LE JOURNAL DES POÈTES

Dernière livraison 4 / 2024

La poésie parle à partir d’elle-même, elle n’explique rien, elle crée. Ne pas faire du mot un signe mais un organisme vivant et même accueillir la turbulente fraîcheur des mots tus, énigme à contre-sens du dire. Jean-Marie Corbusier Éditorial (Ce qui échappe à la volonté de l’auteur)

frontispice

ÉCRIRE JUSTE

Écrire juste

Juste écrire

Écrire ses forgeries

Publiées chez Corti

Dont chaque page

Est à découper

Au couteau

Écrire coûte

que coûte

en connaissance

de cause

Cette langue

Qui prend soin

de jointer

Les mots et les choses

Le hasard et la nécessité

Le visible et l’invisible

Et qui s’efforce de tenir tête

au monde factice

Qui sur X

Nous précipite

Dans les eaux infernales

Du Styx

MANIÈRE DE RÊVES

Manière de rêves images qui viennent par petites séquences déconcertantes me visiter

Il y a une baleine montée dans le métro du Trocadéro

Il y a un marcassin qui vient heurter mon auto

Il y a la lune ronde qu’une éclipse de Terre réduit à un point zéro

Il y a un gros lézard qui sort d’une nouvelle de Julio Cortazar

Il y a beaucoup d’autres bêtes de songe qu’il ne m’est pas loisible de coucher sur le papier

Le rêve d’ailleurs vient de se terminer

MES PARTS DE RÊVES

Il y a peu de temps que je me suis endormi Je viens de rêver Vagues images sur lesquelles je suis incapable de mettre des mots Ils me font faux bond Mais je n’en ai aucune frustration Au contraire en attendant le prochain endormissement Je recopie sur mon carnet des nuits transfigurées : la vida es sueño « La vie est un songe » Que es la vida un frenesi una ilusión una sombra una ficción Frénésie illusion ombre fiction : « la vie est un rêve» Gérald de Nerval prend le contre-pied de Calderón : Le rêve est une seconde vie Non « le rêve sans rêveur » mais « le rêve de rêverie » provoqué, amplifié, excédé par ce loisir de plume où l’on n’a plus pour tâche que d’imaginer Imaginer cette part de rêve qui nous permet de mieux affronter la dure réalité de nos vies

ADIEU AUX POÈMES

Adieu au poème

Adieu toi que j’aime

Une fois dernière

Adieu à ta disparition

Adieu à ses lecteurs

disparus roulés dans

la farine des images

qui leur vident la tête

Adieu au don de soi

Donnant un nom

À toutes les choses

Qui ne font que passer

Adieu à l’art de trouver

Que sais-je À se sortir

des pièges d’un exilé

de l’intérieur

Adieu à la grande illusion

Adieu à l’assiette

Du rythme du monde

Du langage et du sujet

Adieu à la rêverie

À la chercherie

De l’espace du dedans

De la parole de l’arrière pays

Adieu basta ya

Tu as fait ton temps

Ça suffit

Vraiment ça suffit ?