POUR MÉMOIRE 6 à 10

6 Je me souviens que ma grand-mère Germaine ramassait des orties pour en nourrir ses petites oies

7 Je me souviens des navets que mon père tranchait pour nourrir nos cochons

8 Je me souviens de l’atelier fruits, inducteurs d’un exercice d’écriture que nous avions préparé avec Jo, mon épouse, proposé à des participants venus, à la Bugade de Villeneuve les Avignons

9 Je me souviens des grenouilles pêchées en solitaire dans les mares des fermes sur les collines surplombant mon village (mon leurre était le « farouch » le trèfle incarnat, accroché à un hameçon trident))

10 Je me souviens des puces véritables qui tâchaient les draps de lit rugueux de mon enfance (ma chambre était située sous le grenier)

MAI 68 un commencement qui n’en finit pas

MAI 68 UN  ROMAN

Séquence 9

ET VOUS COMMENT VOUS DÉBROUILLIEZ-VOUS EN MAI 68 ?

« Que tu sois environné par le chant d’une lampe ou par la voix de la tempête, par le souffle du soir ou le gémissement de la mer, toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix, où de temps à autre seulement ton solo trouve place. »

Rainer Maria Rilke

Avec Mai 68 je me débrouille comme je peux…

manière de parler sur un sujet des plus embrouillés

et qui risque, si l’on n’y prend garde, un jour de disparaître

Ou bien, encore pis, d’être confondu avec les révoltes culturelles

de Civilisations Autres que celle mise en branle

par les Éblouis de la Sorbonne et les Affichistes des Beauzarts

Avec Mai 68 dont les papiers collés ornèrent les murs symboliques

d’une muraille de Chine serpentant autour du Quartier Latin

Hybridations de signes en rouge et noir qui affolèrent les bêtes à cornes

Cours cours camarade le vieux monde est derrière toi

Et les mandarins et mandarines de Nanterre

C’est la faute à Voltaire C’est la faute à Bendit

Avec Mai 68 le Corps Social tel un géant de Rabelais

envahit le Grand Bazar et se dresse écrivant,

écrivain collectif d’un corpus pulvérisant les vieilles lunes

de l’Odéon du Panthéon de l’Académie des vieillards

du Temps proustien momifié

Avec Mai 68 je me retrouve raturant au stylo bic

les pages de littérature imprimées à Saint Germain d’Après

avec l’éponge qui enlève la poussière du tableau noir

pour le rendre apte à accueillir les paroles

dictées une à une par les participant.e.s

des Comités D’Action, dans une cour d’école,

un coin de rue, la cantine d’une usine occupée…

En ces lieux imprévus où fleurit ce texte collectif,

magnifique, moqueur, moteur d’une voix anonyme,

ouvrant de temps en temps, cette voie individuelle,

où depuis Mai 68, nos solos  trouvent  place…

SOUS LES PAVÉS LA PAGE courriel 68

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

68

P.G.à P.G.

SOUS LES PAVÉS LA PLAGE…Ce cri jaillit dans le déferlement de mai 68 , repris dans les discours, écrit sur les murs, déposé enfin dans des recueils de slogans, n’a cessé de propager des ondes de choc à travers les espaces de l’imaginaire collectif.

À l’origine de cette image, il y eut une appropriation fraternelle de la ville et de son sol : d’abord descendre dans la rue, sortir des immeubles, déborder des trottoirs, se déployer sur la chaussée, occuper le milieu de la rue, bref tenir le pavé.

P.G. à P.G.

Enfin, un soir un geste anonyme déclencha l’attaque du sol, une relation à l’espace urbain encore plus déconcertante : dépaver.

L’extraction des pavés permet une intense expérience concrète : en ôtant un à un les blocs joints qui constituent la surface de la chaussée, le regard découvre, sous le pavé, un mince lit de sable, sorte de coussin protecteur qui permet de tasser les pavés alignés en vue d’égaliser et d’aplanir leurs faces visibles.

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P.G. (3 mars 1928-17 janvier 2006)

Peu avant mai 68, P.G. crée au sein du Musée d’Art Moderne de Paris l’ARC : Animation, Recherche, Création, Un musée forum contestant le Musée forme. (Belle anticipation de la face solaire de Mai 68 qui eut aussi ses Soleils noirs)

DISPARITION XIII

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,
pendant vingt-trois semaines,
soit cent soixante et un fragments,
si tout se passe comme prévu.

DISPARITION XIII

Christian Dotremont

86/92

87

Avez-vous été heureux ? – oui – jusqu’à ma peine qui frétillait de joie.- mon bonheur tonnait en moi . – en ce temps là la violence était douce, – les étoiles plus étoiles –  le soir plus soir – moi moins moi – le soleil avait une belle figure – (je ne l’avais jamais vue) – j’étais comme un enfant qui marche un pied dans la rue- un pied sur le trottoir- mais j’ai dû seulement marcher sur la rue de la peine- qui est vide. – je déclare : rien n’est si lourd que le néant- j’ai connu ce que je ne connais pas. – je ne connais plus- que les dents lentes du temps- qui mangent les herbes – disponibles.

87 bis

-Encore heureux ?

–Oui si l’on veut.

-Encore enfant ?

-Là tout à fait.

-Encor langage ?

-J’y touche un peu.

-Encore en vers ?

-Oui je les tourne.

-Le cœur battant ?

-Cherchant le rythme

Le swing du jazzman.

–Encore en lutte ?

-Toujours en butte

aux lazzi des Nantis

-Encore vierge ?

-Et vivace aujourd’hui !