POUTINE FASCISTE

« Quand, avec un mouvement de menton viril, Poutine déclare que « face à la menace terroriste, peu importent les pertes, nous ne nous laisserons pas faire, qu’on se le tienne pour dit! », il se rappelle comme elle (la journaliste Anna Politkovskaïa abattue dans l’escalier de son immeuble le 7 octobre 2006) la rumeur insistante selon laquelle les terribles attentats de 1999 n’ont pas été commis par les Tchétchènes mais par le FSB (successeur du KGB) avec l’aval du président Poutine, et il finit comme Politkovskaïa par traiter celui-ci de « fasciste ».« 

Emmanuel Carrère Limonov 2011

 » Arrivé au pouvoir, il aime se faire photographier torse nu, musclé, en pantalon de treillis, avec un poignard de commando à la ceinture. Il est froid et rusé, il sait que l’homme est un loup pour l’homme, il ne croit qu’au droit du plus fort, au relativisme absolu des valeurs, et il préfère faire peur qu’avoir peur. L’équipage du sous-marin Koursk peut mettre huit jours à crever d’asphyxie au fond de la mer de Barants, les forces spéciales russes peuvent gazer 150 otages au théâtre de la Doubrovska et 350 enfants être massacrés à l’école de Beslan, Vladimir Vladimirovitch alias Poutine donne au peuple des nouvelles de sa chienne qui a mis bas. La portée va bien, très bien : il faut voir le bon côté des choses.

E. Carrère

MOI

Moi-ci Moi-là

Moi yin Moi yang

Moi et les petits oiseaux

Un roitelet des troglodytes

Moi chérissant la mer

Dans les eaux de ma mère

Moi sur mon île déserte

Individu littéraire

Sur scène avec Didi et Gogo

En attendant le Cogito

Moî moi m’applaudissant d’une seule main

L’autre mouchant la flamme d’une chandelle

Moi au lit lisant ces fadaises

Niaiseries d’un mort fictif

Ni mort ni vif

FOL et FOLLE

Tu es folle comme une image brisée par le cinéma muet s’emparant d’une œuvre littéraire noire

Je suis sage comme le fol du théâtre du Globe  près de Tamise qui tamisait les mots pour dépister le démon et tuer la vermine

Puis dans nos univers parallèles il est une heure exquise où nous échangeons nos folies puisées dans le docteur Mabuse et le roi Lear

Fous de théâtre de cinéma et de la formule des conteurs traditionnels de Majorque : aixo era y non era, il était une fois et il n’était pas…

ÉCRIRE AVEC 7 ÉNERGUMÈNES DE L’ESPÈCE FABULATRICE

100

Avec George Perec

« Laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes ». Signé Perec, que l’on prononce Pérec le nom du père, juif polonais, mort en 40, quand Georges dit Jojo, avait quatre ans. Deux ans plus tard sa maman le met dans un train pour lui sauver la peau. Mais la sienne, celle de Cyrla Perec née Szulewicz, finit à Auschwitz la Maudite. « Arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse ». Souriant, volontiers déconneur (un mot d’époque), joueur de Go et d’Oulipo. Mais avant tout, « touchant ». Sa page des sports signée W, masquant l’horreur des camps et de « l’Histoire avec sa grande H » : son expression sublime, fatidique, à lire « littéralement et dans tous les sens ». Je me souviens d’avoir récrit à ma manière, les 480 entrées de Je me souviens, que lui-même avait emprunté à Joe Brainard, artiste new yorkais (I remember). Je me souviens que le jour de sa disparition, le 3 mars 1982, des petites manines flottaient dans mon jardin comme au début d’Amarcord et que mes filles encore enfants sautaient pour essayer de les attraper.

RIEN N’ÉTAIT ÉCRIT

Travail en cours

JJ Dorio

AVEC GUILLAUME APOLLINAIRE

103

Avec Guillaume Apollinaire

À la fin tu es las de ce monde ancien (n’oublie pas la diérèse de ce bel alexandrin « an-ci-in »).
Nous l’avons récité maintes fois et tu sais bien qu’il s’agit de « Zone », le poème liminaire d’Alcools.
Tu vois cette nuit j’ai replongé, corps et biens, dans l’œuvre multiple, spontanée et savante de ce diable de Guillaume le dernier empereur de la poésie française.
(On enterra Apollinaire deux jours après l’Armistice du 11 novembre 1918 ; dans la rue tous ses proches et les anonymes qui accompagnaient Guillaume au père Lachaise entendirent : « À mort Guillaume ! À mort l’Empereur ! », c’est du kaiser qu’il s’agissait).
Apo humain trop humain qui fit moultes jeux d’amour, sous toutes ses formes, sans oublier la mourre, jeu du nombre illusoire des doigts.
Apo ou Gui, comme il signait parfois ses lettres à Lou, fit feu de tout bois, « chef d’un orchestre d’une étendue inouïe ».
Critique et inspirateur de l’art nouveau, des peintres cubistes, du naïf Rousseau et de l’art nègre que l’on dit aujourd’hui « premier ».
J’aime à dire que ce fut le dernier d’une longue lignée à qui l’on peut discerner sans rire le titre de « poète ».


RIEN N'ÉTAIT ÉCRIT
travail au long cours
JJ Dorio