UN JE-NE-SAIS-QUOI D’ÉTRANGETÉ

UN JE-NE-SAIS-QUOI D’ÉTRANGETÉ

Je m’exerce une fois de plus à laisser survenir le peu de mots qui manifestent ce je-ne-sais-quoi d’étrangeté Entre mémoire et oubli / soi et non-soi / histoire controversée de nos identités Cette nuit par exemple je suis une cellule puis deux puis quatre puis des milliards Puis tout disparaît Face à l’étrange miroir qui efface le tout dès que nos pas nous en éloignent Y nada más Et rien de plus

J’OUBLIE LE JEU SUBTIL DES VERS

J’oublie le jeu subtil des vers
Les saisons de l’amour et leurs flammes
Les yeux clos de l’hydre univers
Le paysage fleuri de l’âme

J’oublie les êtres que l’on crée
Simplement avec une plume
Ou sur l’ardoise d’un doigt de craie
Enfant des barres et clairs de lune


J’oublie ma petite science
Lignes réglées sur le papier
Panier d’osier qui se balance
Au gré des fruits du citronnier

J’oublie ainsi ici ailleurs
Dans le jardin décapité
Où tu ne viens plus me tendre
Tes lèvres matinales

Toi que je ne veux oublier

À DEUX MAINS

À DEUX MAINS

Avec ma main première (la droite), j’écris des poèmes. Je m’aventure sur des terres inconnues avec les moyens du bord : la plume sergent major, la feuille blanche, les réminiscences, les techniques d’un vieux singe désireux d’inventer une nouvelle grimace, la fantaisie.

Avec ma main seconde, je puise dans le bien commun des savoirs diffus, qui fleurissent les dictionnaires, les encyclopédies, espérant, comme un naufragé, y trouver un refuge, du moins pour la journée.

Là, point de page blanche, mais un cahier d’écolier, bien quadrillé et que je renouvelle quand sa dernière feuille est pleine à ras bord.

Et avec ta main troisième ? me demande le petit malin qui a lu ces lignes en n’en croyant rien.