MUS IN PICE

Souvent et sottement me voilà (re)parti à l’aventure d’écrire sur moi, d’étendre cette manière de fureter non à partir « du parti pris des choses » mais de mes gloses autocentrées, me voilà pris de tournis comme je vis enfant un bœuf de notre étable attrapé par cette maladie. Devant cette attitude d’un gloseur s’empêtrant dans sa besogne, notre auteur de Montaigne disait (en pensant aussi à lui même) Mus in pice : c’est comme une souris dans la poix. Nul esprit généreux, ajoutait il, ne s’arrête en soi. Il prétend (cherche) sans cesse et va outre (au-delà) de ses forces.

Intranquille il vise la tranquillité. (Ça c’est de moi)

ET ÇA T’AMUSE ?

La meilleure manière de prendre un autobus en marche, c’est d’attendre qu’il s’arrête. Pierre Dac
La meilleure manière de lire un poème sur l’automne, c’est d’attendre le printemps des poètes.
La meilleure manière de mourir de rire, c’est dans la poêle à frire de la Môme Néant.
La meilleure manière de sauver le petit chaperon rouge, c’est de sortir entre chien 🐕  et loup🐺, un livre de La Fontaine sous le bras.
La meilleure manière de se rendre odieux aux cathos qui écoutent la messe du dimanche c'est de la remplacer par la logorrhée de frère Artaud : Pour en finir avec le jugement de Dieu.
La meilleure manière de transformer cet essai digne du tournoi des six nations c'est de le marquer sous les poteaux de l'équipe adverse La perfide Albion

L'art par divers essais naquit d'expérience et l'exemple indiqua le chemin traduction d'une citation latine des Essais

TOMBEAU DE JACQUES RÉDA

Sans jamais l’assombrir  comme une pure offrande : un Présent 

Belle hécatombe de mots
C’est enfin leurs fins
Dans les bras d’un sommeil
Que l’on dit éternel
La fête est finie
Mais les malheurs aussi
On vide les tiroirs
De tes cartes postales
Quelques tickets d’un bal
Ou d’un concert de jazz
Tu as fini aussi crédule
Et tendre sous l’écorce
Qu’un gosse des faubourgs
Que l’on voit siffloter
Le requiem de  Fauré
Entre les pages d’un album
Où quand vient notre tour
C’est toujours tout le monde
qui meurt... tout l’temps

ON ENTERRE MAL LES DERNIERS POÈTES

ATTENTION POÉSIE 
Toujours on reçoit en plein nez ce poteau : ATTENTION POÉSIE. Pourquoi?
Franchement je n’en sais rien, je me le demande.
Je ne m’obstine à écrire des poèmes peut-être que pour tâcher de savoir.
Jacques Réda
Une lettre à Action Poétique (29 mai 1977)


*

« Nul seigneur ne m’appelle et pas de clarté dans la nuit, la mort, qu’il me faudra contre moi dans ma chair prendre comme une femme, est la pierre d’humilité que je dois toucher en esprit. » Jacques Réda (Amen)

*

Je ronge mon os

Quelques lignes

hétérogènes

Écrites dans la gêne

de voir combien

ma société  maltraite

« la poésie « 

Mais sans signature

Puisque de toute manière

Je change d’un poème

à l’autre

mon fusil d’épaule

Façon de parler

Puisqu’il y a belle lurette

Que je ne crois plus

Que la poésie soit « une arme

chargée de futur »*

* Témoin la dernière pantomime du journal Le Monde, comme ils n’ont plus de chroniqueur recruté, capable de rendre compte de l’actualité des publications en poésie, ils ont eu le culot de publier la nécro de Jacques Réda notre plus vieux et merveilleux poète (mort ce 30 septembre 2024) signée Patrick Kechichian leur dernier spécialiste de poésie qui a lui-même plié bagage depuis le 18 octobre 2022 Quelle vergogne!