L’EMPLOI DU TEMPS DES NUITS

L’emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires Chacun et chacune devant les rumeurs du monde les collectes de phrases les phares des calligraphes les encres et les couleurs projetés sur la toile les musiques tissant l’étoffe de nos rêves

Lemploi du temps à travers le temps présent où la foule est coupée de la voie des poèmes qui vont et viennent sur nos peines et nos joies les silences de tout ce qui est trop difficile en paroles

Lemploi du temps à lécart à lécoute de nos cocons de mots où lon puise lénergie qui font nos manuscrits toujours inachevés Ondulations arborescences brouillons épars sans ratures ni repentirs

Et tout le reste est littérature

Ainsi se termine la série commencée le 26 juin 2022 sous le titre POUR OUBLIER MAUX ET VIEILLESSE et terminée cette nuit du 17 septembre 2022

SANS REPENTIRS NI RATURES









Emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires

Chacun et chacune ruminant devant les nouvelles du monde

Les collectes de phrases

Les phares noirs des calligraphes

Les encres et les couleurs sur toile

Les musiques et leurs partitions alimentant la matière de nos rêves





Emploi du temps à travers ce temps présent

Où le public culturel (dont on nous bassine les oreilles)

Est coupé de la voie des poètes

Ces « inconnus célèbres »qui vont et viennent

Essayant de déchiffrer les plaintes et les joies

Des voix des médias et des rues

Et qui n’oublient l’inflexion des voix qui se sont tues





Cherchant inlassablement dans le plus grand silence

Ce qui, impossible de dire en paroles,

Doit passer par l’écrit





Emploi du temps en attente

À l’écoute à l’écart

Où nous puisons notre énergie

Dans ce cocon de mots

Qui font nos manuscrits

Toujours inachevés





Ondulations arborescences

Brouillons épars

Sans repentirs ni ratures

Et tout le reste est littérature


	

DE L’ALMANACH DES MUSES (1789) À REMIREMOTS (1975)

agenda écrit à la main du premier au sept mars 2021 avec 8 calligraphies « à la chinoise »




Lundi premier mars 2021

7h33   Je vois les mots une fois posés Mais « je m’en vois » aussi, parfois, pour qu’ils adviennent. Et d’ailleurs, quelquefois, je ne peux les voir « en peinture ». Et à d’autres instants, par hasard (heureux ou malheureux), les mots font apparaître un monde disparu qui était dans la coulisse. Ainsi, ce premier mars, en ouvrant la fenêtre, j’aperçois trois mouettes, comme celles que Staël peignit à Antibes, avant de tomber lamentablement de son balcon.     7h58

Mardi 02/03/2021

4h12   C’est dans « l’Almanach des Muses » que Chateaubriand publie le 12 décembre 1789, ses premiers vers. Il a vingt et un ans. Deux ans plus tard, il prend le bateau pour le Nouveau Monde. Comme lui, à 23 ans, à l’automne 1968, j’ai connu l’Amérique. Mais la mienne était au sud (Caracas), quand la sienne fut au nord (Baltimore). Mes premières « pièces fugitives » furent publiées dans un recueil à quatre mains, appelé « Remiremots ». François, le vicomte breton, avait intitulé ses premiers essais poétiques, « Le cri du cœur ». J’intitulais les miens, publiés dans ce format dit « à l’italienne », « Papiers Hygiéniques ». Mais, plutôt que les rouleaux destinés à ce « lieu », prisé disait-on du poète Mallarmé, il s’agissait, on l’aura, je l’espère, compris, de ces papiers que l’on écrit en faveur de son hygiène mentale. « Le papier est doux, il endure tout. »      4h22

Mercredi 03/03/2021

6h06  Avant de passer sous la voûte du scanner, qu’un docteur m’a prescrit, j’ai photographié avec soin, mentalement, les 8 caractères chinois collés contre.   (voir leur reproduction sur mon agenda photographié)    6h10

Jeudi 04/03/2021

4h51     D’une nymphe macabre Baudelaire attiré (et choqué) fait rimer Eden et dédain. Pour ses sapins, Apollinaire, associe des « rangées de chérubins » avec « de grands rabbins ». À chacun ses soleils noirs ou vermeils.   4h59

Vendredi 05/03/2021

8h46      À Saint Tropez pas de BB, mais le musée de l’Annonciade, où nous aimions tous deux, flâner en amoureux,  sur « la place aux herbes » peinte par Camoin (1879-1965).     8h53

Samedi 06/03/2021

5h15    Un être qui m’était cher s’est éteint (éteinte). En pensant fort à elle, je puise dans une de ces phrases qui étoilent mes carnets de pensées singulières, « a parte » : « Mais l’autre amour que l’on dit « d’amistança »…parce qu’après la mort, sa grande force lui dure. »  Ramon Lull (traduit du catalan)     5h24

("pensando en ti"...j'écoute "Bachianas Brasileiras n° 5" d'Heitor Villa-Lobos)

Dimanche 07/03/2021

1h55     Comme la manne, les lettres sont tombées, non du ciel, mais de la seule main qui exerce ses capacités de « savoir écrire ». Écriture à sauts et gambades, éclaboussée de signes, à consulter sur place, au partage des encres noires et de nos secrets.    2h10

Papiers Hygiéniques Dorio 1975 in Remiremots