BREDOUILLE

Je repars bredouille de la quête des mots

Je suis fanny comme dit l’autre

Mais je l’écris je le bredouille

C’est déjà mieux que rien

Ce presque rien et ce je ne sais quoi

Qu’affectionnait Jankélévitch

Il saisissait ainsi la manière et l’occasion

et dans un second tome

La méconnaissance le malentendu

La liste n’est pas close

de même que mon poème

parti de rien

mais qui en chemin

a trouvé du grain à moudre

***

« Ce commencement qui n’en finit pas » est, de loin, ma formule magique préférée. Elle ouvre la scène imaginaire, l’Autre Scène, où va opérer ce commencement du commencement « à partir du rien de la feuille blanche, à partir de l’amorphe et de la parole balbutiante. » (Vladimir Jankélévitch)

QU’EST-CE QUE L’IMAGINATION ?

Je m’imagine sur le ring du Madison Square Garden encouragé par Nougaro qui me crie : Boxe boxe boxe 
Je m’imagine sur la scène de l’Olympia m’accompagnant à la guitare sèche en chantant Santiano ce fameux trois mâts fin comme un oiseau
Je m’imagine papillon butinant les fleurs magiques des Songes d’une nuit d’été
Je m’imagine Balthazar au hasard du film de Bresson
Je m’imagine dormeur du val ma tête baignant dans le frais cresson bleu
Je m’imagine suspendu sur le trapèze de la vie mode d’emploi ne voulant plus en descendre
Je m’imagine Gary Cooper chantant à Grâce Kelly Si toi aussi tu m’abandonnes
Qu’est-ce que l’imagination ?
Attendez c’est pas fini…

J’AIMERAIS MIEUX PAS

I would prefer not to Bartleby the scrivener 
Herman Melville

J’aimerais mieux pas mourir
J’aimerais mieux pas y penser
J’aimerais mieux pas vivre à la Santé
J’aimerais mieux pas m’appeler Parkinson
J’aimerais mieux pas somnambuler
J’aimerais mieux pas battre le pavé
J’aimerais mieux pas plum plum tralala
J’aimerais mieux pas franchir le Rubicon
J’aimerais mieux pas affronter Charybde et Scylla
J’aimerais mieux pas chanter la Traviata
J’aimerais mieux pas aller à Château Noir
pour peindre la Sainte Victoire
J’aimerais mieux pas jouer
avec les pommes de Cézanne
comme avec des boules de billard

J’AIME LES SECRETS

J’aime les secrets
Je n’aime pas les étaler
J’aime la recherche des mots pour les dire
Je n’aime pas les beaux parleurs d’un soi vide
J’aime les livres que l’on fait dans le jardin des langues en friche et qu'il s'agit de revivifier
Je n’aime pas les pensées des mortels qui se satisfont d'assurances creuses
J’aime le travail poétique à l’écart et qui brise toute facilité acquise
Je n’aime pas les leçons magistrales des hommes en majesté
J’aime tourner la page
Je n’aime pas particulièrement cette page

AU TRAVERS DE MA NUIT

Je ne vois plus le jour
qu'au travers de ma nuit

Je ne vois plus la nuit
Que comme un jour sans fin
Toujours en mouvement
De rêves en rêveries
Les images me fuient
Les images me font
Un corps de magicien
Un corps écartelé
Qu'un poème parvient
À rassembler parfois
Et d'autrefois je laisse
Aller le pur hasard

l'amorce en italique est de Jules Supervielle