tu travailles du chapeau me
disait ma mère mon père portait le béret et dans les fêtes paysannes où chacun.e
y allait de son petit chant « le béret » était la chanson qu’on lui
réclamait elle était interminable* mais il se faisait un plaisir de la mimer et
on l’applaudissait je l’ai porté un temps à Arreau Hautes Pyrénées où je
faisais le prof un peu comme provocation mais je manifestais ainsi mon naturel
issu de culture et de contestation j’avais aussi les longs cheveux et la barbe
des barbudos comme un sauvage paisible et bucolique je me souviens qu’un soir à
Caracas où je faisais avant Arreau ma coopé un bistrotier m’a comparé au fameux
Papillon qui avait écrit cette histoire de bagnard échappé de Cayenne passé
soi-disant par la Goajira un roman qui fit grand bruit chez les germanopratins
–ils s’esbaudissaient devant un chef d’œuvre de littérature orale – Charrière
puisqu’il faut l’appeler par son nom avait un bar à filles à Caracas où
j’entendis dire que le patron était loco
de piedra « comme une pierre folle » mais que moi c’était plutôt
la folie douce « quand mon père
regarde au fond de son chapeau il ne trouve toujours pas les mots qu’on
cherche » je recopie l’incipit d’un roman** que personne ne
reconnaîtra sauf l’auteur qui hélas ne lira pas mon petit fragment que
toutefois je lui dédie
*Moi mon chapeau je le mets dans ma poche Je suis gascon et porte le béret
le secret – chut ! ne le dis pas – je suis toi moi elle – tiens à ma connaissance Pessoa ne s’est pas inventé d’hétéronyme en elle – le secret – non je ne suis pas qui je suis – moi postiche moi pastiche – le secret du secret – work in progress – mais qu’est-ce que tu fabriques ? – j’écris tu le vois – ah !ah ! – je chuchote je balbutie dans l’indifférence – en secret avec ceux et celles qui partagent notre empire de capacités – nos liens qui nous délient – avec ceux qui la vie durant creusent leurs objets de connaissance – pour tâcher d’y voir clair – ma chère mon cher je vous suis reconnaissants de votre identité ainsi bariolée comme celle d’un.e indien.ne en fête visage de rocou et chants adressés au mythe des origines –si on te demande poète ce que dans la vie tu fais réponds – chut ! c’est un secret
montage réalisé par Pauline Dorio Dessins photos etc JJ Dorio
Musique, paroles et interprétation par Jean Jacques Dorio. Chanson extraite de l'album "Chansons de quatre sous" enregistré en mai 2016 au studio "Le Petit Mas" à Martigues. L'album comprend 13 chansons avec leurs textes et des dessins originaux. Pour tout renseignement : doriojeanjacques@gmail.com
Une chanson de quatre sous :
Une chanson de quatre sous Sortie sortie de je n'sais où Une chanson qui essaie de naître Sur nos guitares et dans nos têtes
Une chanson un petit bout De toit où nichent des hiboux Sources de rêves dans un grenier Des lettres qui sortent d'un plumier
Une chanson de mon école Où l'on chantait la Carmagnole Une chanson qui me croira Ah ! ça ira ! Ah ! ça ira !
Une chanson un petit rien Souffles et soupirs d'un musicien On les pendra à la lanterne Pour leur Bali leurs balivernes
Une chanson de 68 Le rire de Dany Cohn Bendit Faites l'amour Fuyez la guerre Faites sur les murs mille poèmes
Une chanson de l'Utopie L'alouette a pris le maquis Sous les pavés laisse béton La plage Tontaine et Tonton
Une chanson faut la finir Savoir briser la tirelire Notes de piano minent les mots Les plus banals les géniaux
Une chanson un petit rien Souffles et soupirs d'un musicien Elle est passée par ton oreille Elle s'enfuit à tire d'aile
Une chanson un petit rien Souffles et soupirs d'un musicien Elle est passée par ton oreille Elle s'enfuit à tire d'aile.
TOUSSAINT le sourire des fleurs la
menace des peurs
Toussaint poser ses pots sur la tombe
des télévisions
où s’entassent les mauvaises
questions qui cassent les boussoles des citoyens
Toussaint toi qui nous a tant donné nous avons trouvé la force vitale de t’accompagnerjusqu’au bout
ici dans notre maison donnant sur le jardin de mai
Tousssaint une épreuve pour une mort
annoncée par ceux qui étaient censés te guérir
Toussaint guérir la vie mon amour toi qui fus vivante jusqu’à la veille de ta mort
Toussaint en dépliant toutes nos
questions – les bonnes – nous pourrions chercher ensemble comment – même
imparfaitement – remédier à notre crise d’identité…sans nous déchirer
Ah ! Si les fleurs n’étaient que belles…*
Senancour
L’amour des roses de la vie voix JJ Dorio auteur compositeur enregistré cet été au Petit Mas de Martigues envoyé pour 15 euros