Escrever de não escrever
selon ce que me dicte le fantôme de Pessoa
J’écris de ne pas écrire ce que d’autres ont déjà écrit
J’écris pour que d’autres écrivent sur mon texte palimpseste,
pâles insectes trempés dans l’encrier
et qui dans un dernier sursaut font des tortillons sur la page
J’écris cette littérature à soi semblable au balancement de l’abanico,
figure de style évoquant l’éventail
J’écris en éventant et réfutant les livres noirs qui vont s’ailleurisant
J’écris ici et maintenant
Martigues mardi 5 mars 2024
Category Archives: Poème du jour
J’ÉCRIS UN PEU GRIBOUILLIS BEAUCOUP GRIBOUILLA
J’écris avec Gribouille dont on me disait enfant Quand je faisais l’andouille
Qu’il était caché au grenier prêt à me punir pour mes bêtises
J’écris sur un tapis Boukhara
J’écris nom d’une pipe en bois
J’écris plutôt deux fois qu’une
J’écris de temps en temps À une dame d'antan Mais jamais en regardant les Unes des journaux imprimés
Ça me déprime
J’écris blague à part avec la huitième condition de Fourier en tête :
celle qui dans une liste échappe à tout classement
J’écris collectionnant les bourdes et les pataquès
J’écris un incipit aux bifurcations inconnues
J’écris brique après brique
Cette maison ouverte à tous les compagnons & compagnes d’écriture
J’écris bilboquet Bouquet de phrases à venir et qui s’étalent
Comme la confiture d’abricot de Tatie Popo
Ou bien qui se refusent aux caprices de ma plume
J’écris comme les chauve-souris
Dont la température s’abaisse
À mesure qu’elles remuent leurs ailes
J’écris comme Marguerite Duras
Pseudo de Marguerite Donnadieu
Sans Maître ni Dieu
J’écris faisant ces longues tresses de textes
Que je tape à deux doigts
Sur la Valentine rouge d’Olivetti Mais je n'écris pas
avec une gomme comme font
Tous les compositeurs de musique
De Bach à Phil Glass
J’écris ces séries sans fin à l’encre sortie d’un stabilo
OH Pen Universal
J’écris au propre et au figuré Sans ratures loin des Stals
J’écris comme on traverse le désert
En songeant au Jardin d’Acclimatation

LONGÉVITÉ
LONGÉVITÉ comme un lapsus d’éternité
Le laps des ans nous a paru d’éternité
Edouard Glissant
Lapant le lait des Chats sauvages
Pinçant les cordes d’Apache
Sur les premières guitares
Branchées sur la fée Électricité
Une à une nous avons pendu
Les vieilles araires au clou
Elles geignent au vent d’autan
Le Progrès depuis belle lurette
A fermé son étable sur le dernier des paysans
L’éternité danse le rock and blues

SHOU : Longévité
écrit par Wu Changshuo (1844-1927)
en sa quatre-vingtième année
EN SOMME
Chaque nuit entre deux sommes
Tu vogues toujours et encor
Vers Ithaque errant éternel
Tournant tes feuilles recto
Verso du travail de mémoire
Qu’un poème comme un clap
Sur la langue du lexique multiplié
Ébranle éclabousse de tes écumes
De nuit tes pensées de papier
Entre deux sommes
AJOUT
JE ME RÉVEILLE D’UN COURT SOMME
Cette histoire de soi qui s’écarte de moi, ce n’est pas que dans les livres.
Je me réveille d’un court somme, (le premier de la nuit), avec la sensation d’une conscience paradoxale :
je ne sais plus l’espace d’une seconde où j’habite, quel jour on est, quelle est mon identité…
Ça pourrait semer le doute, ça me donne l’énergie venue de ce courant mystérieux « antérieur à la connaissance » d’un questionnaire inhabituel :
qui ne suis-je pas ? ce que n’est pas mon identité ? ce que je ne sais pas ?
BELLES NAISSANCES
Pour Ambre et Jade et pour Mathis
Une goutte d’eau dans l’océan des poésies
Une larme de joie dans les yeux d’une reine de cœur
Une pluie sans cesse sur Brest
Un lac endormi quand nul ne le voit la nuit
Une source à la fontaine Bellerie
Mon poème est comme un ruisseau
Je l’ai écrit pour mes petites filles et mon petit fils
Nés un vingt huit février
Martigues 28 février 2024