ASSEZ D’ACTIONS DES MOTS !

Assez d’actions des mots !
Tracés à l’encre sympathique
Sur les tombeaux des poètes
Avides
De laisser un message ultime
Enfin débarrassés de leurs tics et retics :

Textes sans e (sans eux, sans elles)
Sonnets de voyous transformés en voyelles
Rimes équivoquées
Muse sans cesse invoquée
Avec des Ô
Et des métaphores filées
Albatros fracassés sur le pont de vaisseaux fantômes
Poèmes maudits planqués dans leur tiroir
Ou dans une malle Pessoa

Et même- pour en finir avec le jugement des dieux lecteurs -
le tic suprême :
juste avant leur dernier Grand Couac
où ils mirent à l’encan 
anaphores, hypozeuxes, hyperbates (ou rallonges) , asyndètes, chiasmes…
et autres tropes que les derniers saltimbanques des Figures
ajouteront d’instinct à cette liste
pour l’étrangler !

L’ÉTHIQUE D’UN POÈME

Os antiguos invocavam as Musas
Nós invocamo-nos a nós mesmos.

Alvaro de Campos alias Fernando Pessoa

Les Anciens invoquaient les Muses
Nous, c’est nous-mêmes que nous invoquons.


de la vie de la mort
de l’esprit et du corps
naissance d’un poème

de Rimbaud ma Bohème
un pied près de mon cœur

de Baudelaire aimer à loisir
au pays qui n’existe que sur la page
de l’Invitation au voyage

Aimer et mourir 
Subsumer notre mort
Dans la maison où souffle
L’Éthique d’un poème :

les mots pour le dire
le sujet et ses hétéronymes
le monde qui s’imagine




LES PÂQUES D’UN PAÏEN INACTUEL









Agenda impersonnel 29 mars-04 avril 2021

2h46  Personne : masque souvent grotesque de l’acteur antique. Chaque personne, homme ou femme, continue ainsi de faire en société son cinéma. Malheur à ceux et celles qui sont dupes de leur personnage. Paradoxalement Pessoa (Personne en portugais) s’inventa plusieurs noms de plume qu’il appela ses hétéronymes. Il était Álvaro de Campos, poète avant-gardiste et décadent, qui écrivit dans un élan métaphysique « Bureau de Tabac ». Il était Alberto Caeiro, versé dans la phénoménologie. Il était Ricardo Reis et António Mora. Et son livre le plus fameux Livro do desassosego (Livre de l’intranquillité) fut l’œuvre de Bernardo Soares. Son quotidien, il le nomma « ennui ésotérique ». Tout un programme.   2h66





Mardi 30/03/2021

1h37   Alors que j’écrivais ces variations sur Personne, la dernière ancêtre Dorio, côté ferme de Daumazan sur Arize (Ariège), cousine germaine de mon père, s’éteignait à 94 ans. La repousse désormais a lieu à partir d’ici, passant des terres occitanes au bord de mer provençale, celle que Valéry du haut de son cimetière marin décrivit comme toujours toujours recommencée.  1h44





Mercredi 30/03/2021

4h18  Je me réveille ayant rêvé des aphorismes de René Char. Jeune lecteur, poète en herbe, ils m’enchantaient. Les yeux bien ouverts cette fois je reprends les XXVII fragments de À la santé du serpent. Je n’ai qu’une formule sans égards ni patience pour le maître de l’Isle sur la Sorgue : Char à Bia.     4h26





Jeudi  01/04/2021

18h50  Me voilà lisant Paris Match, le poids léger des mots, le choc amorti des photos. Pour un ancien fervent de Mai 68, on dirait qu’en lisant cet hebdo, j’ai mangé mon chapeau. Mais j’ai ma petite idée que je vais avec tous ces gens prisonniers de leurs personnages tâcher de développer.   19h03





Vendredi 02/04/2021

7h23  Ouverture des volets : 3 pies jouent sur les râteaux de l’antenne de télé de la maison d’en face, un goéland rame mélancoliquement.  7h25





Samedi 03/04/2021

1h12  Je viens de trouver un nouveau cycle d’écriture : « dialogues intérieurs », en mode mineur et si possible plutôt blagueurs.   1h14





Dimanche 04/04/2021

8h59  Tout de suite c’est l’écriture d’un dimanche de Pâques d’un païen inactuel, de la dernière indienne de la Terre de Feu et d’un philosophe sysiphéen remontant son rocher sur lequel pendant la nuit a poussé un acacia.   9h11

GARE AU POÈTE !





Les poètes usant de vers polymorphes

Sont traités le plus souvent avec suspicion

Sur la scène du monde littéraire

Gare au gorille





Gare aux hétéronymes de Monsieur Personne

Pessoa le Portugais :

Combien suis-je ? Qui est moi ?

Questions d’un inquiéteur

Pour ne pas dire d’un sublime emm…





Enquanto en vir o sol luzir nas folhas

E sentit toda a brisa nos cabelos

Não quererei mais nada

« Tant que je vois feuilles luire au soleil

Et sens la brise en mes cheveux

Je ne désire rien d’autre »





À part l’écrire le chanter

Puis oublier mon feuillet

Dans la malle à poèmes

Des banquiers anarchistes

Gardeurs de troupeaux

Et autres buralistes

Qui offrent leurs cigares

Aux fumeurs versés dans la métaphysique


	

LES TRISYLLABES D’UN AMATEUR





TRISYLLABES D’UN AMATEUR

septembre 2020





En ama

teur j’écris

en véri

té citron

Ô rang’ ton

désespoir





En ama

teur je vis

loin du monde

et du bruit

et dez zôms

m’as-tu-vu

ou de Lettres





En ama

teur je lis

la languin

personnelle

de Psoa

en ses zé

téronymes

Albert

Caeiro

et les autres





En ama

teur je suis

en équi

libre sur

le vers blanc

l’harmonie

du cosmos

la mémoire

en folie





l’atmosphère

d’un oubli

éternel