DU TEMPS

Crise du temps

Que l’on met au travail

Pour le remettre en forme

Pendant que l’on s’absente

de soi et que l’autre s’insinue

peu à peu

dans la place du même

.

Ça fait charabia

Araigne dans la tête

Boulotant les neiges d’antan

Et c’est aussi

l’antienne d’Apollinaire

Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

.

Arrêt buffet

Je parle dans ma tête

Comme d’autres

parlent au papier

Dans une nuit nue

À la mémoire embrouillée

.

Il est midi

L’heure des colibris

Qui sucent les fleurs rouges

Des corolles absentes

De tout bouquet

.

Le temps est un enfant qui joue

au tric-trac tout à trac

et au jeu de dés

qui n’en finit pas de défier

al-azhar

le Hasard et la fleur d’oranger

TRAVERSER LA NUIT

Traverser la nuit à la rame

À la ramasse ou dans l’ivresse

D’un blues sous la lune

Oublier points et virgules

.

Au fil de la plume

On écrit un mot puis un autre

Qui nous soigne ou nous blesse

.

C’est déjà l’aurore

Des paroles blanches

Qui peu à peu s’irisent

.

On referme le livre

On ouvre ses yeux

Sur les pièces d’un puzzle

Impossible à reconstituer

Sur poésie mode d’emploi

.

Il est sept heures

Le jardin s’éveille

On va s’endormir

Sur une mélopée

De Madame Morphée

PASSER

Passer comme le fleuve qui est de temps et d’eau
Passer sur notre barque du berceau au cercueil
Passer comme la folia de la viole baroque
Passer comme ces vers qui filent l’anaphore

.
Passer sur nos dessins de plage sans leurs pavés
Passer les nuits d’écriture sous la flamme d’une chandelle
Passer la poésie au peigne fin des sous-bois de myrtilles
Passer d’un poème à l’autre tissant dans le noir leurs habits de lumière

.
Passer sur la devise de Bernardino Corio
(un humaniste de la Renaissance) :
E bello doppo il morire vivere anchora
Il est beau après la mort de vivre encore



Je trace le passage

J’AI RIEN À LIRE

J’ai rien à lire c’est ennuyeux au cours d’un nuit blanche hermine

Je n’ai alors que le recours à l’écriture de mes réminiscences

Mais finalement vaut mieux pas

J’ai assez donné à ce propos avec des je me souviens et autres embrayeurs de feuillages internes :

Alors je brode comme on dit

Je passe d’un mot à l’autre afin de finir cette page qui de blanche va se retrouver noire

Va se noircir au fil de la plume qui s’arrête souvent la main levée

Attendant que souffle une nouvelle petite brise marine

Pour reprendre l’élan je lis que le livre sur lequel je prose ces quelques vers

Est fait de papier ivoiré et bouffant

Je suis bluffé

Alors je bouffe je souffle et je ris carrément dans cette chambre d’hôtel donnant sur une route nationale

Protégé ( pour l’ouïe ) par les carreaux d’une fenêtre à triple vitrage

Métaphore bien venue pour clore enfin cette histoire