SUR LE PAPIER EN SILENCE

SUR LE PAPIER EN SILENCE 

Sur les minuits passés de deux
Sur un air dans ma tête
Que nul ne sait
Sur la nuit et sa béance
Sur E égale MC2
Sur ma plume qui s’entête
Sur Montaigne et ses Essais
Sur la montagne Sainte Geneviève
Sur le Panthéon de Soufflot
Sur le souffle de Voltaire et d’Hugo
Sur Jean-Jacques citoyen de Genève
Sur Jean Jacques dont le nom est Dorio
Sur le loriot et ses sept plumettes
Sur le carnaval de Rio
Sur la petite marchande d’allumettes

(Je laisse au lecteur le dernier mot)

Hypnographies dorio londres 21 janvier 2024

J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE

J’ÉCRIS TROP J’IMAGINE à dada sur mon papier
J’écris à propos de tout et de rien
J’écris du vent dans les branches de sassafras 1
J’écris ça à ma petite lingère
J’écris pour le luth et pour les cœurs simples
J’écris pour ma grand-mère la dictée éternelle de son certificat d’études
J’écris des petites choses qui font plaisir qui flattent ou qui embêtent 2
J’écris des œuvres anthumes pour la postérité
J’écris en feuilletant les écrits des autres
Ces pages d’un temps autre
Ce temps qui ne passe pas

1 René de Obaldia (22 octobre 1918-27 janvier 2022) 2 Émile Berr (6 juin 1855- 9 octobre 1923)

J’ÉCRIS DANS LA NUIT BLANCHE AVEC LE PINCEAU DE MI FU


J'écris noir sur blanc avec beaucoup de blancs dont j'ai besoin pour écrire un poème
J'écris sans hésiter mais si lentement que quand je me décide j'ai éliminé ce qui m'était venu à l'esprit d'emblée
J'écris dans la nuit blanche des poèmes antérieurs à toute écriture comme un chant itinérant
J'écris d'un lieu à l'autre me balançant dans le hamac allongé dans le lit marchant dans les Andes péruviennes
J'écris devant le lac Titicaca et sur la pierre solaire du Macchu Pichu
J'écris avec le pinceau de Mi Fu :
C’est le va et vient du souffle qui fait que le trait est gros ici et maigre là
J'écris maigrelet des formes et des lignes esquissées esquisitas (délicieuses)
J'écris en noir de Chine des phrases sans mots
Dessinant sans que je m'en mêle mes hypnographies


avec le pinceau de Mi Fu

dorio 18 avril 2024

MA VIE À MOI

MA VIE À MOI à toi à tu Ma vie parlée et ma vie tue Ma vie l’esprit débordant du cadre de mes photographies (du bébé joufflu au dernier portrait que m’aurait fait Nadar allongé dans mon plumard) Ma vie rêvée l’ai-je bien fantasmée ? Ma vie d’un « je » ouvert par la littérature d’un reclus célèbre couchant sur le papier les vies de personnages de salon qui se croyaient immuables quand tout leur monde était en train de disparaître Ma vie à moi écrite en maints poèmes sur les ardoises du toit Ma vie donnée dans l’abécédaire d’un dictionnaire à part moi Ma vie du vieil homme et la mer Ma vie de Montaigne à sauts et à gambades Ma vie délibérément anachronique « vie fugitive » « vie devant soi » Ma vie de vieux muet assis dans le métro lisant le capitaine Fracasse en bande dessinée Ma vie croisant ces mots de l’auteur de la vie mode d’emploi : « Un père éternel » réponse « Lachaise » Ma vie de bâtons et de lettres disparaissant dans des cartes et feuillets noircis en secret entre soi et soi entre moi noir chevelu et moi blanc dégarni Ma vie et moi et toi ma conscience de l’instant qui vient séance tenante m’en libérer

UNE VIE ORDINAIRE en mille et un fragments

en cours d’écriture

COMME SI

Comme si pour qu’un texte soit fort il doit subir avant sa publication beaucoup d’effacements

Comme si pour qu’un texte soit faible il doit couler de source

Comme si un texte sans les mains d’encre qui le portent n’est rien qu’un papier vain

Comme si humainement poétiquement parlant un texte chatgpt est nul et non avenu