ÉCRIRE VIVRE courriels 102

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ÉCRIRE VIVRE EN RÉGIME DE DURÉE

J.B. à M.

En définitive à quoi écrire sert-il, sinon à vivre? Toutes les pénibles élucubrations sur «écrire et vivre» écrire comme renoncement à la vie sur «la chambre aux murs de liège» avec attendrissement. «Il na pas vécu le pauvre» ne sont que pitoyables défenses denvieux, de toute façon sans importance. Mais ici, la chose est dite. Cest elle quil faut comprendre et suivre.

M. à J.B.

Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensées si utiles et agréables ? Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait, livre consubstantiel à son auteur, d’une occupation propre, membre de ma vie ; non d’une occupation en fin tierce et étrangère comme tous autres livres. Car ceux qui se repassent par fantaisie seulement et par langue quelque heure, ne s’examinent pas si attentivement, ni ne se pénètrent, comme celui qui fait son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à un registre de durée, de toute sa foi, de toute sa force. 

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J.R. (25 mai 1936-3 septembre 2014) Traductrice majeure de La Divine Comédie de Dante, essayiste La Délie de Maurice Scève, poète Les instants les éclairs

M.(28 février 1533-13 septembre 1592) Il aimait écrire sur soi-même divers et varié, à sauts et à gambades.

DISPARITIONS XIX Jacques Roubaud

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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ARRÊTEZ-VOUS NE LISEZ PAS SI VITE

POURQUOI LISEZ-VOUS SI VITE

PRENEZ LE TEMPS DE LIRE

Ô douleurs de l’amour dont je ne connais que les vêtements

et  aussi les yeux la voix le visage les mains les cheveux les dents les yeux balances sentimentales

dans la nuit il y a toi et les bruits matériels

de la mer des fleuves des forêts des villes des herbes des poumons

à l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur ses oreillers blancs tristes

comme sept heures du soir dans les champignonnières

moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire  

moi qui suis Jacques Roubaud et qui pour t’avoir connue et aimée n’en pense pas moins

et ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur cette terre équivoque

ô douleurs de l’amour dont je ne connais que les vêtements

et aussi les yeux la voix le visage les mains les cheveux les dents les yeux

la voix le visage les mains la mer le fleuve la forêt la ville l’herbe et les poumons

LES MOTS PERDUS

Les mots perdus (comme le pain) amassons- les, pour en faire un nouveau mets.

Mai mai mai Paris mai.

Le fin mot n’est pas le mot de la fin.

C’est le mot qui nous fait aimer les becs fins,

Oiseaux des rues et des bois,

Fragiles dans les klaxons,

Plus gais dans nos jardins,

comme des pinsons.

Nous nous pinçons  devant ce texte qui avance avec un caillou dans la Saussure :

Les vrais paradis sont des paradis que l’on a perdus.

Comme cette page qui, sans un lecteur plus vif que mort, sera à jamais,

en allée.

TU N’ES PLUS

à A.

Tu n’es plus.
Séparé de toi
dans la lumière des jours immobiles,
je contemple le sismographe effondré de nos passions
à nos côtés, un désastre silencieux préparait son mauvais coup.

Tu n’es plus, je te parle,
nous nous tenons encore par la main.
Par la douleur,
émerveillé,
je revois les mises en scène de notre amour
et, de nos départs, la violente impatience …
Silhouette penchée dans un marché d’Afrique,
promeneuse insouciante du parc anglais désert,
byzantine dorée,
tes poses photographiées rythmaient ma traversée du monde.
Je te vois.
Nous nous tenons encore par la main.

Au port de ta hanche, ta fille.

Tes parures s’accordent à l’inclination des heures.
Tu n’as plus besoin d’être là, pour être : à tes rendez-vous soudains, je te parle,
je raconte que tu vis en moi.
Je t’écris.
Aujourd’hui, tu déchiffres seule l’inconnu de nos songes,
et je me vois descendre la passerelle vide
des privations de toi.

Jean-Pierre Dartigues
Le Journal des Poètes
Vient de paraître
2/ 2026

LA PAROLE PRÉCAIRE

LA PAROLE PRÉCAIRE

Pour Jean-Marie Corbusier

Lisant écrivant
Des poèmes

Nous butons
Sur des murs
De figures

Appels réitérés
Au mot juste
Mot musical

J’appelle
Il n’y a pas de réponse
(Enfin dis-tu)

Fragile
Vulnérable
Contrasté

La parole précaire
Dure
Tient tête
Doute
S’affirme

Ferme
Au firmament

Une auréole de clarté
Je m’y abreuve
Malgré moi
(Écris-tu)

Non
Quand bien même
La précarité
Il est précieux
De continuer

Chercher
Jusqu’au bout
De notre grand voyage
La voie

Et
« Une voix
qui prend la forme
qui nous reste
habituellement invisible
celle du Temps.»

JJ Dorio
12/06/2026

Frontispice de Dominique Neuforge