POÉSIES ENFANTINES





J’ai tendu une corde de clocher en clocher,

et je danse.

Mon maître d’école avait inscrit la phrase

sur une banderole

qui flottait sur nos têtes.





Moi, quand je fus instituteur,

je remplaçai le danseur de corde

par Moi dans l’arbre





T’es fou tire pas !

C’est pas des corbeaux

C’est mes souliers

Je dors parfois dans les arbres





Ha!ha! On en a fait des lectures et des variations

sur ce dormeur dans son arbre





Comme « le paresseux » accroché au palmier,

au milieu d’une cour d’école de Caracas

où j’enseignais le français à de jeunes enfants.





Des infantes plutôt, des fillettes à l’esprit vif et sautillant.

-Profé ! profé ! comment dit-on « pereza » en français ?

– On dit « paresseux ».





Dame souris trotte Rose dans les rayons bleus

Dame souris trotte : debout paresseux !





italiques : vous devriez trouver le duo, première et dernière citation,

poètes majeurs, comme on dit, de notre panthéon poétique.

Quant à « Moi dans l’arbre ! »,

chapeau ! si vous connaissez son auteur

profond et facétieux.

JE VIS AU VERT





Je vis au vert

Je vis au loin des paysages dévastés par l’inculture des « Moi Je »





Je vis dans le fouillis d’un monde ouvert sauvage

qui se meurt

Je vis le llano la plaine interminable peuplée de tigres et de tatous

de fourmiliers et de perezas

ces extraordinaires singes paresseux

accrochés aux palmiers

« roulant des pensers qu’on ignore »





Je vis au vert

loin du noir éclairé d’un écran de télé

où se succèdent les imbéciles heureux

d’annoncer l’Apocalypse





Je vis au vert

cherchant à parcourir

ces lopins informes et divers

qui forment nos pièces mal ajointées

« Et se trouve autant de différences, de nous à nous-mêmes,

que de nous à autrui. »

ajoutait mon auteur d’Essais préféré.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI
patchwork in progress

UN INÉDIT encadré par deux citations





ce que j’écris ? quelques poèmes

ayant pour thème ce que je vis*

*Henri Thomas





inédit

comme on dit

d’un poème

de revue





la couleur rouille des chrysanthèmes

brûle les roses du cimetière





tu reprends le fil

du récit

à la page

du temps arrêté





pour les enfants

on fait le chat

et pour les vieux

le paresseux





la tête en bas

les pieds aux cieux*





*Jacques Roubaud