J’ÉCRIS POUR LEVER DES LIÈVRES

En définitive à quoi écrire sert-il sinon à vivre ?
 Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » - écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » - avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. 
Mais ici, la chose est dite.

Jacqueline Bisset


J’écris pour lever des lièvres
lever le pied
lever au cœur les expressions

J’écris dans la discrétion
le silence et l’effacement

J’écris dans l’exubérance
la profusion et l’effervescence

J’écris résistant au vertige de l’écriture
mais non à sa folie passagère

J’écris le passage
en attaché
en cursive

J’écris en courant sur la page
dans la rumeur des vagues

J’écris dans le mutisme des nuits
la lumière des poètes de l’exil

J’écris en lisant
flux et reflux qui soulèvent mes livres
de sable et d’écume

J’écris à califourchon
à dada
sur la bicyclette grammée garnie de grelot 1

J’écris comme un cochon
un apache ou un apparatchik
(au choix)

J’écris en voyant de ma fenêtre une portion de méditerranée

J’écris je n’oublie pas
entre Charybde et Scylla
cette intensité de l’instant
où ça passe ou ça casse
(dit trivialement)

J’écris 
puis je laisse reposer
dans des carnets signés de noms
qui n’apparaissent sur aucune carte d’identité

1 George Grosz (1893-1959)

LA PAGE NE DOIT PAS ÊTRE DÉÇUE

passage éclair
hypnographies dorio 27/11/2016




LA PAGE NE DOIT PAS ÊTRE DÉÇUE DE TON PASSAGE ÉCLAIR

La nuit dormait je la réveille
D’un poème écrit il y a cinq ans

Cinq ans : un lustre
Non le luminaire suspendu au plafond
(Tire lui la queue
Il pondra des œufs)
Mais la période de cinq ans
Oubliée par la plupart des causeurs de langue française
depuis belle lurette

La nuit dormait je la remets
Sans trop insister sur les rails
D’un cahier d’écolier « Haute Ligne »

Cette page attendait se croyant abandonnée
J’espère qu’en la couvrant de mes signes
Je ne l’ai pas déçue



DES ESSAIS





Des Essais

Montaigne en fit des tonnes

Je n’ai pas asteure

Ses livres sous les yeux

Mais je me souviens

De quelques passes mémorables

Il appelait ça peindre le passage

Celui du temps

dont il goûtait

chaque seconde

quand tout bien

se goupillait

Mais quand il avait le bourdon

Il le traversait

à sauts et à gambades





Cette nuit

Moi aussi

C’est la cloche des morts

Qui m’a réveillé

Alors je prose

Cheval blessé

Qui rue

Et trempe généreusement

les doigts dans l’encrier





Comme vous pouvez le constater

LE TEXTE VA





Désirable ou indésirable le texte va

La main l’agite dans tous les sens

Toutes les nuits cherchant l’ouverture

Comme l’acteur sur le plateau

Qui se confronte à Alceste ou Galilée.





Indésirable ou désirable le texte coule

Il passe il ne fait que passer

Dans l’encre et dans cette plume

Qui se perd dans sa page

Ou bien saisit l’occasion

d’une trouvaille inespérée.





Cette nuit c’est repos et répit

Les fantômes se lassent de tourmenter

la personne écrivant

qui ne revendique pas l’ « être »,

mais le passage,

d’un texte à l’autre,

ouvrant ainsi son singulier chemin.





24/01/2021

PASSAGE DES LIVRES





Les livres ne s’usent que si l’on s’en sert

Pour faire de beaux découpages

Pour ouvrir n’importe quelle page

et y chercher son horoscope perpétuel

Pour déchirer toutes les pages 68

Et en faire une belle flambée

Les livres sont des fleurs inverses

Que l’on mange à la lettre

Dans le Secret des Marges

Comme du bon pain blanc

Editions Rafael de Surtis
81170 Cordes/Ciel
passage des livres
" Je peins principalement mes cogitations, sujet informe, qui ne peut tomber en production "ouvragère"; à toute peine le puis-je coucher en ce corps aéré de la voix..."
Michel de Montaigne