UNE LIGNE PAR JOUR ET JAMAIS DE RETOUCHES

Histoire d'un projet, ou comment l'auteur dispose d'une année nouvelle, s'impose une contrainte et expose son Sujet : 

Écrire des alexandrins
Une ligne par jour et jamais de retouches.




Mon premier vers le jour de l'an ouvre ses pas.
Un doux combat. Ainsi les mots se frottent aux choses.
Et le Sujet ? « Soi comme un autre »... animal !
En éveil, aux aguets, Sois ce fou qui dit vrai,
Cet oiseau de passage oubliant son destin.


Flux et reflux, encre et lavis, noirceur lumière,
Septième jour shabbat. Dieu nettoie ses outils.
Au hasard Balthazar. Sur le buisson ardent,
Je serai Je suis La grande tautologie.


Un dur combat C'est l'A.B.C. de tout artiste,
Complexité Jubilation Humilité,
Et À l'écart Loin des pouvoirs...la liberté !
Le pied léger sur nos écrits, la facétie,
Grattant obstinément le palimpseste gris.
En quête d'un lecteur recréant mes écrits,
M'oubliant, s'oubliant en quelque métaphore.


Papiers collés sur mes pensées en vain je rame,
Le cristal sur la mer, le murmure des vagues
Et le livre du jour pour nous renouveler.
Comme à l'affût de l'inaccessible et du vrai,
Ce presque rien roulant ses dés dans le grand jeu.

Je ne sais pas. Je sais. Terra incognita,
Étoiles, bactéries, le hasard nous fit naître.
Essais répétitifs d'alexandrins labiles,
Dans le désordre, on s'organise on gesticule,
Une ligne par jour et jamais de retouches.


Accordéon, mégot, chapeau, didascalies,
Sur la scène où les larmes sont en porcelaine.
Et ce qu'on ne peut dire on l'écrit en silence.
Entropie, énergie, logique des possibles.
Premier mois. Le sablier imparfait se retourne.



DOUZE MOIS EN ALEXANDRINS Encres Vives collection Encres Blanches n° 663 a paru en 2015

LE JEU DU DEUX JANVIER

Il n’est pas du tout certain que n’importe quel fragment de ta vie soit une histoire fermée avec un début et une fin

Cependant si tu devais répondre aux questions suivantes, spontanément, sans chercher midi à quatorze heures, demande-toi quelle serait à ce jour ta réponse

1 Quel est le film de ta vie ?

2 Quel est le livre ?
3 Quel est ton chanteur préféré ?
4 Ta chanteuse de variété ?
5 Quel musicien écoutes tu quand tu as le blues?
6 Quel poème t’accompagne depuis la première fois que tu l’as lu ?
Pose-moi la question 7 j’y répondrai ainsi qu’aux autres sauf si le jeu n’en valant pas la chandelle aucun lecteur ou lectrice ne m’a renvoyé la balle

JJ Dorio

Martigues 2 janvier 2024

Les réponses d’André Bellatorre

Le film : un Lubisch Trouble in paradise

Le livre : un roman? Un balcon en forêt Julien Gracq

un essai? Figures 1et 2 Genette

Mon chanteur Brassens évidemment

Chanteuse pourquoi de variété? France Gall Pas de variété Anne Sylvestre

Quand j’ai le blues je n’écoute pas de musique forcément

Poème qui m’accompagnent: Demain dès l’aube, L’huître Question

7 : quels acteurs actrices de cinéma ou de théâtre qui te retient retiens tu ?

Grand merci à André Bellatorre de m’avoir renvoyé depuis Marseille « la pelota » (le nom brésilien et espagnol du ballon rond)

Mes réponses JJ Dorio

1 Pierrot le Fou (Godard /Belmondo/ Anna Karina)

2 Un dictionnaire à part moi (c’est dans tous les sens « le livre de ma vie »)

3 Claude Nougaro

4 Anne Sylvestre

5 Charlie Mingus

6 Ma bohème Arthur Rimbaud

7 Isabelle Huppert (pour les deux arts théâtre et cinéma)

et Antoine Bourseiller metteur en scène de mon moment théâtral préféré

la pièce Onirocri à la Cour d’honneur du palais des papes Avignon 1973

avec Carolyn Carlson (danse) Barre Philips (contrebasse) Chantal Darget (chanteuse à la Piaf)

etc

Les réponses de Michel Chalandon depuis Saint Gilles

1 Jeremiah johnson little bigman quand passent les cigognes

2 Cien anos de soledad

3 Juanito valderrama

4 Yvette guilbert

5 Richard strauss waldesigkeit par g szell

et e schwarzkopff quand j’ai envie de neige

6 Roman a. rimbaud

Que faut-il comprendre de tout cela ?

