
Dorio 19/06/2026 Acrylique 23 cmx16,5
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

Dorio 19/06/2026 Acrylique 23 cmx16,5
DISPARITIONS
« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,
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LE CORPS PLURIEL
Quel corps ? Nous en avons plusieurs.
J’ai un corps digestif, j’ai un corps nauséeux, un troisième migraineux, et ainsi de suite : sensuel, musculaire (la main de l’écrivain), humoral, et surtout : émotif : qui est ému, bougé, ou tassé ou exalté, ou apeuré, sans qu’il n’y paraisse rien. D’autre part, je suis captivé jusqu’à la fascination par le corps socialisé, le corps mythologique, le corps artificiel (celui des travestis japonais) et le corps prostitué (de l’acteur). Et en plus de ces corps publics (littéraires, écrits), j’ai, si je puis dire, deux corps locaux : un corps parisien (alerte, fatigué) et un corps campagnard (reposé, lourd).
R.B.
Buccale, gutturale, produite par le souffle pulmonaire, la voix humaine est le corps du langage
Par contraste, un tel appelle l’écriture, la morte voix
Une stupidité quand l’écriture, faite pour voir et pour entendre, produit dans la poésie la plus pure, la plus élaborée, cette jouissance issue du rythme et des mots choisis pour leurs capacités euphoniques, suggestives, érotiques, métaphoriques :
La vie est vaste étant ivre d’absence
Et l’amertume est douce et l’esprit clair.
JJ. D. avec 2 vers du cimetière marin
Tu écris pour tu ne sais trop qui
Et contre tu ne sais quoi
Cette prose en vers
Mal fagotés
.
Tu écris palabra, sol, llovizna
Parole, soleil, bruine,
Un jour où Dieu était malade
Très malade à Lima Pérou
Dans l’âme d’un poète maudit
.
Tu écris toutes les nuits
À corps perdu
Contre l’oubli des métaphores
Pour maintenir le geste
Des lecteurs des feuillets d’Hypnos
Et d’Anthropos
.
Tu portes ta plume sergent minor
Trempée dans la flache irisée
De ton encrier
.
De vers en vers
Jusqu’au dernier
.
DISPARITIONS
« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,
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J’ai appris que Roland Barthes était mort ce mercredi 26 mars 1980. Ou plutôt le présentateur Poivre d’Arvor, un type que je n’aime pas, m’a fait penser qu’il venait de disparaître. Avec son « il était », « il avait ». J’allais me mettre à lire un roman pour la jeunesse de mon ami Michel Cosem : Alpha de la Licorne.
Barthes est là présent dans les fragments de mon imaginaire. Son grain de voix. Le plaisir du texte.
Je l’ai écouté une après-midi de neige dans ma maison cocon d’Ancizan (Hautes Pyrénées). France Culture donnait en direct sa Leçon inaugurale au Collège de France. Avec son coup de théâtre final : « Cette expérience a , je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapientia, : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible. »
Retour télé, écran bombé. Après la nécro, un micro pour une blonde platinée qui grogne une chanson en anglais.
Martigues 26 mars 1980
Les toudes tournoyant au-dessus de notre poulailler
La gnole coulant de l’alambic et dans le gosier des hommes faisant cul sec
Le terre fort la bonne terre à blé ondulant sur nos coteaux
L’Arize ma rivière enchantée
Et le caporal tabac gris roulé pour une mince cibiche ou prisé dans les narines
Le parler occitan qu’on appelait patois
Mais si toi t’étais pas toi
T’étais qui alors ?