FANTAISIES ORPHIQUES

Secrets amours

Les secrets taire

En écrivant

Ces quatre vers

Amours secrètes

C’est plus correct

La langue court

Sur le papier

Et dans la tête

Fait des calculs

De géomètre

J’entends encore

Le grain de voix

Du professeur

Faisant leçon

Sur exceptions

Orthographiques

Un ange passe

Il n’a pas d’ailes

Mais le visage

Illuminé

Par des couleurs

Quasi orphiques

LA POÉSIE LA PLUS PURE

Buccale, gutturale, produite par le souffle pulmonaire, la voix humaine est le corps du langage

Par contraste, un tel appelle l’écriture, la morte voix

Une stupidité quand l’écriture, faite pour voir et pour entendre, produit dans la poésie la plus pure, la plus élaborée, cette jouissance issue du rythme et des mots choisis pour leurs capacités euphoniques, suggestives, érotiques, métaphoriques :

La vie est vaste étant ivre d’absence

Et l’amertume est douce et l’esprit clair.

UN PAS APRÈS L’AUTRE

à petits pas

à pas comptés

à pas rythmés

comme les pieds

antiques : spondées

dactyles et peste

des anapestes

à pas chaloupés

à la manière

d’un funambule

qui danse sur un fil

de la grosseur d’un doigt

à pas de chance d’exister

sur les chemins

d’une écriture errante

mais qui cherche

jusqu’au bout

un mot après l’autre

à aller de l’avant

PASSAGE DES COULEURS

Passage du noir

C’est tout une histoire

Passage du gris

C’est dame souris

Passage du vert

C’est tes yeux pervers

Passage du rouge

Que plus rien ne bouge

Passage au jaune

C’est le petit pan de mur

De Ver Meer vu par l’auteur

De la Recherche

Passage du violet

Figue de mer iodée

Passage à l’orange

Ça ça me dérange

Passage au blanc

Dans l’écriture des amoureuses

Passage des couleurs

Sur les pages de l’enfance

D’un art réduit à ces variations

Sur  papier glacé

LE CORPS D’UN POÈME


C’est de l’or et du purin
Le sable fin des pavés
La Commune utopique
Le sang versé par les Versaillais

C’est ma communale
Mon école accordéon
Des apprentissages rêvés
Et d’une vita nova

C’est ce qu’il nous faut creuser
Malgré tous nos déboires
Cherchant à y voir clair
Face à ce qui se dérobe*

Maintenir nos petits dispositifs
Qui font de l’écriture d’un poème
Mille ajustements créatifs
Où le corps en action
Élève notre esprit

*Henri Michaux