Une réaction j’ai des relations amicales avec la fille d’antoine bourseiller et chantal darget une princesse que tenait louis aragon dans ses bras, jean genet devait être assez indifférent à elle, mais l’impressionnait.

La réponse de Sophie Chambon

 Rien que pour les films j’ai au moins une quinzaine de premières places…. Comme des enfants, aucun n’est le préféré.  J’ y reviens ou y suis revenue souvent et aucun n’est très récent….idem pour les livres moins nombreux mais aimé à des époques différentes…pour des raisons diverses. 

Quant aux tableaux,  ce sont plutôt des peintres là encore dont j’aime l’oeuvre .

Idem pour les musiques…

Je ne crois pas que je puisse y répondre honnêtement.

Et sa question :

As-tu une page d’un livre ( partie pour le tout) qui a suscité ton envie d’écrire,  ton désir de créer ?

Oui la page 68 de l’œuvre d’Apollinaire dans la Pléiade :

 » Des enfants

De ce monde ou bien de l’autre

Chantaient de ces rondes

Aux paroles absurdes et lyriques

Qui sans doute sont les restes

Des plus anciens monuments poétiques

De l’humanité »

La maison des morts Alcools

Ce jour 28 janvier me parviennent les réponses de Dominique Cerdan

qui apparaissent ci-dessous et que je remercie vivement

 

1 Quel est le film de ta vie ?Un seul film n’y suffit pas et j’en ai vu si peu. Ettore Scola, La famille, La terrasse.Rivette : Va  savoir, Histoire de Marie et Julien.

2 Quel est le livre ?

La montagne magique

3 Quel est ton chanteur préféré ?Aujourd’hui, Arthur H

4 Ta chanteuse de variété ?Albano (rire)

5 Quel musicien écoutes-tu quand tu as le blues? Michel Legrand

6 Quel poème t’accompagne depuis la première fois que tu l’as lu ?Le dormeur du val et Liberté

Ton arbre ou ta fleur préférée (pour moi c’est un peu comme le film, il en vient plusieurs en même temps et je ne connais pas leur langage)
Sous un ciel changeant, des écarts de température étonnants, je te souhaite une belle et bonne semaine.
Dominique

JE TE LA SOUHAITE

Et ça continue et ça recommence 
Vingt-quatre chasse vingt-trois
Meilleurs vœux tous nos souhaits
De ce beau matin des étrennes
Qu’enfants joyeux nous récitions
Comme un chapelet qu’on égrène

Et ça recommence et ça continue
Même si ailleurs on vit l’épouvantable guerre
Ça semble indécent d’évoquer ces misères
Quand chez nous à tout âge
Fleurissent les promesses de ce premier janvier
Je te la souhaite mon camarade mon amie
mon amour
Une année de beauté d’innocence
Et d’enfance retrouvées


UN POÈME SUR LA PERTE DIT PAR PAULINE DORIO

9

pour le bout de l'an 2023

The art of losing / L'Art de perdre
Eliabeth Bishop 1911-1979)

Voix diction : Pauline Dorio 30/12/2023 22h

The art of losing isn’t hard to master;
so many things seem filled with the intent
to be lost that their loss is no disaster.

Lose something every day. Accept the fluster
of lost door keys, the hour badly spent.
The art of losing isn’t hard to master.

Then practice losing farther, losing faster:
places, and names, and where it was you meant
to travel. None of these will bring disaster.

I lost my mother’s watch. And look! my last, or
next-to-last, of three loved houses went.
The art of losing isn’t hard to master.

I lost two cities, lovely ones. And, vaster,
some realms I owned, two rivers, a continent.
I miss them, but it wasn’t a disaster.

—Even losing you (the joking voice, a gesture
I love) I shan’t have lied. It’s evident
the art of losing’s not too hard to master
though it may look like (Write it!) like disaster.

***

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître,
tant de choses semblent si pleines d’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre
.

Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre
tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

Puis entraîne-toi, va plus vite, il faut étendre
tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis
le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière
ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie !
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,
des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.
Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste
que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui,
dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître
même si il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

Elizabeth Bishop Géographie III

traduction Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Moucharded

Circé 1991