MAGIQUE COMME UN PROFOND SOMMEIL



Magique comme un profond sommeil 1

Mais qu’est-ce donc ? Mais qu’est-ce que c’est ?
(à part ces deux ennéasyllabes)
Cette magie qui donne le change
à mes oreilles hallucinées

Je cite ces phrases ciselées
Par un lecteur hors pair qui écrit
Son roman sans cesse ajourné
Puis qui durant mille et une nuits
Comme une cloche sonne en branle
Change son existence médiocre
En une vie où tout désormais
(sorties, rencontres, invitations)
Se transforme en pages d’un roman
À la recherche du temps perdu


1 « …l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. »

 (allusion au fait que l’enfant est tellement absorbé par sa lecture qu’il n’entend pas parfois la cloche de l’église de Sainte Hilaire sonnant chaque heure) 


APPRENDRE À RÊVER


Rêver demeure un mystère, on dirait qu’un autre visite nos têtes, les détache, les rince. On dirait qu’une autre que l’on a connue toute mince, nous revient légère et court vêtue 1, comme dit cette fable qu’elle aimait réciter à ses élèves.
Dans le rêve un revolver aux cheveux blancs 2 tire sur les extases qui hantent le roman d’une vie, au milieu des êtres et des choses, des cloches qui sonnent sans raison 3, des métaphores qui créent leur propre mesure, comme disait Gaston Bachelard, je crois. 
Ça me revient, ça me conforte dans l’idée qu’il faut apprendre le chant secret sous les paroles confuses d’un « je » né des formes et de nos petites musiques, qu’il faut apprendre pour de bon…à rêver.


1 Jean de la Fontaine 2 André Breton 3 Tristan Tzara