HYPOCRITES LECTEURS MES SEMBLABLES MES SŒURS

1001 HYPOCRITES LECTEURS MES SEMBLABLES MES SŒURS Et vous ? Aimez-vous comme moi entasser les paroles et les gestes des gens de la cité Et vous ? Imaginez-vous l’éternité au cœur d’une pierre

antique ou Rayon de soleil dans la mer en allée Et vous ? Résonnant dans le vide qui entoure vos bruits raisonnant méthodiquement sur votre cogito brisé Et vous? Volez-vous de vos propres ailes Effarés dans la grotte des mythes amérindiens Et vous ? Êtes-vous paradigme perdu ou plutôt aporie Et vous ? Embourbés empêtrés ou bien Essence pure Et vous ? Voyez-vous vos pensées comme principes d’incertitudes Et vous ? Répétez-vous la scène de l’étrange étranger Et vous ? Regardez-vous le monde comme un fleuve de boue Et vous ? Tenez-vous la balance du corps et de l’esprit Et vous ? Pouvez-vous décliner vos noms prénoms surnoms sans rire Et vous ? Vivez-vous de fadaises et de lettres volées Et vous ? Connaissez-vous l’issue de votre destinée Et vous ? Tombez-vous à tous les coups du mauvais côté Et vous ? Continuerez-vous après votre disparition de vivre dans le titre d’un livre échangé Et vous ? Serez-vous monsieur Plume ou le fleuve caché Et vous ? Serez-vous ce silence que d’autres meubleront Et vous ? Écrivez-vous parfois la liste de vos premières fois Et vous ? Hasardant vos ruptures dans la continuité Et vous ? Nourrissez-vous vos nuits de lignes d’Insomnie Et vous ? Sable mouvant des ronces des lierres et des orties Et vous ? Fourmilier du grand llano tatou du charango Et vous ? Crevez-vous d’un cancer ou bien d’indifférence Et vous ? Sautez-vous dans le vide de cette espèce d’espace Et toi ? hypocrite lecteur mon semblable ma sœur

MILLE ET UN FRAGMENTS DU LIVRE D’UNE VIE COMMENCÉE LE 24 MARS 1945 ET QUI SE TERMINERA UN JOUR UNE HEURE…DANS L’INACHEVÉ (work in progress)

AUGUSTE RETRAITE QUE RIEN NE T’ARRÊTE

QUE RIEN NE T’ARRÊTE AUGUSTE RETRAITE

-Alors, qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? – J’ai beaucoup écrit sur différents formats, de diverses manières, multiples inspirations. Écrire est avant tout une pratique : explication, exécution, mise en action des règles, des principes d’une science, d’une technique d’un art, par opposition à la théorie. Et plus particulièrement l’art en question, l’Écriture, a besoin de ce petit instrument fragile et subtil, naguère un porte-plume, aujourd’hui, en ce qui me concerne, une pointe fine, qui réclame qu’on la manipule avec légèreté. Une pratique sans intention préalable de rencontrer un lecteur, si ce n’est le lecteur de soi-même Proust, exerçant un rituel d’actes répétés aboutissant à une page dont la reprise le lendemain depuis le clavier de l’ordinateur, donnera une nouvelle copie, « au propre » désormais, tant la conversion numérique facilite la tâche. (Entre parenthèse, quel plaisir ce fut d’acheter ma première machine à écrire et que de ratages, de cris et de chuchotements, quand les touches se coinçaient, les rubans se déchiraient.) -Allez, trêve de mise en perspective, donne-moi s’il te plaît, une petit bout de texte qui est sorti de ta pratique. –Retour en grâce du stylo qui écrit tout seul sur la grande page de l’insomnie heureuse, dans un temps qui paraît continu mais qui n’est que sauts et gambades (…) en parlant ainsi au papier ma main que Nature a fait vieillir se donne l’illusion d’un retour à Jeunesse « Je me suis dit laisse Et qu’on ne te voie Et sans la promesse De plus hautes joies Que rien ne t’arrête Auguste retraite Rimbaud Chanson de la plus haute tour

MON ART EST DE SURFACE

MON ART EST DE SURFACE

Il court sur le papier Il sonne sur le clavier Il se projette sur la toile Mon art est de surface Intuition mimesis une flûte invisible un mot pour un autre une tache de soleil noir Mon art est de surface un mur arborescent un accord de guitare désaccordée une page perdue dans un livre fermé Mon art est de surface c’est une dédicace donnée par un auteur fictif imaginé par Borges ou le catafalque bleu blanc rouge sur le cercueil de Paul Valéry ce sont les trois minutes trente-trois  de silence  d’une partition de John Cage Mon art est de surface couché par écrit chanté au studio Le Petit Mas projeté sur des toiles d’abstraction lyrique posées à plat sous l’olivier Mon art est de surface : grains de voix collés sur bandes magnétiques traits d’encres appliqués sur le calcaire coquillier ou la plage de Fos cris du soir des martinets Mon art est de surface livre de sable infini clavier plus ou moins tempéré page unique qui termine sa boucle comme un œil qui ne veut pas se fermer

ABSTRACTION LYRIQUE pure acrylique Dorio 18/05/2023

FAIRE CRAQUER SA LANGUE

Faire craquer sa langue Comme une allumette qui éclaire La complexité inépuisable du langage

RACONTER SA VIE est un leurre pour lecteurs naïfs mais on peut laisser ses traces de divers moments vécus au cours d’une vie ou plutôt de plusieurs vies qui passent en nous : récits en prose mémoires oublis autoportraits multiples faits vérifiables ou imaginaires journaux intimes authentiques ou peu fiables paroles rapportées chroniques liées à l’histoire avec sa grande H enfin tout le fourbis et tous les pronoms qui n’ont de personnels que le nom le je du jamais moi le tu du souvent toi et l’il des anamnèses l’elle mon alter-égale le nous brisant le cogito vous n’auriez pas dû lire autant de lincuistres me souffle le penseur précieux de la société des individus ils partirent cinq cents et s’il n’en reste qu’un je serai le premier à pousser ses vies anonymes dans cet espace de papier

JEU D’ÉCRITURE

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JEU D’ÉCRITURE

Si j’écris Je Ce n’est jamais Moi C’est un Je(u) d’écriture

Jeu d’écriture infini noir et blanc où j’accumule les papiers écrits à la main les feuillets en joie et les feuilles en deuil les instants précieux -nos paradis perdus qui n’eurent rien d’artificiels- et les « poèmes à ma morte » écrits (deux ans durant après sa disparition) sur les pierres noires et les galets de la mer Jeux d’écritures mes amers (points de repères fixes portés sur une carte-un portulan- et utilisés pour faire le point en vue de pouvoir crier Terre !) et mes rhumbs (un secteur angulaire 1/32° de la rose des vents) un dictionnaire à part  moi pratique d’une écriture en fragments où chaque texte est une heureuse parenthèse, un va-et-vient comparable aux sillons que mon père traçait avec sa charrue-brabant (équipée de deux séries de pièces aratoires- soc et versoir, rasette, coutre- les unes pour verser vers la droite, les autres, quand on est au bout du champ et que l’on renverse l’outil, pour verser vers la gauche) Jeu des boustrophédons Jeu d’écriture Je multiple qui s’écrit sur les ardoises d’un « moi » qui s’en va doucement vers sa perte, telle la fin de ce texte que j’ai écrit ce matin aux aurores assis sur un tronc d’arbre que l’on vient de couper…dans « mon jardin imparfait » Montaigne

premier jet 24 mai 2023 « comme une aurore de paroles »

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi