UN VERS FORMÉ TOUT SEUL

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Un vers formé tout seul venu du corps-esprit

D ‘Autres disent « des dieux » ou de l’inconscient

Moi je dis : attention, obstination, éveil

Parler à  son insu soi-même comme un autre

Confiant à la plume tous ses petits secrets

Jamais d’à priori Jamais la ramener

Pas de prise de tête et nul littérateur

Qui se la joue « poète  » d’un vers écrit tout seul

CONSIDÉRATIONS INACTUELLES

Il pleut J’écoute Chopin C’est dimanche

Il se peut que quelqu’un jadis ait écrit cette ligne

Et d’ailleurs c’est sûr puisque je la lis

Il ne pleut pas J’écoute mes acouphènes C’est la nuit de lundi à mardi

Le même qui la première ligne écrivit  me racontait (puisque je l’ai bien connu) qu’il avait sué du sang (sic) pour apprendre à lire

Et pour cause il venait d’une ferme où l’on ne parlait qu’occitan

C’est bête à dire mais l’école de la République lui interdit de parler et d’écrire sa langue première puisque c’était  » pas toi »

Mais j’oublie  ces considérations inactuelles et j’essaie de jouir de la vie de chaque jour dans la fête comme dans la défaite

À cor et à cri

Il pleut des cordes d’eau

Donnons-nous la main

(pour lire cet haïku)

A NOIR

Écrire ainsi c’est complètement inactuel Mais ça m’amuse C’est un tour de passe-passe A noir écrit à blanc Sous la dictée du dedans Si je m’appelais Victor Hugo J’aimerais de cette lettre blanche le bruit charmant Un bruit d’esprit qui s’évapore Comme un poème finit Quand vient l’aurore

UN SONNET SANS HISTOIRE

Un chic alexandrin avec ses douze timbres

La nuit consolatrice allume ses paroles

Appliquées, turbulentes,  inconnues du grand nombre.

Très simple de chanter l’absence de tout rôle

D’un poète qui n’aime pas fair des histoires

Oui il sait qu’au lointain de cette nuit, le monde

Souffle et soufre, fait la guerre, se déchire,

Mais veiller à ne pas attiser ces délires

Est sa façon de switcher l’infernale ronde.

L’espace d’un poème il est sable et enfant

Il est la lune pâle et le soleil brûlant

Le pacte de vieillesse avec la solitude

Le refus des rimes idiotes qui gigotent

Leur béatitude. Rideau. Fin du sonnet.

POÈMES NON LUS POÈTES DISPARUS

Jamais on n’a autant écrit de poèmes et jamais on n’en a aussi peu lus

J’ai lu ça il y a des plombes

J’ai lu aussi que les neuf dixièmes des livres sont inutiles mais on ne peut discerner lesquels qu’après coup

Longtemps Longtemps Longtemps après que les poètes ont disparu