : un poème par jour, posté la nuit de préférence.