
LE CHIFFRE D’OR

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

Vers de mirliton Comme un mauvais rêve J’ai perdu le ton Du beau militaire Vers de vieux dictons Passés à la trappe Cris d’un myrmidon Sur un air de rap Paris est au roi Chanson folklorique Toros et torois Donnent la colique Tous les diables en l’air Dansent la gavotte La nuit Un éclair Fin de ma marotte

Magique comme un profond sommeil 1 Mais qu’est-ce donc ? Mais qu’est-ce que c’est ? (à part ces deux ennéasyllabes) Cette magie qui donne le change à mes oreilles hallucinées Je cite ces phrases ciselées Par un lecteur hors pair qui écrit Son roman sans cesse ajourné Puis qui durant mille et une nuits Comme une cloche sonne en branle Change son existence médiocre En une vie où tout désormais (sorties, rencontres, invitations) Se transforme en pages d’un roman À la recherche du temps perdu 1 « …l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. » (allusion au fait que l’enfant est tellement absorbé par sa lecture qu’il n’entend pas parfois la cloche de l’église de Sainte Hilaire sonnant chaque heure)
Rêver demeure un mystère, on dirait qu’un autre visite nos têtes, les détache, les rince. On dirait qu’une autre que l’on a connue toute mince, nous revient légère et court vêtue 1, comme dit cette fable qu’elle aimait réciter à ses élèves. Dans le rêve un revolver aux cheveux blancs 2 tire sur les extases qui hantent le roman d’une vie, au milieu des êtres et des choses, des cloches qui sonnent sans raison 3, des métaphores qui créent leur propre mesure, comme disait Gaston Bachelard, je crois. Ça me revient, ça me conforte dans l’idée qu’il faut apprendre le chant secret sous les paroles confuses d’un « je » né des formes et de nos petites musiques, qu’il faut apprendre pour de bon…à rêver. 1 Jean de la Fontaine 2 André Breton 3 Tristan Tzara