PATCHWORK IN PROGRESS

Ainsi, glané, récolté ou supposé, le hasardeux recueil de digressions,

patchwork in progress…

Gérard Genette

Postscript





MOTS QUE JE N’EMPLOIE JAMAIS mais que je puise dans ma lecture présente : boniment, camelots, docte, silicone, bêta, jalousie, radicelles, taciturne, injures, appendices.

Mots en chaîne que je puise dans ce vers classique d’entre les classiques : un je ne sais quel charme encor vers vous m’emporte.

Mots sortis du puits de ma mémoire présente sans vérifier leur exactitude sur un dictionnaire ou sur saint Gouguel : détraqués par l’ordre alphabétique.

Mots qu’on ne sait sur quel pied danser : ricochets d’hypnoses et de métalepses.

Mots brodés d’une lettre ancienne quand elle provenait par la poste écrite sur papier : Ma chère J. J’appréhende, tu le sais, les grandes chaleurs de l’été, aussi c’est à la fraîche que je t’écris ce patchwork in progress comme disait l’autre…

au fil de la plume…
comme disait l’autre

VOUS ENTENDEZ ?





Ecrire sur le silence

Beaucoup s’y sont frotté

Je n’ai en tête pour l’heure

Aucun de leurs essais.





J’écris cet exercice

Sans bouger et sans heurt

Sur les touches du soir

D’un clavier silencieux.





En me taisant

Faisant silence. 

Vous entendez ?

« Silence. Le jour du silence. Y revenir. Y rentrer. Se dégageant de l’impermanence,

on retrouve…petit à petit, dans l’être calmé, progressivement réapprofondi,

la Permanence, son rayonnement, l’autre vie, la contre-vie »

Henri Michaux (Face à ce qui se dérobe)

LES YEUX

 
comme un ange qui se dévoile
tu me regardais dans ma nuit
avec ton beau regard d'étoile
qui m'éblouit

Victor Hugo

*


les yeux au bord
des lèvres blêmes
 
les yeux de peur
de lâcher prise
 
les yeux de sel
et de poussière
 
les yeux des nuits
de corrida
 
les yeux du cheval
de Guernica
 
les yeux du cri
du cristal en miettes
 
les yeux de l’amour
mon amour
 
à jamais
silencieux
 
 
AMOUR AMOUR
sur un poème de Victor Hugo
voix et musique Jean Jacques Dorio
accompagnement piano Léo Cotten



cd 20 plages
titres ci-dessus
enregistré été 2019
au studio du Petit Mas
aux Martigues

produit exclusivement par l’auteur
Jean Jacques Dorio
9 rue de la Bergeronnette
13500 Martigues

envoyé en échange de 15 euros
Merci

CHEMIN MOT MAGIQUE

 
Caminante no hay camino
el camino se hace al andar
Antonio Machado
Il n’y a pas de chemin
Mon frère
Le chemin se fait en marchant
jjd
 
Chemin
Mot magique
Il n’y a pas plus de chemin
Qu’il n’y a de paradis
 
Il y a le premier pas
Qui ouvre le chemin
de l’arrière-pays
ou de l’avant-scène
 
Seule la marche le dira
Le corps joyeux
Ou appuyé sur ton dernier
bâton de noisetier
 
Le corps transfiguré
Pas à pas pied à pied
Ce n’est pas toi
Qui connaîtra la fin
Du chemin

IL FAUT SE MÉFIER DES MOTS

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un murmure pour une pensée.

Jean Tardieu





IL FAUT DE MÉFIER des beaux parleurs

surtout s’ils s’autoproclament « poètes »

Mais on peut se fier à celles et ceux qui donnent sans compter

leur petite musique avant toute chose

Il faut se méfier des grandes œuvres et des prix

de l'industrie littéraire

Mais on peut se fier au moindre moi à mi-voix

autour de minuit hors du monde qui bruit

Il faut se méfier de la french theory

de ce moment d’histoire

où chaque déconstructeur brandissait sa petite hache

Mais on peut se fier aux livres que l’on aime et que l’on lit et relie

aux Essais à La métaphore vive au Fleuve caché des poésies

Il faut se méfier des poèmes éteints dans les pages sans voix

Mais on peut souffler sur les cendres pour raviver les braises de Phénix

Il faut laisser les hommes querelleurs s’opposer et se disputer sans fin

Et dans le réel en apparence démonté*

Il faut prendre soin de bien assembler

les mots les images et nos pensées…

pour tâcher d’y voir clair





*Jean Tardieu