ici la trêve de nos luttes
les travaux de vannerie
des indiennes de l’ethnie
panaré* aperçues l’été
ne nos joyeux tropiques
le temps comme une flamme
noire inscrite
dans les ruines circulaires**
et notre infinie naïveté
*Venezuela 1968-70
**Borges
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
ici la trêve de nos luttes
les travaux de vannerie
des indiennes de l’ethnie
panaré* aperçues l’été
ne nos joyeux tropiques
le temps comme une flamme
noire inscrite
dans les ruines circulaires**
et notre infinie naïveté
*Venezuela 1968-70
**Borges
« Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. »
Paul Ricœur
*
Impro du soir À l’heure où l’oiseau de Minerve prend son vol nous voilà peuplant notre solitude d’écritures folles en profitant de l’énergie donnée par la chaîne musicale Mezzo Après le concert pour violon de Beethoven que l’on écoute sans le regarder tant le soliste fait de mimiques Nous plongeons dans la rediffusion d’un concert de djazz où les notes et les oreilles se libèrent des semelles de plomb On voit alors et l’on écoute tout ouïe le pianiste Léo Genovese barbe d’un rabbin exégète cheveux frisés et mains qui se croisent Esperanza Spalding la contrebassiste qui joue comme en extase – Esperanza Esperanza yo no puedo bailar tchatchatcha – Jack De Johnette à la batterie que tous les fervents de Keith Jarret connaissent et Joe Lovano soufflant dans son sax comme souffle souffle la baleine blanche de Melville Impro du soir aux couleurs des confins d’un monde inédit où l’on jouit des musiciens grâce au cercle ouvert par les nouvelles technologies – l’écran plat du salon et l’écran de cet écrit où se joue notre texte bri-collé comme une partition – tout en dégustant une dorade cuite sur la plancha à la sal gorda et qu’un pêcheur de l’étang de Berre a sorti ce matin devant nous de ses filets On dirait On dirait On en dirait tant On dirait le temps en suspens Ô lac On dirait Ulysse rentrant à Ithaque et ne sachant pas que Pénélope est morte On dirait Orphée revenant des Enfers qui donne sur sa lyre une dernière ode aux heureux mortels Accrochez-vous au poitrail à la gorge pourpre et aux ailes d’or de l’oiseau Phénix mourant et renaissant et Prenez soin des livres des disparu.e.s qui dorment dans vos bibliothèques et qui attendent d’être réveillé.e.s et réinterprêtés par les musiciens d’un soir et les aèdes aveugles qui ne sachant plus trop sur quel pied danser sans voir donnent les noms et sans marcher progressent comme disent deux vers traduits de Lao-Tseu…nous n’irons pas plus loin
Louis Brauquier qui fit retraite
à Saint Mitre-les-Remparts
se souvenait un soir de Maracaïbo
où je ne suis jamais allé de mon vivant
Son poème de mauvaise mémoire
permet d’affirmer à contrario
à Dorio
qu’il passa un soir à Maracaïbo
Il y écrivit d’ailleurs
face au champ de pétrole
un poème mineur
recopié ci-bas
que Brugeilles illustra
*
Une mer alitée
Il fallait voir ses cendres
Violets d’encres noirs
Des oiseaux se baignaient
Aux embruns de pétrole
Cris hideux ébarbulés
Fourbu le soleil
Se laissait mourir
Assis sur un derrick
Itinéraires
Edité par P.J. Oswald
1975

PUISQUE TOUT SE TRANSFORME
Frayer encor avec les Romains lettrés, écrivant poésies, – avant J.C – « Ainsi rien ne périt malgré les apparences Puisque tout se transforme Et que toute naissance en ce monde a besoin du secours de la mort »
« Petit moineau, délices de Lesbie », becquetant les doigts de la Belle.
Jouer encor de nos chants alternés, avec les Dieux enfuis, comme pour prolonger ces impossibles souhaits : « Essayons par magie de guérir, de séduire ».
Avant que ne nous happe, notre lyre brisée, la gueule de ce monstre, qu’un poète, déjà, nomma la bouche d’ombre.
avec Lucrèce, Catulle, Virgile, Properce.

Je suis un poète de deuxième main
Fervent des citations
Territoires de l’imaginaire
Je suis un poète clé en main
Mais un malin génie
Change sans cesse mes serrures
Je suis un poète qui à l’argus de la poésie
Ne vaut pas une cacahouète
Je suis un poète qu’Axiste pas
Môme néant Homme égaré
dans le fleuve caché
des poésies de Jean Tardieu
Je suis un poète nature-culture
à double sens
Je suis un poète de première main
En sortant de ce poème
Éteignez s’il vous plaît la lumière