SUR UNE FEUILLE BLANCHE COMME NEIGE

Que c’est tentant une feuille blanche comme neige tant va la plume bleue noire rouge ou verte qu’elle s’y déploie « passe au travers » – expression mystérieuse je vous l’accorde suggérée par l’égyptien errer – plume nomade qui trace lignes listes inscriptions tant et tant qu’à la fin peut émerger une forme inédite surtout il est vrai si tout lecteur s’y met lui aussi toute lectrice s’y attèle prend à son tour la plume le calame le stylo bic et s’adonne au recopiage à la main tout en parlant à son papier et sans s’interdire quelques modifications, approximations : la chair des textes ainsi choyée doit être joyeuse et nos pages blanches féconder

LES POÈTES QUE NUL NE CONNAÎT

Les poètes qui refusent de se vendre au marché de la poésie

Que l’on publia naguère dans quelques revues discrètement disparues

Les poètes dont on taira le nom ici

Hommes erratiques femmes farouches

Libres senteurs mantes irreligieuses

Ces poètes cette nuit envahissent mon espace vierge

Comme la page que l’on combat à corps perdu

Ils passent par milliers elles m’écrivent d’outre-tombe

Je leur fais part en retour de mes rêveries pacifiques devant l’océan du même nom

Depuis Valparaiso Val Paradis

Présent presente y para siempre *(pour l’éternité)

*qui trouvera l’allusion faite à l’enterrement d’un poète (de chair et d’os) gagnera mon premier recueil de poèmes publié en 1975 par P.J.Oswald (hors commerce désormais)

UN PORTRAIT ON DIRAIT

J’ai les yeux noisette avec quelques points verts

J’ai l’heureuse ou la fâcheuse habitude (c’est selon) d’écrire de tout, sur tout, dans un mélange d’hybris et d’effacement de soi

Je suis aussi petit de taille que l’était Michel de Montaigne si bien qu’il m’est aisé de me hisser sur ses épaules de géant pour m’amuser à écrire moi aussi de lilliputiens Essais

J’ai l’amour des livres et des forêts de  Symboles

J’ai la bibliothèque d ‘un amateur avide de tout lire des auteurs qu’il admire et d’ignorer tous ceux qui sont à la mode de chez nous

J’ai la possibilité de modifier ce texte ou même de l’annuler mais je ne le ferai pas

Ce qui est écrit est écrit

Je n’aime pas les repentirs

La Bastide de Besplas Ariège

JE CHERCHE L’OR DU TEMPS

Silence cent ans après le cadavre exquis du Surréalisme remue encore

dans la durée poignardée de René Magritte

dans  l’infortune continue de l’écriture automatique et les frottages de Max Ernst

dans l’urinoir vertical de Duchamp l’autre Marcel qui fait proust

dans la branloire pérenne d’un monde à  feu et à  sang

Se faufiler dans ses ruines  porté par la formule obstinée d’André Breton : Je cherche l’or du temps

Ce qu’André Breton en vient finalement à baptiser « poésie  » , c’est tout le fil d’Ariane dont un bout traîne à portée de sa main et permet de l’aider à sortir du labyrinthe

Julien Gracq « André Breton » un livre publié chez José Corti en 1948