77 PIGES

La figure bienveillante, camuse et douce, ils semblaient s’avancer d’un air de bienvenu en chantant l’Alleluia d’un beau jour. 


Marcel Proust


 J’ai les deux 7 des ans
Qui s’assemblent
Cette nuit

Ça arrive
Sans crier gare

Pour fêter l’événement
(façon de parler)
Je l’ai noté sur ce papier
Après avoir bien tergiversé
(comme l’indique la page 
ci-dessous scannée)

Bon foin d’hésitations
C’est pas le moment de caner
Va pour 77 piges !

Et merci de m’offrir
En guise de viatique
Le dernier Quadrige



PARLER AU PAPIER et toujours dans l’inachevé




Je me bats chaque jour -pacifiquement- avec mes pages d’écriture

	(différentes selon les formats de mes carnets, cahiers, 
livres mêmes sur lesquels dans les marges
j’écris)

Je parle comme disait Montaigne au papier
Ou, autrement dit,
Je confonds feuilles de l’être et feuilles de papier

Je voyage dans les mots que ne savais pas 
(cette nuit c’est berloque et talharpa)


Et me frotte aux passages qui me fécondent :
sur la mémoire et l’oubli,
la guerre et la paix,
la dispersion et l’identité,
les exercices de style
et le livre de l’intranquillité

Et toujours dans l’inachevé


Mardi 22 mars 2022


CIEL BLEU CIEL NOIR

Gracias a la vida
Que me ha dado tanto
Me ha dado la risa
Y me ha dado el llanto

Violeta Parra

Merci la Vie
Qui tant me donna
Me donna Fou Rire
Et me donna Pleurs Amers

ma traduction



Le ciel est d’un bleu qui jubile
écrivit en dix-neuf cent vingt
Madame Anna de Noailles

C’était après quatre ans de guerre
Affreuse, atroce, infâme, terrible.
Un temps où par milliers
Les morts ont tué les vivants

Ce vers de la très chère amie de Marcel Proust
Que j’interprète ici
à l’inverse de la formule optimiste
comme
La mort est plus forte que l’amour

C’est ce que démontrent hélas
tous les tyrans rouges ou blancs
les autocrates les dictateurs
Et aujourd’hui l’horrible Poutine
le sacrificateur
qui tel cet obscur général franquiste
crie dans un stade rempli de figurants
Vive la mort !

Le ciel est d’un noir indélébile















RAISONS D’ACCOMPAGNER CETTE PREMIÈRE NUIT DE PRINTEMPS

28 RAISONS DE PLONGER corps et âme dans la vieille écriture automatique le choc de la plume qui va au hasard Balthasar au lapsus consenti à l’image gratuite 
29 RAISONS D’ÉCRIRE SOUS LA DOUCHE des vers immortels qui nous touchent Sur le savon l’océan le tamarin la pleine lune de cette première nuit de printemps et les méduses
30 RAISONS D’ÊTRE À LA HAUTEUR pour humer l’air de Verbier ou l’algorithme d’un auteur absent de tout bouquet
31 RAISONS DE PROMENER sa petite Alice sur la Skyline de Manhattan avec les gratte-ciel en arrière-plan et le Williamsburg Bridge sous lequel Sonny Rollins soufflait toute la journée en 1960 comme un âne amoureux des bruits newyorkais 

BONNES FEUILLES suivies de COCHON DE DIEU

Pour me distraire un peu
Je mâche les bonnes feuilles
Des revues poétiques
Auxquelles je suis abonné

Je tâche d’oublier
La guerre infâme
De l’inhumaine humanité 1

Cheval par-ci 
Titres accrocheurs par-là
Et une kyrielle de noms d’auteurs
Que je ne connais pas


Kyrie éléêson
« Seigneur prends-pitié »
Me voilà ramené
À ce cochon de Dieu
Mort à Auschwitz
Et achevé dans les villes martyres
De Kharkov et de Marioupol

1 Albane Gellé

encres acryliques (40x50cm) à la recherche des gestes perdus

Dorio 19 mars 2022 Les Martigues