Autour de minuit
La page blanche
Pour horizon
(d’un texte de poésie)
.
On compte le temps
Espèce d’espace
Privé de noms
(propres et figurés)
.
Puis on franchit
Son silence
En lui versant
Ces quelques arrhes
Promesses
D’un poème
À venir
‘
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Autour de minuit
La page blanche
Pour horizon
(d’un texte de poésie)
.
On compte le temps
Espèce d’espace
Privé de noms
(propres et figurés)
.
Puis on franchit
Son silence
En lui versant
Ces quelques arrhes
Promesses
D’un poème
À venir
‘
Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique » bibliothèque de Babel. »
Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.
54
P.B. à JM.C
Les poètes sont de plus en plus seuls. La poésie est seule dans un désert, maudissant et s’évertuant à dédaigner la foule qui doute de son utilité et s’apercevrait à peine de sa disparition.
Ceux mêmes, parmi les amants de la Poésie, qui regrettent qu’elle ne puisse parler que pour si peu de monde sont heureux qu’elle continue à parler si superbement, quand ce ne serait que pour elle seule.
Le Poète est, par nature, imaginatif et solitaire, ; mais, comme tout être qui vit de sa parole, il dépérit sans l’assentiment public.
C’est pourquoi la Poésie a été, si longtemps, la forme la plus provocante et la plus persuasive de l’éloquence. Il serait imprudent de prétendre qu’elle a renoncé pour longtemps à cette ambition.
JM C. à P.B.
Le poème qui s’écrit laisse des doutes et plus encore le poème écrit, celui qui se fragmente serré contre lui-même, dans l’enjeu des mots, prison, envol en une même poignée âcre de désirs, un rêve, dites-vous
Non, plutôt un chant en vase clos, intérêt porté par quelques-uns qui franchissent le seuil et se taisent, toujours plus assoiffés, toujours plus perdus quand il ne reste plus que l’écho de la voix comme un souvenir qui fuirait à notre propre approche, comme une parole insensée.
P.B. (19 septembre 1908- 14 mai 2001) un précieux et regretté « historien des idées » : L’école du désenchantement, (Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier) Selon Mallarmé, etc
J-M.C (1950-….)Rédacteur en chef actuel de la plus ancienne revue de poésie de langue française , Le journal des poètes
« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
Jean Jacques Dorio
DISPARITION
XI
André B.
71
Nous rêvons sans compter les jours et les secondes
Nous rêvons du Brésil
Des sambas et des bossas novas
Nous rêvons de signes ascendants et de champs magnétiques
Nous rêvons d’un lézard amoureux d’un chardonneret
Nous rêvons des tropiques et des trois tristes tigres
Nous rêvons de la clef des champs
Qui ouvrirait la route pavée
De l’or du temps
72
Le jour de sa disparition, 28 septembre 1966 et les jours suivants on put lire sur le journal du soir
ANDRÉ BRETON EST MORT
André Breton est mort ce mercredi matin à l’hôpital Lariboisière, où il avait été transporté d’urgence lundi soir à la suite d’une attaque cardiaque. Le choc provoqué par cette nouvelle donne la mesure de l’homme et de la place qu’il aura tenue parmi nous. Un pape « , un » mage « , c’était en ces dernières années les vocables qu’on accolait le plus souvent à son nom. En arrière-plan retentissait encore tout le fracas d’une Révolution qui avait aspiré à être totale : » Changer la vie « . On retiendra surtout les bouleversements qu’elle opéra dans la poésie, dans la littérature, dans l’art, où ses ferments n’ont pas cessé d’agir.
UNE VIE MILITANTE
Chef incontesté et principal théoricien du surréalisme, André Breton tient une place essentielle dans l’histoire du mouvement des idées entre les deux guerres. Étudiant en médecine, il est mobilisé en 1915 et affecté à divers centres neuro-psychiatriques, où il s’initie aux travaux de Freud. En 1919, il fonde Littérature, avec Aragon et Soupault, où il publie le premier texte spécifiquement surréaliste : les Champs magnétiques (écrit en collaboration avec Philippe Soupault. Il se consacre alors exclusivement à » l’exploration du domaine de l’automatisme psychique « . Le Manifeste du surréalisme, publié en 1924, couronne ses recherches et donne alors la définition suivante du mouvement : » Automatisme psychique par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
DE NOMBREUSES PERSONNALITÉS DU MONDE DES ARTS ET DES LETTRES ONT EXPRIMÉ LEUR ÉMOTION à l’annonce de la mort d’André Breton, dont les obsèques seront célébrées samedi à 10 h. 45 au cimetière des Batignolles.
