PEINDRE LE PASSAGE

Je peins le passage : cette page écrite au doigt et à l’oeil autour de minuit, ce bateau sur les canaux de Martigues qui nous permit de rejoindre le marché de Provence dominical, la marelle de mes petits enfants entre terre et ciel, la lecture quotidienne d’un chapitre des Essais et cette obstination à tramer un texte après l’autre.

Exercices, exercitations, persévérance, métaphores vives et que sais-je ?

La respiration d’un air qu’on a respiré autrefois avec la sensation de traverser les voies éphémères d’un petit paradis.

Jean Jacques Dorio

27 juillet 2026

En résonance

Claude Brugeilles :


je saisis délicatement un passage du texte

LE BADIN DE LA FARCE

Montaigne s’en amusait

Il se prêtait au jeu

Cherchant la bonne distance

Pour se moquer de ses naïvetés

Plus ou moins feintes

.

Je suis le badin de la farce

J’écris prudemment

Et ça devient folie

J’écris comme un fou

Et c’est ma sagesse

.

Badin badinons

Sur la page

Où l’on fagote

Nos pièces diverses

Badinons badin

Béant aux choses

Du quotidien

Qui gazouillent

Jusqu’à la Saint GlinGlin

QUESTIONS PRÉSENTES AUX ABSENT.E.S

A -Comment votre vie se passe et qu'est-ce qui la guide ?

B - Mais qui t'a "soufflé" pareilles questions,
me dit quelqu'un qui n'est pas là.
(Il me "l'écrit", c'est sa "plume en l'absence",
comme le formula le poète Fontaine au XVI° siècle
- c'est ce que m'a appris une spécialiste des lettres
familières de cette époque : les épîtres.)

A - Mais comment les choses se passent
et qu'est-ce qui les guide ?
C'était la vraie question initiale
que j'ai recopiée à la hâte en la transformant,
je l'avoue, quelque peu.

B - Ce sont des questions "feintes" non?
ajoute cet ami soupçonneux
qui m'écrit à la main sur une page détachée
de son journal intime.

A - Écoute Romain, lui réponds-je, un brin facétieux,
un homme ou une femme qui posent
ce genre de questions ne sont jamais seuls.
Ainsi, nous allons proposer à ceux et celles
qui les lisent de nous envoyer leurs réponses,
chacun à sa manière.
Et de leurs fragments ou tesselles,
nous ferons une mosaïque
qui se passera de commentaires.

UN POÈME À TES LÈVRES

Un poème à tes lèvres

Dans la nuit de tes livres

Au secret à l’index

Suivis par une poignée

D’amoureux fervents

Et de savants austères

(Baudelaire dixit)

.

Un poème des Voix-Autres

Sous le feuillage de l’aubépine

Sotz folha d’albespi

Le bel épi la belle graine

Dans la bouche des chamans

Suivant l’aurore des paroles

(du bon Gaston Bachelard)

.

Beaucoup de toi

Un peu de nous

Avec le temps

Qui a passé

Sur nos jours

Qui meurent avant nous

(Châteaubriand l’écrit)

.

Un poème étincelle

Dans la forge du Romancero

Gitano de pura sepa

Sur l’enclume

Où la lune

Met ma rime à larme

(conclut Charles d’Orléans,)

UN POÈME COKTAIL

Pour Jean Louis

J’en ai tant vu, tant regardé, tant lu et tant écrit

Des nuages de poèmes où l’encre se glisse

faisant des lettres qui éclaboussent la page

La page tu vas voir celle-là qui fait croire

à la traversée du fleuve de l’Eternel Retour

Retour sur la nuit revenante, la nuit

Que tu avais encor poète en point de mire

Et maintenant me voilà dormeur du val

Plagiaire anticipant le petit bal perdu

Les yeux au fond d’un verre d’un cocktail

fait d’angostura et d’un zeste de Nostalgie

Italiques un titre de Jean Louis Rambour

à qui ce poème de guingois (il me pardonnera) est dédié