EN ENTRANT À L’ÉCOLE





Pour les enfants et pour les raffinés

La pluie fait du goutte goutte

Fenêtre ouverte je l’écoute

Il pleut ces lignes sur mon papier

Sur le cahier des écoliers

Il pleut il pleut bergère

Il pleut rue de la Bergeronnette

C’est la pluie petit patapon

La bonne petite pluie

La pluie pour les poètes

La pluie pour les enfants

Qui reprennent le chemin de l’école

La pluie fait du goutte à goutte

Elle tombe infinie

Je referme la fenêtre

Mon poème est fini

Martigues 2 septembre 2024

9 rue de la Bergeronnette

Jean Jacques Dorio

Pour Mathis

Mon petit-fils

TOUT FEU TOUT FLAMME

Tout feu tout flamme 
Brûle mon âme
Sur cette page
Que nul ne lit

On me dit fou
(fada ici)
Je me crois sage
Me balançant dans le hamac
tendu entre deux pins du cru

Et nous voilà
Faisant ces vers
Plaçant ces mots
Tout feu tout flamme
D’où naîssent paroles
Qui dans la nuit
Font un sujet de poésie
À LA SEMBLANCE DU BEAU PHÉNIX

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s’il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance


Guillaume Apollinaire
La chanson du mal aimé


Je suis tout feu tout flamme
Je suis l’eau remontant à mes sources
Je suis l’air de rien
Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs)

Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer
Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy
Je suis la terre que le blé vert adoucit
Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette du troubadour

Je suis le poète contumace à l’esprit follet
Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée
Je suis la Mère Terre (va-t-elle mourir la Pacha Mama ?)
Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz*



*Dans cette ville de Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer. Heinrich Böll


JE RÊVE

Je rêve que tu rêves d’un monde sans douleurs mais riche de couleurs et d’exercices de style

Je rêve qu’un journal a annoncé tes fiançailles avec le roi de Prusse

Dans mon rêve je te vois protester proclamant que le roi de Prusse n’est pas ton cousin

Je rêve que je te donne la main sous la neige qui tombe inexorablement pendant que tu récites les vers de Victor Hugo sur la retraite de Russie

Je rêve que je te vois les bras en l’air comme une paire d’ailes et que tu prends le métro pour Bonne Nouvelle

*

« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir les portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Gérard de Nerval

*

L’ÉTOFFE DONT ON FAIT LES RÊVES

Are such stuff As dreams are made on
À tous ceux qui sont de l’étoffe dont on fait les rêves
À toutes celles
Qui font de la poésie la « matière ardente » de leurs Mille et Une nuits
À tous À toutes
Qui écrivent dans le noir des histoires lumineuses
Qui nous tiennent en suspens
À tous ceux
Qui sont de l’étoffe d’un livre dans lequel on entre par un coup de dés
À tous ceux À toutes celles
Qui « en temps de débâcle »
Sont de l’étoffe
Qui permet le rêve en commun
de vies dignes d’être vécues

SOMMEIL LÉGER

Sommeil léger avec des rêves 
qui descendent l’escalier
des soucis du jour précédent

Je suis entouré d’abeilles
qui me font passer la frontière
du côté de Menton

J’entends la vieille leçon
sur l‘empereur à la barbe fleurie

Et puis je me rendors on dirait
sur l’image d’une belle dame
qui rentre ses moissons