AIRS Une chanson venue de la mer L’air que j’écoute Assis sur un bois flotté L’air de l’écume des jours Un nénuphar Dans les poumons de Chloé L’air d’Ellington Qui m’envahit à nouveau Sous le grand pin d’Antibes Et qui renaît cette nuit Sous ma plume In a sentimental mood
BESOIN DE POÉSIE
la poésie est aspiration
la satisfaction la tue
Pierre Reverdy
Prenez le temps de lire
Prenez le temps de vivre
Et de changer chaque matin
Vos pas de plomb
Pour les semelles de vent
de vos poésies
Réveillez-les
Jouissez
Des soleils jaseurs des mots
Ouvrant à la joie et à la fraternité
Il ne faut jamais céder
L’initiative aux maux
C’est pourquoi
Souffrance et solitude
Ont pour antidote
L’exercice poétique
Souci de soi
Souci des autres
Pleins et déliés
D'un Je
Pétri de multiple
poésie
mode d'emploi
8/02/2016
8/02/2026
non stop
DISPARITIONS
DISPARITIONS
« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
DISPARITION
I
Georges. P.
01
Du jour au lendemain, Georges P. disparut de l’horizon. La veille, comme si de rien n’était, il avait fait une partie de Go avec son ami mathématicien, puis avait confectionné une grille de mots croisés pour un journal du soir, avant d’aller rencontrer à France Culture un producteur pour un projet de pièce romantique (hörspiel en allemand). Mais le lendemain tous « ses rendez-vous » avaient dû constater qu’il avait fait faux bond. On s’interrogea, on interrogea ses proches, on crut à un retrait momentané, une petite fugue incognito. Mais un mois après sa disparition, au milieu d’un fatras d’infos vrais et fausses, une radio annonça : « on est sans nouvelle du dernier prix Renaudot. »
02
L’écriture c’est comme jouer à cache-cache : doit-on rester caché ou être découvert ? Quels que soient les progrès que j’ai pu faire dans l’exercice de l’écriture, il me semble que je ne parviendrai qu’à un ressassement sans issue. Ce n’est pas comme je l’ai longtemps avancé, l’effet d’une alternative sans fin entre la sécurité d’une parole à trouver et l’artifice d’une écriture exclusivement préoccupée de dresser des remparts : c’est lié à la chose écrite elle-même, au projet de l’écriture comme au projet du souvenir.
03
Le jour de la disparition de Georges P. le 3 mars 1982 on relevait les titres suivants dans un journal du soir :
L’ENTERREMENT D’UN FILS DU VENT
Un roi est mort dans l’indifférence générale. Ce souverain régnait pourtant sur une bonne dizaine de millions de sujets, Vaida Voevod III s’est éteint discrètement à son domicile de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Il avait soixante-trois ans et était roi des gitans.
PHILIPPE K. DICK
L’auteur américain de Science-Fiction est mort le mardi 2 mars à Santa Ana en Californie.
UN BRICOLEUR DE GÉNIE
L’écrivain Georges Perec est mort, le mercredi 3 mars, d’un cancer du poumon. C’est un bricoleur de génie qui a disparu, à quarante-six ans. On s’apercevra très vite qu’avec lui s’est prolongée et amplifiée la tradition humoristique, en réalité très sérieuse, ouverte par Raymond Queneau. Perec avait en commun avec l’auteur de Zazie la passion des mathématiques et des mots croisés. Il avait appartenu à l' » OULIPO « , l’Ouvroir de littérature potentielle.
L’article était signé Bertrand Poirot-Delpech (1929-2006)
04
Ainsi naquit, mot à mot, noir sur blanc, surgissant d’un canon d’autant plus ardu qu’il apparaît d’abord insignifiant pour qui lit sans savoir la solution, un roman qui pour biscornu qu’il fût, illico lui parût satisfaisant , d’abord lui qui n’avait pas un carat d’inspiration, il s’y montrait aussi imaginatif qu’un Ponson ou qu’un Paulhan ; puis, surtout, il y assouvissait, jusqu’à plus soif, un instinct aussi constant qu’infantil, sa passion pour l’accumulation, pour la saturation, pour l’imitation, pour la citation, pour la traduction, pour l’automatisation .
Plus tard, voulant y voir plus clair, il tint un journal.
Il prit un album. Il inscrivit au haut du folio initial :
LA DISPARITION
Puis, plus bas :
Il a disparu. Qui a disparu ? Quoi ?
Son disparu se nomma Anton Voyl.
05
« Laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. »
Signé Perec, que l’on prononce Pérec le nom du père, juif polonais,
mort en 40, quand Georges dit Jojo, avait 4 ans.
2 ans plus tard sa maman le met dans un train pour lui sauver la peau.
Mais la sienne, celle de Cyrla Perec née Szulewicz, finit à Auschwitz la Maudite.
« Arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse ».
Souriant, volontiers déconneur (un mot d’époque), joueur de Go et d’Oulipo.
Mais avant tout, « touchant ».
Sa page des sports signé W, masquant l’horreur des camps et de « l’Histoire avec sa grande H » :
son expression sublime, fatidique, à lire « littéralement et dans tous les sens ».
Je me souviens d’avoir récrit, Perec me tenant la main, les 480 entrées de Je me souviens,
que lui-même avait emprunté à Joe Brainard, artiste new yorkais, (I remember).
Je me souviens que le jour de sa disparition, le 3 mars 1982,
des petites manines flottaient dans mon jardin comme au début d’Amarcord
et que mes filles encore enfants sautaient pour essayer de les attraper.
06
Ils vivaient dans un monde étrange et chatoyant
L’univers miroitant de la civilisation mercantile
Les prisons de l’abondance
Les pièges fascinants du bonheur
G.P. Les choses
Ceux-là plutôt fauchés s’endormaient pourtant sur leurs lauriers
Rêvant chaque nuit de faire fortune
Pour s’offrir le bonheur à portée d’images
Offertes par Madame Express :
Simples peignoirs de bain griffés de solitude
chaussures british à la patine exceptionnelle
et plus tard quand quelque argent leur viendrait
le divan Chesterfield avec les gants de pécari
le mobilier les bibelots les achats à la mode
Ceux-là étaient nés trop tôt pour lancer le pavé de mai 68
Qui auraient redonné sens à leur petite histoire
Ceux-là s’étaient condamnés à n’exister
Que sur le théâtre d’ombre des « Choses »
07
La femme de son ami Jean D. fit paraître un livre sur certaines peurs ancestrales, enfantines, qu’elle intitula « Le corps de l’effroi. »
Perec le lut et s’en souvint.
Avant de prendre le chemin de l’hôpital sans illusion, il dit au téléphone à sa correspondante :
« tu vois, maintenant, c’est moi le corps de l’effroi. »
*
Clap de fin
Amnésique errant au pays des aveugles.
Le désir fugitif et poignant de ne plus entendre, de ne plus voir, de rester silencieux et immobile.
Rien ne s’est passé.
Rien ne se passera plus.
*
JJ Dorio
Martigues 07/02/2026
UN NOUVEAU DICTIONNAIRE À PART MOI
J’ai un dictionnaire à part moi.
Montaigne
ACTION POÉTIQUE
Sur le ventre Ouvert comme un enfant qui vient de naître je lis le numéro 36 d’Action Poétique – publié le premier trimestre 68 – Des voix creusent l’invisible à la merci des lecteurs égarés mais cherchant obstinément les échos d’espoir des poésies Comme les doux pleurs et les babils de notre petite fille qui vient de naître ce 18 juin 1982
BESOIN DE POÉSIE
« Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. »
Paul Ricœur
Impro du soir À l’heure où l’oiseau de Minerve prend son vol La solitude la vraie peuplée de lectures folles et de musiques Après le concert pour violon de Beethoven où la concertiste se prend bien trop au sérieux Du jazz aimé en concert où les notes et les oreilles se libèrent des semelles de plomb Car maintenant et ici dans notre grande maison où notre est devenu ma par arrêt du corps de mon autre – l’unique amour vécu d’une vie – Ici et maintenant on peut voir le pianiste – Léo Genovese barbe de rabbin cheveux frisés et mains qui se croisent – la contrebassiste Esperanza Spalding qui joue un peu la ravie – Esperanza Esperanza yo no puedo bailar tchatchatcha – Jack DeJohnette que tous les fervents de Keith Jarret connaissent – et Joe Lovano soufflant son sax comme la blanche baleine Quatre noms magiques si l’on veut bien les décliner Impro du soir aux couleurs des confins d’un monde inédit où se conjuguent les pratiques millénaires des lecteurs avec le cercle ouvert des nouvelles technologies – l’écran plat du salon qui diffuse les images et les sons à ma demande me refusant à tous les directs, l’écran de cet écrit où je joue mon texte bricollé comme une partition
On dirait On en dirait tant On dirait le temps en suspens Ô lac
On dirait Ulysse rentrant à Ithaque et ne sachant pas que Pénélope est morte
On dirait Orphée qui ne s’est jamais retourné mais qui n’en a pas moins perdu son Eurydice
On dirait Heureux mortels
Accrochez-vous au poitrail à la gorge pourpre et aux ailes d’or de l’oiseau Phénix Mourant et renaissant
Accrochez-vous aux livres des disparu(e)s qui sont dans toutes les bibliothèques mais qui attendent d’être réveillés par le peuple des interprètes
Des musiciens d’un soir et des aèdes de toute éternité
JJ Dorio
sur poésie
mode d’emploi
le 6/01/2016
ce 07/02/2026
non stop