Un homme qui écrit n’est jamais seul.
Paul Valéry
C’est fragile un poème
Qui se dérobe
À mesure qu'il s'écrit
Mais s'il finit par se faire
Honorez-le s’il vous plaît
Et jusque dans ses marges
Et s’il ne vous plaît pas
Pas de retouches ni de repentirs
Ni de roman sur la vie
Votre spécialité
Fragile comme ta voix cassée
Mais qui persiste sur une seule page
Qu’il faut savoir tourner
posté le 07 11 2015
sur poésie mode d'emploi
NOS MAINS AMIES
Sur la place de l’hôtel de ville
il y a des bouquinistes
et leurs livres qui sommeillent
sur les étals du temps
attendant qu’une main amie vienne les réveiller
leur redonner une seconde une troisième une millième vie
Sur la place de l’hôtel de ville
il y a des libraires
qui entretiennent les flammes ténues
des philosophes des romanciers des poètes
désormais hors temps
ceux que le grand bazar de la consommation
s’efforce de cacher aux simples gens
qui vont faire leur marché quotidien
Ici les passeurs de livres
maintiennent les dialogues de Platon et le lyrisme de Sapho
Spinoza et Borges Kafka et Marthe Robert
Le sacre de l’écrivain et L’école du désenchantement de Paul Bénichou
Verlaine Jean Tardieu Tristan Corbière
Et Blaise Cendrars qui aimait signer ses lettres
“Ma Main Amie”
la gauche la seule qui lui restait
pour tourner les pages des livres
et de sa vie
.
* Merci à Isabelle Lefebvre libraire à Grignan de “Ma main amie” présente sur cette place d’Aix-en-Provence ce dimanche 4 novembre qui m'a permis par la suite d'entretenir une petite correspondance pleine d'à propos avec Philippe Jaccottet
posté sur poésie mode d'emploi le 7 novembre 2007
UNE PAGE ÉCHAPPÉE DES ARDOISES D’ANCIZAN
PAGES ÉCHAPPÉES
Le troisième instant de vie me projette après le club newyorkais du Slug’s et les échoppes du Callao dans mon éphémère maison d’Ancizan en Hautes Pyrénées Sa photo tombe d’un exemplaire de Plupart du Temps l'ouvrage majeur de Pierre Reverdy Si je l’ouvre toutes les pages s’échappent tant mes lectures ont fatigué l’exemplaire Sur chaque ardoise du toit on avait écrit un poème Si je le referme la paupière de la place bat où broute l’agneau de soleil et d’épaules blanches Tirant les astres la grêle des nuits et des amours fauves
posté sur poésie mode d'emploi le 7 novembre 2006
L’ART DU SABLIER
Prenez un mot
Prenez-en deux
Corbeau Mystère
Cathédrale Comédie
Et tutti quanti
Mots dans la main
Faites tourner
Avec amour
Avec la mer
Imaginaire
Attentionné
Et puis lancez
Vos mots primesautiers
Sortis de l’encrier
Dans l’espace-temps
De la Relativité
Généralisée
Puis à la fin des fins
Mots en noyau
Mots agités
Ouvrez les bans
L’heure a sonné
De retourner
Votre sablier
OÙ EST L’ENTRÉE DU LABYRINTHE ?
OÙ EST L’ENTRÉE DU LABYRINTHE ?
Ma poésie ne fait pas de vagues
Elle vogue de nuit en nuit
Sur une barque invisible
Aux yeux des profanes
Fanal, feu latent, exercice,
Mon poème, s’il n’avance guère,
Maintient le secret des formes,
Dans le labyrinthe d’un rêve éveillé.
Ne me demandez pas l’entrée.
6 novembre 2026