TOUS CES MORTS INUTILES

Tous ces morts inutiles t’affaiblissent, car tu as part à l’Humanité entière.

Aussi n’envoie personne demander pour qui sonne le glas.

Car il sonne pour toi.

John Donne

Ça fait de plus en plus mal au ventre d’assister impuissant au massacre des Innocents sur la terre d’Ukraine,

De voir les gares, les théâtres, les écoles, les maisons et bâtiments, explosés par les missiles russes,

D’entendre les boniments du dictateur sanguinaire qui dans son bredouillement ubuesque se lave les mains de tout ce sang versé en vain.

Ça fait toujours mal au cœur. Mais c’est terrible, on s’habitue, on décroche, on voudrait tant qu’avec ce malheureux peuple martyrisé, on puisse passer à autre chose…

OBSÉDÉ TEXTUEL

J’ai fait plusieurs esquisses d’un texte qui toujours s’esquive

Comme un coup de poing qui emmêle les branches de ma vieille machine à écrire

Mais -pour le dire vite, en blaguant – j’appartiens à la famille des obsédés textuels

Si bien que je n’abandonne cette esquisse qu’en me disant qu’elle prendra forme un jour

Coup de poing Coup de dés

Au hasard Balthazar !

L’INTUITION DE L’INSTANT


Mi nombre es alguien y cualquiera
Je suis quelqu’un et n’importe qui

Je suis l’enfant qui lance sa boite de sardine comme un petit bateau dans le ruisselet
Je suis l’éphémère acteur d’une nouvelle de Jean Giono Jofroi de la Maussan
Je suis Christophe Colomb voyant des indiens vivant sur pilotis dans le golfe de Paria qu’il nomma Venezuela (petite Venise)
Je suis les barricades mystérieuses pièce de sixième ordre en si bémol composée sur le clavecin de François Couperin
Je suis ce cairn éphémère dressé hier sur l’oppidum des Tamaris
Je suis cet instant de vie sans futur ni passé


Le titre est de Gaston Bachelard



cairn éphémère : oppidum des Tamaris 9 mai 2022

OUBLIER SES OUBLIS

J’ai idée cette nuit d’écrire sur l’oubli. Ça m’est arrivé bien des fois, mais il faut croire qu’avec un pareil exercice, on n’est jamais sorti de l’auberge. L’auberge de la mémoire où, dans quelque pièce cachée, on accumule ses oublis : un mot au bout de la langue, le nom d’un camarade qui fréquenta la même école primaire, le souvenir d’un temps que les moins de (quatre) vingt ans ne peuvent pas connaître. Pourtant si jadis, naguère, on l’a noté et conservé dans un cahier, un memento, on peut le retrouver, ce souvenir dont on ne se rappelait plus. Mais, pourvu que l’on désire faire encore mouvement dans ce qui nous reste de vie, on lui dit définitivement, Adieu !