CAUSERIE

CAUSERIE 

J’ai perdu Baudelaire.
Je l’avais dans les mains, pour vérifier un vers, et puis, le temps de le descendre de la bibliothèque pour la table en plein air de l’été, on m’appelle, on me hèle. Je ne sais plus où j’ai posé cet exemplaire des Fleurs, acheté du côté d’Ulm, après l’oral de Lettres de ma fille, en juillet 2007.
C’était un sonnet.
Vous êtes bien avancé.
Vous êtes dans l’Iliade avec ses doigts de rose.
Vous êtes devant votre ordinateur qui s’éclaire.
Vous êtes un ciel qui sourit à cette Causerie :
Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose !


Un nouveau dictionnaire à part moi page 25-26

UNE SOUPE DE SOUVENIRS

Tu te souviens de l'autobus vert avec un toit blanc 
Mais était-ce un R ou un S ?
Tu te souviens de sa plate-forme arrière
Où tu montas un livre ancien sous le bras
Tu te souviens qu'un type vint vers toi
Tu te souviens qu'il avait tout d'un freluquet au long cou
Comme le héron de La Fontaine
Tu te souviens que le bus passa devant un cinéma qui programmait la Soupe au Canard
Tu te souviens de la séquence où Groucho Marx cigare au bec
tire le rideau d'une fenêtre pour empêcher un boulet de canon de traverser la pièce
Tu te souviens du contrôleur criant Gare Saint Lazare :

Terminus des Exercices de style !
Tu te souviens qu'alors tu t'es dit à tout hasard
Je vais coucher tout ça par écrit la main sur la charrue du vocabulaire

DANS LE HALO DES TEMPS HEUREUX



Il était une fois un cœur de chasseur de papillons
Une maison de poupées faite par le menuisier du village
Une petite pièce du Grand Guignol
Une boîte à herboriser
Un jeu de barre dans la cour de récré
C’était peut-être encor vous en souvenez-vous
Dans le halo des temps heureux

JE ME SOUVIENS DE LA TÉLÉVISION EN NOIR ET BLANC



Non, moi non plus, comme Bourvil le chante, je ne me souviens pas du nom du bal perdu, ce dont je me souviens en revanche, ce sont les bals de l’été des fêtes de villages, les balloches, dont j’apprends qu’il s’agit aussi des « testicules » qui entre parenthèses donnèrent au temps des textes écrits sans queue ni tête les texticules  (du hasard)
Je me souviens du Hasard et de la Nécessité du biologiste Jacques Monod et de son visage qui passait, en noir et blanc, sur l’unique chaîne de télévision.
Je me souviens de l’enfant Goajiro qui grimpait au cocotier nous chercher une noix de coco et que l’on surnommait Mono (Petit Singe rieur et malin)
Je me souviens de Guernica que j’ai vu en 1974 au Moma, pas loin d’une Nymphéa dont la dimension 1×2 m, me faisait faire des allers-retours
Je me souviens aussi que le même jour je tombais en arrêt devant un tout petit tableau de Dubuffet que personne ne regardait Il représentait Joe Bousquet, cloué au lit, lisant un livre dont se détachait le titre choc : Traduit du silence, et qui commençait par Je suis dans un conte que mes semblables prennent pour la vie
Je me souviens de temps en temps qu’il faudrait que je relise quelques histoires de La vie mode d’emploi « Une lecture plus attentive de ces vies imaginaires permettrait sans doute d’en détecter les clés »
Je me souviens de mon petit vélo rouge d’enfant que je rangeais la nuit dans l’étable à côté de la maie des cochons (à la différence de « le petit vélo à guidon chromé au fond de la cour » de Georges Perec)
Je me souviens de ma première bagnole, une deuch bleue (« comme une orange » évidemment)
Je me souviens de Si sta facendo sempre più tarde : Il se fait tard, de plus en plus tard
"Entre temps la vie s’est écoulée, on ne peut plus la rattraper" me confie dans un sourire navré Antonio Tabucchi qui repose désormais au cimetière des Plaisirs, à Lisbonne sa seconde patrie.