les choses essentielles

Les choses essentielles

nous voulons les dire 

avec des poèmes

– Quelle prétention! –

Les choses essentielles

et leur Beauté

Qui n’existe ni ne préexiste

mais qu’il faut forger

La Beauté et ses mille façons

qu’ont les Poètes de la côtoyer

Ou de l’éreinter

Les choses essentielles

nous voulons les dire

avec des poèmes

Contradictoirement

et légèrement…

en cette seconde vie

Que le rêve révèle

et que le verbe dit

ATARDECER

Sur la terrasse un petit air du soir
Fait se mouvoir les feuilles de vigne
Accrochées à la pergola
Et les bignonias

Tu écris sur une feuille qui traînait
Posée sur la table en bois d’eucalyptus

En haut c’est le ballet des gabians
Et le premier martinet
Que tu n’aurais pas aperçu
Si tu n'avais rejoint ton hamac bariolé
Tissé en Ecuador

C’est le soir
qui s’attarde
el atardecer
Dire mieux
Tu ne sais

PAS À PAS DANS LA NUIT

Pas à pas dans la nuit
Un chat guette son ombre
Mais il se tromp’ de nuit
C’est une nuit sans ombre

C’est une nuit d’éclairs
De soleils et de bals
De jazz au Chat qui pêche
Et de java aux Halles

C’est une nuit d’juillet
De Jules et de Juliettes
Et de drôles de zèbres
Que Van Gogh peint en Arles


Pas à pas dans la nuit
Ces lignes ont bougé
Mais l’Histoire ne dit pas
Comment les achever

Ce n’est pas le sujet
Dit jeunesse qui roule
Et qui chante Mimi
Où ça ? A Bastille et en foule !

JE RÊVE DE L’AIL DES OURS

RÊVES EN PAGAILLE 6

Pagaille de rêves Rêves d’un pagaious

Je rêve de l’ail des ours dont j’ai lu hier dans un grimoire les vertus magiques

Je persuade je-ne-sais-qui d’en cueillir une fleur et de la porter sur sa poche ventrale (elle a une salopette) pour préserver l’enfant à naître

Je rêve de mon petit fils tout petit à qui je donne la main dans un chemin forestier La neige tombe soudain d’abondance et nous voilà sur des skis lui avec un casque noir moi le protégeant derrière lui

Je rêve que je vois des rayons multicolores qui tombent du ciel féériquement

Je veux faire partager le spectacle à ma fille P. qui me dit : Mais papa c’est déjà sur le « 1 » le journal qu’on déplie comme un dazibao

Je rêve de la grande salle de l’Université d’Oxford où des portraits montrent le docteur Dodgson alias Lewis Caroll

Je rêve d’Harry Potter dont le premier tome traduit en français vient de paraître et que je fais lire à mes élèves du collège

Je rêve d’une corrida à Séville où Jo à côté de moi agite son rouge éventail je lui crie dans le tumulte de la feria : Enfants voici les bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers…Victor Hugo

TU ÉCRIS

Tu écris en buvant l’eau de la fontaine du Grand Oubli

Tu écris sur un bloc de cire vierge de toute poésie

Tu écris dans l’odeur âcre des derniers feux

de Mai 68

Tu écris le poing de la révolte transformé en main ouverte sur la fraternité

Tu écris plus lentement qu’un escargot de Prévert

allant à son enterrement

Tu écris : la suite au prochain numéro

Ce qui compte c’est ce qui est écrit

Le reste c’est zéro

pour faire de vieux os

faut y aller mollo

Dorio 14 juillet 2026