« Disons de lui ce que nous ne dirions de nul autre : il fut moins un écrivain qu’une personne, que le champ d’aimantation où la sensibilité, l’intelligence, le langage d’un moment se sont rejoints pour vivre et vibrer ensemble. »
« Je ne sais pourquoi, ce soir de sa mort, me reviennent comme un printemps surtout celles de ses phrases où passe ce goût qu’il avait de l’herbe folle, du natif, du verdissant : » L’œil existe à l’état sauvage « , » Plus étourdie qu’un flocon dans la neige « , ou ce mot de Chateaubriand qu’il citait : » Enfant de la Bretagne, les landes me plaisent. Leur fleur d’indigence est la seule qui ne se soit jamais fanée à ma boutonnière. «
« André Breton n’était pas, comme on le répétait non sans quelque perfidie, le » pape » mais l’âme du surréalisme. Il a révélé, défini et vécu cette forme de la sensibilité. C’est de lui, essentiellement, qu’elle tient ses illustrations majeures, son style, ses tendresses et ses violences . Ce n’est pas seulement un écrivain admirable qui disparaît. C’était, comme on parle de maître à penser, un maître d’une espèce plus rare et tout aussi précieuse, qui savait amener chacun à élargir et à bouleverser même sa perception de la poésie. C’est par là qu’il aura modifié la sensibilité de son temps : de combien d’écrivains peut-on faire le même éloge ? «
« Aujourd’hui, ce que je retiens de sa haute figure avec le plus d’émotion, c’est ce qu’il aura su rester jusqu’à la fin : quelqu’un dont n’ont jamais fléchi ni l’orgueil ombrageux, ni le désir ardent d’aboutir à notre affranchissement total. « •
« André Breton restera dans mon souvenir comme le plus exemplaire de tous les hommes que j’ai connus. J’ajouterai qu’à mon sentiment, le surréalisme n’a d’existence et ne peut être défini ou entendu que par rapport à lui. En cela il nous reste. » J’avais reçu le matin le catalogue d’une prochaine exposition, en hommage à Malkine, où j’avais longuement regardé parmi d’autres documents une photo de 1924 où André Breton, en chemise blanche, croise les bras entre Malkine, André Masson, Max Morise et Georges Neveux. Il apparaît dans le bel éclat impérieux de sa jeunesse. » Quelques moments plus tard, un coup de téléphone m’apprenait sa mort, et lui qui était tellement attiré par le jeu des coïncidences et des hasards eût sans doute trouvé assez étrange qu’avant d’apprendre sa disparition, j’aie passé avec lui quelques moments intenses. De tels documents témoignent de sa durable présence parmi nous. Car il fut le lien entre des hommes qui, sans lui, ne se seraient peut-être jamais rencontrés.
Gaétan Picon Julien Gracq Roger Caillois Michel Leiris André Pieyre de Mandiargues Georges Limbour
73
QUI SUIS-JE ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir QUI JE HANTE AVEC ? Je dois avouer que ce dernier mot m’égare, tendant à établir entre certains êtres et moi des rapports plus singuliers, moins évitables, plus troublants que je ne pensais. Il dit beaucoup plus qu’il ne veut dire, il me fait jouer de mon vivant le rôle d’un fantôme, évidemment il fait allusion à ce qu’il a fallu que je cessasse d’être, pour être qui je suis. (…) L’important est que les aptitudes particulières que je me découvre lentement ici-bas ne me distraient en rien de la recherche d’une aptitude générale, qui me serait propre et ne m’est pas donnée. Par-delà toutes sortes de goûts que je me connais, d’affinités que je me sens, d’attirances que je subis, d’événements qui m’arrivent et n’arrivent qu’à moi, par-delà quantité de mouvements que je me vois faire, d’émotions que je suis seul à éprouver, je m’efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. N’est-ce pas dans la mesure exacte où je prendrai conscience de cette différenciation que je me révélerai ce qu’entre tous les autres je suis venu faire en ce monde et de quel message unique je suis porteur pour ne pouvoir répondre de son sort que sur ma tête? »
Je nage dans la première page de NADJA
J’ai vaillement franchi
le mur de l’essence
Et j’ai mis 100 euros
Dans ma petite auto
.
Si naguère l’existence
Précédait l’essence
Aujourd’hui son prix
Plombe notre existence
.
Exister cependant
Demeure l’essentiel
Au diable son essence
Signé : le Raffiné
Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique » bibliothèque de Babel. »
Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.
53
M.K. à M.
Il y a des langues où le mot bêtise n’est traduisible que par des mots agressifs : crétinerie, stupidité, imbécillité, etc. Comme si la bêtise était quelque chose d’exceptionnel, une défaillance, une anormalité, et non pas l’état consubstantiel à l’être humain.
M. à M.K.
Je hasarde souvent des boutades de mon esprit, desquelles je me défie.
M.K. (1 avril 1929-11 juillet 2023) La plaisanterie lui valut les foudres du pouvoir communiste : on ne plaisantait pas avec « la dictature du prolétariat »
M. (28 février 1533-13 septembre 1592) le petit homme sur son petit cheval