ON PEUT TOUJOURS RÊVER

lecture à haute voix d’un rêveur qui s’efforce de rester éveillé

On peut toujours rêver sur les rives de la mer noire sur les pages blanches d’un certain Monsieur Plume sur les rêves éveillés d’un autre que soi qui aurait pour nom Ovide ou Michaux

On peut toujours faire abondance d’images orageuses de propos de tavernes et de chercheurs d’étoiles qui peignent les comètes

On peut faire d’écriture mouvement et méditation sur le monde sans fin sur la langue que tel un fourmilier du grand llano l’on déplie sur le soi dont l’assise est à réinventer

On peut toujours faire l’écart de côté d’un haïku débridé être grenouille libellule papillon qui rêve de Tchouang Tseu faire plouf comme dans la cour d’une école où l’on jouait aux barres à la marelle et à passez pompom les carillons

On peut toujours ouvrir les portes ou les fermer être cette persona non grata dans la cité du poison des publicités

On peut toujours rêver avec Métis la Ruse avec Mathis et Alice les enfants de nos filles qui furent elles aussi enfants avant que d’être mères

On peut toujours se baigner dans les prophéties d’un vieil héros de l’Odyssée qu’aucun prétendant n’apprécie

On peut toujours boucler cette correspondance d’un autre âge en évoquant l’enfance de l’Art et les tables tournantes de personnages de romans qui alimentent nos belles rêveries

1° juillet 2022

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

APPRENDRE À RÊVER


Rêver demeure un mystère, on dirait qu’un autre visite nos têtes, les détache, les rince. On dirait qu’une autre que l’on a connue toute mince, nous revient légère et court vêtue 1, comme dit cette fable qu’elle aimait réciter à ses élèves.
Dans le rêve un revolver aux cheveux blancs 2 tire sur les extases qui hantent le roman d’une vie, au milieu des êtres et des choses, des cloches qui sonnent sans raison 3, des métaphores qui créent leur propre mesure, comme disait Gaston Bachelard, je crois. 
Ça me revient, ça me conforte dans l’idée qu’il faut apprendre le chant secret sous les paroles confuses d’un « je » né des formes et de nos petites musiques, qu’il faut apprendre pour de bon…à rêver.


1 Jean de la Fontaine 2 André Breton 3 Tristan Tzara

RÊVER à l’endroit à l’envers





RÊVER

Écrire sur du papier

À la main

À la belle encre…

On croit rêver !





RÊVER

Rêver à l’endroit à l’envers Rêver d’être un pauvre hère Rêver à l’envers à l’endroit Rêver d’être des cons le Roi Rêver du Petit Chose et de la Grande Sophie Rêver de ce notaire pendu à ses breloques à chiffes Rêver de pérorer en pleurant comme une madeleine Rêver d’Apollinaire de Kostrowitzky Rêver du Prince d’Aquitaine à la tour abolie Rêver de ce vers long brisé à l’hémistiche Rêver de ce non da ! et de cet oui ouiche ! Rêver de l’albatros souvent pour s’amuser Rêver du sommeil noir sans baiser de l’aimée Rêver de l’Araignée qui étend sur l’écran sa toile Rêver de ma sœur Anne Ne vois-tu rien venir Rêver de Cupidon troublant les rêves du beau sexe Rêver de cette fête où l’on dit adieu le 24 mai 68 au général Castagnette Rêver de ma tentative d’épuiser sur  deux pages de mon cahier quadrillé les images folles d’une insomnie Rêver de ne plus rêver de romans sur la vie Rêver de la mandoline d’un concerto de Vivaldi Rêver de l’écouter en te contant fleurette Rêver de Jean de Meung qui le premier fit de la Rose un roman Rêver de se rêver à la place d’un.e autre à Venise à Dublin au-dessous d’un volcan symbolique et fortuit…


















	

LIRERÊVER





Cette nuit qui n’en finit pas

j’ai retrouvé des notes écrites en 1973

Pour le plaisir

Des notes sans phrases ni phraséologie

Écrites dans la rue

Au café du Départ

Dans mon hamac tissé par une amérindienne

Loin du logis

Amorces mouvements

Histoire de laisser libre cours

à tout ce qui n’était pas théorie

LireRêver

Rêver à haute voix

De ce qui parle dans la tête

En lisant les paroles rapportées

Des peuples sans écriture

Autant dire

À partir du désert

De notes écrites

par jeu

et par un je anachronique

L’ARIZE





La rivière de mon village

N’est dans aucune anthologie

Ni Nil

Garonne

Ni Don

Neckar

Tamise

Meuse

Ni Seine

Amazone

Mais c’est ma rivière

Où j’ai appris à nager

Pêcher Rêver

Où j’ai été sa forme changeante

Et ses couleurs





Elle sort cette nuit de mon lit

Et fait ses ricochets

Arize Arize Arize

De rive à rive

De berge à berge

Comme une gravure

Qui mord et creuse

Ce poème électrique

À contre-courant





Ni Nil

Ni Don

Mais de toutes les rivières du monde

Mon bel affluent





Un dictionnaire à part moi
texte en cours

l’Arize