JE CONNAIS À LA ROBE L’HOMME

Je connais à la robe l’homme

Un vers de François Villon

Je connais quand le vin est tiré
Je connais des têtes et des pieds
Je connais le diable à sa queue

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Je connais bouillon à ses yeux
Je connais mouton à sa laine
Je connais téton à son grain

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Je connais vierge à l’auréole
Je connais peintre à ses couleurs
Je connais Magritte à sa pipe

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Je connais Queneau à son style
Je connais déluge à ses eaux
Je connais pauvres à leurs haillons

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Je connais la charrue à ses bœufs
Traçant leurs boustrophédons
Je connais les hiéroglyphes et les dés

.
Je connais renard à sa queue
Je connais ivrogne à sa trogne
Je connais Flaubert à son gueuloir

.
Je connais Sage à son étude
Je connais masques et bergamasques
Je connais manuscrit à ses marges

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Je connais Lais et Testament

Semblablement Menus Propos

Qui ont inspiré cette rengaine

CETTE PART DE RÊVE BLEU

Cette part de rêve bleu indéniablement
Cette part de rêve entre les lignes
Cette part de rêve inversé
Pyramides ouvrant vers le ciel de l’autre Mexique

.
Cette part de rêve qui ancre le silence
Cette part de rêve qui prolonge l’Univers
Cette part de rêve qui abolit le rêveur
Cette part de rêve qui échappe à l’Histoire

.
Cette part de rêve d’un étranger qui nous rêve
De l’autre côté du pont
Dans les reflets du fleuve Insomnie
De l’autre côté des ressemblances

.
Cette part de rêve sans rêve
Cette part de rêve excentrique
Cette part de rêve sans objet
Cette part de rêve anonyme
.

Cette part de rêve d'argile
Cette part de rêve inépuisable
Cette part de rêve sans dernier mot
Bleu indéniablement


BESOIN DE POÉSIE


Nous avons besoin de poésie pour nous libérer de la guerre des dieux, pour déclarer notre amour, pour nous guérir, Les linguistes ne peuvent étudier le langage convenablement que lorsque la poésie leur fournit des exemples. Sans elle il n'y a pas de connaissance véritable du langage.
Michel Butor


Laissons là l’énigme
Les clés et tout le saint bazar

Laissons là les mots
Usés jusqu’à la corde

Et les supposés trésors de la langue
Qui répétés par l’usage sonnent faux
Sous la lime

Écoute s’il pleut de l’or
Écoute si vibre le soleil noir

Écoute
Et ne répète pas
« sidéré »
les paroles gelées
et les coquilles vides
des mots de la tribu
prise dans les images de la télé

Écoute
Ce que les mots disent en toi
Depuis le temps
Que tu les pratiques
Les étrilles
Les passes au peigne fin
Des images
Des sons
Et de leurs saveurs

Et si l’énigme est toujours là
Ne crains pas le vide et la confusion
Attends
Ne sois pas inquiet
Ne sois pas pressé

Les mots viennent à qui sait les attendre
Les observer avec une infinie attention
Et les confronter
À son expérience
Et au grand dictionnaire
Des idées non reçues
Mais vécues :

Pour vivre mieux
Pour tâcher d’y voir clair
Pour se dégager du passé mortifère
Et exercer la grâce et l’honneur qui sied aux humains :
la conquête toujours menacée
de leur liberté de faire ce que dois…
et de laisser dire