LIRE AU LIT

Lire au lit

L’ironie

Liroli

De l’oiseau

Du paradis

Tirouit

De l’alouette

.

Lire au lit

Cette ligne paradoxale

Que quelqu’un écrivit

Avant toi

Depuis Sète

Vérification faite

.

Lire un barbare en Asie

Illustré par Zao Wou-Ki

,

Lire d’un poète baroque

Une perle ignorée

.

Lire des raisons d’écrire

Des fantaisies métaphysiques

Pour une élève mangeant

du chocolat Meunier

.

Lire les douze possibilités

De se promener

Dans la cervelle de Baudelaire

Lanlaire

.

Et puis de tout ce fatras

Rêver

mai 68 ce commencement qui n’en finit pas 28/68

28/68

C’ÉTAIT LE TEMPS DE TOUS ET DE DÉGUN

J’ai fait Mai à ma main m’a dit l’O.S. sur la chaîne arrêtée de chez Citroën

C’était le temps des bagnoles qui sortaient à la chaîne des usines où l’on chronométrait les cadences

C’était le temps de De Gaulle qui sortait son képi sur le chef – Alors on ne salue plus mon Général disaient les sales moineaux de la chienlit ?

C’était le temps des barriques et des barricades Des assemblages de pavés de grilles et d’arbres de la ville

C’était le temps des déesses ces ouatures sans essence qu’on poussait à la fin des fins sur le Boulmich et qui prendraient feu entourées de clameurs et de dialogues enflammés

C’était le temps des mégaphones et du boucan des grenades dans les transistors où l’on collait l’oreille l’esgourde la portugaise ensablée sous les pavés

C’était les pendants d’oreilles du temps des cerises Pendant que l’on écrivait sur les murs Faites l’amour pas la guerre

C’était le temps d’Ulysse l’inventif déclamant l’Odyssée du quartier latin

C’était le temps où tout le monde était personne et toute personne Dégun  Dégun à Marseille c’est Personne

VIVRE POUR RACONTER courriel 86 VIVRE POUR RIMER

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

86

G. G.M. à T.G.

La vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda y como la recuerda para contarla.

La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et de quelle manière on s’en souvient, pour la raconter.

T.G. à G G.M

Chanter pour les sourds est une mélancolique occupation, mais ls poètes actuels s’y résignent, ils continuent à rimer pour eux et n’essaient même pas de faire arriver leurs vers au public.

.

G.G.M. (6 mars 1927-17 avril 2014) Cent ans de solitude et mille de postérité

T.G.(Tarbes 30 août 1811-23 octobre 1872) Capitaine Fracasse de l’Art pour l’Art

DISPARITIONS XV Roger Caillois

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.


100/106

105

ART POÉTIQUE : CONFRONTATIONS

Je n’ai pas augmenté à plaisir l’obscurité de mes vers. Mais, travaillant dans l’obscur, j’ai cherché la clarté. Je n’ai pas déconcerté en vain. Je ne me suis pas complu à parler d’émeutes, de monstres et de prodiges, e toute chose flamboyante et aberrante qui flatte l’oisif et l’égoïste.

Pour un poème qui apparaît sur poésie mode d’emploi, cent demeurent cachés, ébauches, esquisses, obscures clartés.

Sont-ils morts pour autant ? Ou bien ratages à l’œuvre, pièces brûlées, nos soleils noirs ?

Si nous avions réponse, nous cesserions sur le champ, nos cessions d’écriture.

Ainsi tant bien que mal, continuons, nous les obstinés, nous les demandeurs que d’autres prennent le relais d’une poésie, sans mode d’emploi.

Je n’ai pas eu le souci de prouver constamment que j’étais poète. J’ai étudié mon métier avec patience et modestie. Je me suis abstenu des prouesses et des subterfuges. Je n’ai pas forcé les images. Je n’ai jamais essayé de faire croire que j’étais mage ou prophète.

Glissez vous dans le Je du poète Car ce n’est pas lui Et ce n’est pas vous Même si c’est un peu lui Même si c’est un peu vous Jeu du poème Où Je est mirage Rime comme lui Rage comme vous

Je n’ai pas prétendu exprimer l’inexprimable. J’ai seulement tenté de communiquer par mes vers ce qui ne se laisse pas si bien transmettre ni si efficacement dans un autre langage.

Les poèmes ne tombent pas du ciel Les poèmes ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval Les poèmes font mouvement vers l’émotion d’un instant unique Les poèmes font aux penseurs la nique Les poèmes se font par essais successifs qui font crisser la page ou quand c’est raté la déchirent J’ai dicté ce poème à Madame Puérilité qui l’a dédié aux  enfants et aux raffinés

POUR MÉMOIRE 76/80

Et pour oublier

76

Je me souviens que sur le ring des poésies Nougaro me crie : Boxe boxe boxe !

77

Je me souviens de Gary Cooper chantant à Grâce Kelly Si toi aussi tu m’abandonnes

78

Je me souviens de Santiano fameux trois mâts fin comme un oiseau

79

Je me souviens du gazouillement d’une grive que je chassais à l’affût sous une haie d’églantiers

80

Je me souviens d’avoir dessiné le signe chinois Xue qui signifie Étudier

Ceci n’est pas le signe Xue ni une pipe mais une hypnographie