DISPARITIONS 94

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Disparition Michel Leiris

93/99

94

Le jour de la disparition de Michel L., le 30 septembre 1990, sur le journal du soir :

UNE VIE, UNE OEUVRE

La tranquille désespérance d’André de Richaud

 » La peur grise et duvetée qui serre le cœur, pareille à un oiseau tremblant et chaud qui s’effraie et dont les pattes rouges se crispent sur votre poitrine. « 

JEAN ROUAUD LE KIOSQUIER SANS CONVOITISES

L’auteur du roman  » les Champs d’honneur  » est marchand de journaux à Paris

ETATS-UNIS MORT DE LARRY-O’BRIEN

 L’ancien directeur des campagnes électorales de John Kennedy, Larry O’Brien, est mort jeudi 27 septembre à New-York à l’âge de soixante-treize ans

LA MORT DE MICHEL LEIRIS

L’écrivain Michel Leiris est mort dimanche 30 septembre dans sa maison de Saint-Hilaire (Essonne) à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. 

UN MONTAIGNE SURRÉALISTE

« L’étrange projet de se peindre soi-même » dont parlait Montaigne, Michel Leiris a passé sa vie d’écrivain à le pousser jusqu’à ses conséquences extrêmes, se livrant à l’inquisition de soi-même, se « barattant » jusqu’au vertige. Sans concession, sans tricherie, en traquant tout ce qui, dans le langage et dans l’écriture, peut servir de masque ou d’ornement menteur. 

LA PLUME ÉCRIT

La plume écrit

Sur le papier

En silence

Sur un air

De deux airs

Dans sa tête

.

Elle écrit

Au monde entier

À la marchande

D’allumettes

À Jean Jacques

Citoyen de Genève

.

La plume écrit

Dans la forêt

De ses rêves

Sur le chemin

Des mots perdus

Du p’tit Poucet

Elle écrit un poème

Pour prolonger

Son existence

Pour accompagner

Ses diverses insomnies

De rimes équivoquées

.

La plume écrit

Jusqu’à plus soif

Jusqu’à plus d’encre

Dans l’encrier

Et plus d’idées

Dans l’an crier

POUR MÉMOIRE 26/30

Et pour oublier le temps

26

Je me souviens de mille détails de ma vie c’est pour ça que les écrivant j’essaie de les oublier

27

Je me souviens des roitelets de mon village natal qui ont disparu maintenant de ma haie de lauriers martégale

28

Je me souviens des 3340 lettres écrites par ce cher Stéphane Mallarmé à 550 correspondants : Monsieur Monet, que l’hiver ni/ L’été sa vision ne leurre / Habite, Giverny/ Sis auprès de Vernon, dans l’Eure

29

Je me souviens être monté à l’Empire State Building Poeta en Nueva York de Lorca sous le bras

30

Je ,me souviens de Linda une belle écossaise qui vivait avec mon collègue prof d’anglais lourdais (je ne sais pas si cinquante après elle l’a lourdé)

VEDETTE DE CINÉMA ET HUMOUR courriel 74

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

74

R.G à R.G.

Une vedette de cinéma, même la plus sincère, la plus dévouée, la plus foncièrement honnête, dès que ça touche une grande souffrance sociale, à une vraie plaie, eh bien…ça fait vedette de cinéma.

R.G. à R.G.

L’humour c’est une façon habile de désamorcer le réel quand il va vous tomber dessus.

.

R.G.(21 mai 1914-2 décembre 1980) Il mystifia le jury du prix Goncourt qui lui attribuèrent deux fois le prix.

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas 17/68

MAI 68

17/68

SILENCE L’ARBRE DE LA DÉMOCRATIE REMUE ENCORE

Se taire
Mais de quel côté
Faire silence
Côté jardin
ou côté cour ?

Silence l’arbre
remue encore
Fantastique titre
et pièce
que je vis
à sa création
au festival d’Avignon 1967
Silence
au Cloître des Carmes
signé
François Billetdoux
(ça ne s’invente pas)

La nostalgie camarade
Aujourd’hui premier juin
54 ans après
le 1e juin de 68
Quand Le Monde publiait
ce jour-là
un poème anonyme
issu des murs
et des barricades
Casqués engourdinés
Le poème s ‘en prenait
aux CRS
sans jamais les nommer

Premier juin 2024
putain déjà
Je vois des Français
Cons comme des ballets
Qui s’apprêtent à voter
de plus en plus veaux
Pour le Bardella Bardabrac
Qui vient de passer
5 ans au chaud
député de l’Europe
sans en foutre une rame

Silence ma rage
Remue encore
Devant ces électeurs
asservis par une idéologie
Qui n’est que dans un passé
Rance et porteur
De malheur
De grands malheurs

Le casque des pavés ne bouge pas d’un cil

chante Claude Nougaro

Mai mai mai Paris mai