POÈME COCKTAIL

Pour Jean Louis

J’en ai tant vu, tant regardé, tant lu et tant écrit

Des nuages de poèmes où l’encre se glisse

faisant des lettres qui éclaboussent la page

La page tu vas voir celle-là qui fait croire

à la traversée du fleuve de l’Eternel Retour

Retour sur la nuit revenante, la nuit

Que tu avais encor poète en point de mire

Et maintenant me voilà dormeur du val

Plagiaire anticipant le petit bal perdu

Les yeux au fond d’un verre d’un cocktail

fait d’angostura et d’un zeste de Nostalgie

Italiques un titre de Jean Louis Rambour

à qui ce poème de guingois (il me pardonnera) est dédié

ATARDECER

Ne manquez pas votre unique soirée de printemps

Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité

Vladimir Jankélévitch


Sur la terrasse au petit air du soir

J’écris  sur une feuille qui traînait
Posée sur la table d’eucalyptus
Avec deux petites fourmis amusées

Les hautes herbes remuent
Avec les feuilles de vigne
Le lilas violet renouvelé
Et les roses sévillanes

En haut c’est le ballet des gabians
Et le premier martinet
Que je n’aurais pas aperçu
Si je ne m’étais pas mis en position
Du regard du sourd aux sens multipliés

C’est le soir qui s’attarde
el atardecer
Je ne sais dire mieux

À QUOI SERT LA POÉSIE ?

- À quoi sert la poésie ?
- À vivre mieux premièrement
À desserrer l’étau du quotidien
À écrire dans un style contraint
Entre le son et le sens
À épuiser les manières de dire
ce que n’est pas la poésie
- Mais  encore me demande-t-on
Je donne alors une raison plus personnelle
-Je crois que si je n’avais pas écrit des poèmes
comme d’autres font de la danse, de la musique (avant toute chose)
ou du théâtre, je serais devenu fou.

(Une folie douce sans doute peut-on penser mais le reste du dialogue s'est évaporé)




J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE à dada sur mon papier

J’écris à propos de tout et de rien

J’écris du vent dans les branches de sassafras 1

J’écris ça à ma petite lingère

J’écris pour le luth et pour les cœurs simples

J’écris pour ma grand-mère la dictée éternelle de son certificat d’études

J’écris des petites choses qui font plaisir qui flattent ou qui embêtent 2

J’écris des œuvres anthumes pour la postérité

J’écris en feuilletant les écrits des autres

Ces pages d’un temps autre

Ce temps vécu en la contrée étrange

D'une poésie où j'ai souvent
L'illusion d'être ange




1 René de Obaldia (22 octobre 1918-27 janvier 2022) 2 Émile Berr (6 juin 1855- 9 octobre 1923)

14 JUILLET 2024

En Mai 68 on a pris la parole comme on a pris la Bastille 

Tiens je me réveille d’un premier somme
J’appuie sur mon écran qui indique
01:01 14 juillet
Avec tous les événements de ces dernières semaines

La frayeur que l’on a eu de pouvoir basculer
Dans une France
National Populiste
J’avais complètement oublié
Qu’il pût y avoir un quatorze juillet

Bon ce qui est sûr c’est que je n’irai
pas voir le défilé
Ni que je chanterai à tue-tête
Allons zenfants de l'apathie

Et pour les autres options :

Rester dans son lit douillet
Relire le Je ne sais quoi
et le presque rien
Jouer Ravel ou Chopin
Reprendre un peu la Bastille

J’ai encore un peu de temps
pour décider de ce que je vais faire
De mon quatorze juillet