Quand je perds le fil je relis l’Odyssée Cette nuit le grand récit d’Homère Évoque les feuilles de l’automne Jonchant un carré de jardin Dont je fais un lit Je m’endors et j’entends les paroles ailées De mon aimée en allée Dans les brumes de la mort - Ni chair ni ossements…Je flotte envolée… Je n’entends pas la suite de ce récit infernal Mais retrouvant mon corps et mes esprits Je nous vois tous deux à Giverny Où nous joignîmes nos lèvres Devant l’étang aux nymphéas Nos rêves mystérieux Brillants à travers les larmes* *Baudelaire L’invitation au voyage
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ANCIENS POÈMES PLEINS DE TROUS
Je relis mes anciens poèmes Ils sont pleins de trous On dirait qu’ils ont été écrits Par quelqu’un d’autre Un joueur un jongleur D’un monde qui maintenant Est « de la revue » Un peu comme un cheval de trait Tombé sur la chaussée Qui fait peine à voir Et qu’aucun charretier N'est en mesure de relever
VERS SOUFFLÉS NON ÉCRITS
PASSES
Passe une jeune fille complètement nue Blaise Cendrars Passe le dormeur du val Tête nue Sous la nue Passe Léonor ou Barbara Une paire de dormeuses (boucles d’oreilles pour la nuit) Or jaune 18 carats Passe Tristan Corbière Poète maudit du je-ne-sais-quoi Mais ne sachant où Passent ses Amours Jaunes Les sourcils salés de poudrain Passe François Villon Dont un pendu a écrit la Ballade Passe tout habillé de blanc Mandrin le fabuleux brigand Passe dans une cabine du Nord-Express Valéry Larbaud alias Barnabooth Il est amoureux de la cantatrice aux yeux violets chantant dans la cabine d’à-côté Passe le bateau ivre de cette poésie Qu’une longue file de lecteurs du dimanche Hale En descendant À contretemps Les fleuves impassibles
ma mère dans ton ventre déjà

ma mère
dans ton ventre déjà
j’inventais des roses
avec des crayons de toutes les couleurs
et des aquarelles
dans lesquelles tu me baignais
ma mère
à l’abri du monde violent
de l’Histoire des années 40
dans ta grotte Chauvet de l’enfance première
j’écoutais les pulsations de ton sang
et les musiques du Grand Récit