DISPARITION XX Roland Barthes

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,

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LE CORPS PLURIEL

Quel corps ? Nous en avons plusieurs.

J’ai un corps digestif, j’ai un corps nauséeux, un troisième migraineux, et ainsi de suite : sensuel, musculaire (la main de l’écrivain), humoral, et surtout : émotif : qui est ému, bougé, ou tassé ou exalté, ou apeuré, sans qu’il n’y paraisse rien. D’autre part, je suis captivé jusqu’à la fascination par le corps socialisé, le corps mythologique, le corps artificiel (celui des travestis japonais) et le corps prostitué (de l’acteur). Et en plus de ces corps publics (littéraires, écrits), j’ai, si je puis dire, deux corps locaux : un corps parisien (alerte, fatigué) et un corps campagnard (reposé, lourd).

R.B.

Buccale, gutturale, produite par le souffle pulmonaire, la voix humaine est le corps du langage

Par contraste, un tel appelle l’écriture, la morte voix

Une stupidité quand l’écriture, faite pour voir et pour entendre, produit dans la poésie la plus pure, la plus élaborée, cette jouissance issue du rythme et des mots choisis pour leurs capacités euphoniques, suggestives, érotiques, métaphoriques :

La vie est vaste étant ivre d’absence

Et l’amertume est douce et l’esprit clair.

JJ. D. avec 2 vers du cimetière marin

LE POUR ET LE CONTRE

Tu écris pour tu ne sais trop qui

Et contre tu ne sais quoi

Cette prose en vers

Mal fagotés

.

Tu écris palabra, sol, llovizna

Parole, soleil, bruine,

Un jour où Dieu était malade

Très malade à Lima Pérou

Dans l’âme d’un poète maudit

.

Tu écris toutes les nuits

À corps perdu

Contre l’oubli des métaphores

Pour maintenir le geste

Des lecteurs des feuillets d’Hypnos

Et d’Anthropos

.

Tu portes ta plume sergent minor

Trempée dans la flache irisée

De ton encrier

.

De vers en vers

Jusqu’au dernier

.

DISPARITIONS XX Roland Barthes

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,

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J’ai appris que Roland Barthes était mort ce mercredi 26 mars 1980. Ou plutôt le présentateur Poivre d’Arvor, un type que je n’aime pas, m’a fait penser qu’il venait de disparaître. Avec son « il était », « il avait ». J’allais me mettre à lire un roman pour la jeunesse de mon ami Michel Cosem : Alpha de la Licorne.

Barthes est là présent dans les fragments de mon imaginaire. Son grain de voix. Le plaisir du texte.

Je l’ai écouté une après-midi de neige dans ma maison cocon d’Ancizan (Hautes Pyrénées). France Culture donnait en direct sa Leçon inaugurale au Collège de France. Avec son coup de théâtre final : « Cette expérience a , je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapientia, : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible. »

Retour télé, écran bombé. Après la nécro, un micro pour une blonde platinée qui grogne une chanson en anglais.

Martigues 26 mars 1980


MOTS APPRIS ENFANT

Les toudes tournoyant au-dessus de notre poulailler

La gnole coulant de l’alambic et dans le gosier des hommes faisant cul sec

Le terre fort la bonne terre à blé ondulant sur nos coteaux

L’Arize ma rivière enchantée

Et le caporal tabac gris roulé pour une mince cibiche ou prisé dans les narines

Le parler occitan qu’on appelait patois

Mais si toi t’étais pas toi

T’étais qui alors ?