Et quoi alors ?
Une vibration
Sur le papier
Un coup de poing
Sur mon pupitre
Une hésitation
À faire lire
Ce non-poème

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Et quoi alors ?
Une vibration
Sur le papier
Un coup de poing
Sur mon pupitre
Une hésitation
À faire lire
Ce non-poème

Le temps qui passe
C’est un cliché
Le temps qui rêve
Qui se languit
de se laisser porter
par les alizés
Le temps qui casse
dans la nuit noire
Tous aux abris !
UN JE-NE-SAIS-QUOI D’ÉTRANGETÉ
Je m’exerce une fois de plus à laisser survenir le peu de mots qui manifestent ce je-ne-sais-quoi d’étrangeté Entre mémoire et oubli / soi et non-soi / histoire controversée de nos identités Cette nuit par exemple je suis une cellule puis deux puis quatre puis des milliards Puis tout disparaît Face à l’étrange miroir qui efface le tout dès que nos pas nous en éloignent Y nada más Et rien de plus
J’oublie le jeu subtil des vers
Les saisons de l’amour et leurs flammes
Les yeux clos de l’hydre univers
Le paysage fleuri de l’âme
J’oublie les êtres que l’on crée
Simplement avec une plume
Ou sur l’ardoise d’un doigt de craie
Enfant des barres et clairs de lune
J’oublie ma petite science
Lignes réglées sur le papier
Panier d’osier qui se balance
Au gré des fruits du citronnier
J’oublie ainsi ici ailleurs
Dans le jardin décapité
Où tu ne viens plus me tendre
Tes lèvres matinales
Toi que je ne veux oublier
À DEUX MAINS
Avec ma main première (la droite), j’écris des poèmes. Je m’aventure sur des terres inconnues avec les moyens du bord : la plume sergent major, la feuille blanche, les réminiscences, les techniques d’un vieux singe désireux d’inventer une nouvelle grimace, la fantaisie.
Avec ma main seconde, je puise dans le bien commun des savoirs diffus, qui fleurissent les dictionnaires, les encyclopédies, espérant, comme un naufragé, y trouver un refuge, du moins pour la journée.
Là, point de page blanche, mais un cahier d’écolier, bien quadrillé et que je renouvelle quand sa dernière feuille est pleine à ras bord.
Et avec ta main troisième ? me demande le petit malin qui a lu ces lignes en n’en croyant rien.
