DE LA DIFFICULTÉ DE COMMENCER QUAND TOUT VA FINIR

Je me lance enfin dans le texte du jour après avoir raturé trois esquisses

S’il est ainsi difficile de commencer imaginez ce que ce sera de finir ai-je lu hier

C’est un livre sur la fin de toutes choses et en particulier sur les dernières œuvres d’un artiste ou la dernière prestation d’un sportif de haut niveau

L’équilibre précaire avant l’effondrement

Pourtant rien de funèbre et même de mon point de vue une certaine jouissance prophétique

(Je laisse mes lecteurs en juger)

Je suis chaque nom de l’histoire dit l’un, avant de se jeter à  Turin au cou d’un cheval battu et de plonger dans la folie (traduit de l’allemand)

Ce n’est pas la fin Nous nous recroiserons un jour ou l’autre sur l’avenue chante un second dans une version du Tangled Up in Blue  (traduit de l’américain)

Je suis né une année incertaine et les siècles m’encerclent de feu écrit le troisième depuis un camp de déportation (traduit du russe)

Voici pour cette nuit trois présents à méditer

Je les ai transcrits depuis ma chambre blanche dans un grand lit où ma morte en souriant se retourne et me dit :

Que veux-tu sans toi que je devienne ? Ouvre les volets le jour sort des ténèbres !

(longtemps après)

On ne résiste pas à ce dernier ajout proustien, lu sur les voûtes de Saint Marc à  Venise, qui n’est rien moins que l’évocation  de « l’éternel retour » :

Car tout doit revenir, comme il est écrit aux voûtes de Saint-Marc, et comme le proclament, buvant aux urnes de marbre et de jaspe des chapiteaux byzantins, les oiseaux qui signifient à la fois la mort et la résurrection.

POÉSIE MODE D’EMPLOI

Autour de minuit la journée s’achève

« C’est l’heure de bloguer  sur poésie mode d’emploi  » affiche l ‘iPad sur lequel je prose ces quelques lignes

Cette poésie sans mode d’emploi (le titre du blog est un leurre)

Ce sera passé minuit maintenant un poème propulsé du bas vers le haut

Telle une flèche un javelot

Un poème contrarié au cours de son ascension par la gravité

Mais qui connaît l’instant insaisissable où il ne monte ni ne descend

En suspens

Un pur poème inexistant

POÉSIE MODE D’EMPLOI

Dix-huit ans d’obsession
Un texte chaque jour
Apparaître verbal
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Un texte à compléter
Un texte papillon
Comme un battement d’ailes
Pollinisant l’esprit


De l’Autre qui est en nous
Des autres qui le lisent
Dix-huit ans d’illusions
Et de belle utopie


Martigues 25 novembre 2024

DANS LA MAISON DU POÈTEREAU

Dans la maison du poètereau

Le temps s’écoule entre deux mots

Entre présent (futur passé) et temps zéro

Dans la maison de vers tracés au cordeau

La corde vibre entre deux maux

Le mal de l’idéal le mal des mal-aimés

Le corps s’afflige puis se reprend

Cesse ses plaintes de piètre penseur

Tire l’esprit vers l’extase verbale

Grosse modo  vers l’inspiration du Père Hugo

Dont l’égo surabondant se mue en voix de Dieu

Au bord de l’infini Victor prophète et messie

Joue la Comédie surchargée d’éternité

C’est et ça peut paraître boursouflé

Mais comparé aux petites bouches et aux poids plume qui se vendent au marché de la poésie aujourd’hui

Tout est pardonné

UNE VOIX QUI NOUS SOUFFLE QU’IL FAUT CONTINUER

DES VOIX

Ainsi, qu’il laisse un nom ou devienne anonyme, qu’il ajoute un terme au langage ou qu’il s’éteigne dans un soupir, de toute façon le poète disparaît, trahi par son propre murmure et rien ne reste après lui qu’une voix, -sans personne. Jean Tardieu

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La voix, il suffit qu’on l’écrive, pour qu’elle se mette à exister.

Une voix perdue, mais qui en douce, remue et entraîne notre plume

Une voix retrouvée et qui prend la forme…qui nous reste habituellement invisible, celle du Temps.

Une voix venue d’Homère, le Père du Grand Récit : Conte-moi Muse l’aventure de l’Inventif

Une voix qui parle d’abord au papier avant d’être libérée par l’inflexion des voix chères qui se sont tues

Une voix dont le souvenir à la couleur du sable qui s’écoule grain à grain

Une voix sans personne qu’affectionnait le poète Jean Tardieu

Une voix unique que l’on lit la nuit au lit : Ô lit heureux l’unique secrétaire de mon plaisir 

Une voix enfantine qui crissait sur l’ardoise et son alphabet

Une voix collective jouissive dans la rue et sur les murs du Grand Mai

Une voix étouffée par les mots de la tribu

Une voix en allée sur les lèvres des trépassés

Une voix qui nous souffle qu’il faut continuer

Avec les voix de Marcel Proust, Philippe Jaccottet, Paul Verlaine et Rémi Belleau

Le cœur des petites voix

Sur une ariette de Verlaine

chant et mise en musique JJ Dorio