PERSONNE N’ATTEND CES PENTASYLLABES

MANUSCRIT DORIO MAI 2018
PENTASYLLABES QUE PERSONNE N’ATTEND

Personne n’attend
Mes pentasyllabes
Qui bouclent le mai
Deux mille dix huit
Personne sauf moi
Moi moi moi moi moi
Six mois mais lequel
Vais-je activer ?
Le moi haïssable ?
Le moi adorable ?
Le moi cancre las ?
Le moi jeune enfant ?
Le moi cogito ?
Le moi égaré ?
Poser la question
C’est tous les briser
Ces vers de cinq pieds
Se feront sans moi
Sans naïveté
Sans faire d’histoires
À dormir debout
Assis dans son lit
En suçant sa plume
Témoin du refus
De monomanie
De monoculture

Voilà c’est venu
Graines dispersées
De nos rêveries
Les vers ont filé
Voilà le dernier
une voix sans personne lit ces pentasyllabes que personne n’attend

CINQ QUATRAINS MALADROITS

Parler pour ne rien dire
Ou parler comme on peut
Tourner autour du pot
Sans y laisser sa peau

Faire et laisser dire
Faire la part du feu
À l’écart en a parte
Accoucher d’un quatrain

Quatre à quatre tourner
Les pages du Littré
Et soudain s’arrêter
Sur une citation, scotché

Qui ce qu’il aime plus regarde
Plus allume son cœur et l’arde 1
Qui a écrit ce texte maladroit
Range à présent ses flèches
Dans son carquois


1 Roman de la Rose (orthographe actualisé)

voix de celui qui a écrit ces cinq quatrains maladroits

ENFIN ON RESPIRE !

J’ai passé ma vie de lecteur (de 7 à 77 ans) à fuir Proust. Et puis, allez savoir pourquoi, alors que je fêtais mes 77 printemps, je suis tombé dans la marmite de Marcel. Lors, il n’est pas un jour où je ne prends pas le temps de touiller et de trouver dans l’œuvre reine de la littérature une inspiration décuplée. Telle cette grand-mère qui dans le jardin vide et fouetté par l’averse, relevant ses mèches désordonnées et grises pour que son front s’imbibât mieux de la salubrité du vent et de la pluie disait : Enfin on respire !

À LIRE SANS RIRE (de manière distanciée)

Nuestras vidas son los ríos
Que van a dar en la mar
Que es el morir

Jorge Manrique

Assis au bord du fleuve de ta vie
à soixante-dix-sept berges
Tu cherches toujours
La distance la bonne distance

Entre deux poèmes
Deux essais de puiser un seau d’eau
Devant cette fontaine
Où poètes de toutes les époques
Meurent de soif

Entre deux pages
En vis-à-vis
Qui s’interpénètrent ou s’antagonisent

Entre l’œil et la voix
De mots qui crient
Ou murmurent dans la bouche d’ombre

La distance la bonne distance
Le fleuve la fontaine les pages tournées
Et qui retournent
(bon gré mal gré)
Vers la mer où tout s’abolit