DANS LE DÉSORDRE LE DISCONTINU

Dans le désordre, le discontinu :
le souvenir du monde shakespearien des sorcières,
la Tour Eiffel calligramme d’Apollinaire,
Salut monde dont je suis la langue éloquente,
les sirènes de New York dans Ionisation,
l’oeuvre pour percussions d’Edgar Varese,
gongs,bongos,claves,tambour militaire,caisse claire,
cymbalum mundi,
L’art de dictiez et de fere chansons,balades,virelais
et rondeaux,
d’Eustache Deschamps, auteur du premier art poétique écrit en français au siècle XIV,
les yeux de fougères de Nadja
qui pour sa première nuit à Paris
a choisi le Sphinx Hôtel,
et ces mots qui ont agi par implosions
et ricochets,
dans la beauté archaïque
d’un collage surréaliste.

LES RUES D’PARIS

À Paris il y a de drôles de rues
Il y a la rue Gramme
au 17 vécut Benjamin Peret
l’astre noir du Surréalisme
Il y a la rue de Javel
désinfectant notoire
mais pour Jean Echenoz
une succession de blocs hétéroclites
en matériaux désassortis
sans état d’âme
Il y a la rue Rosa Bonheur
femme peintre aux titres éloquents :
Labourage nivernais
Le marché aux chevaux
La foulaison du blé en Camargue
Il y a la rue Crevaux
où vécut Leblanc Maurice
le créateur d’Arsène Lupin
Guillaume Apollinaire résida rue Gros
en buvant cet alcool
brûlant comme sa vie
Il y a la rue des Arènes
propice aux vues de Michel Leiris
qui fit de la Littérature
un pendant de la tauromachie
Il y a la rue Madame
de l'homme révolté
Il y a la rue Racine
Cioran affirme qu'il y jeta
dans une bouche d'égout
Un de ses tapuscrits
Et la rue Sans Souci
Ou je prose ces vers
Au ralenti

POUR VINGT LECTEURS

Est-ce que pour vingt lecteurs (lectrices comprises) j’écris en vain?
J’écris quand le temps semble s’arrêter pour voir ce qu’il en est ce qu’il peut en sortir :
la vérité au fond du puits du jardin familial quand j’étais enfant
le hasard aboli par un coup de dés magistral
les tourments d’un copiste qui refuse obstinément de faire une page supplémentaire
le silence catégorie d’une langue s’opposant au bruit du temps
la lecture de quelques passages de la bible d’un auteur hébraïsant le français
l’univers des quantas qui s’organise en se désintégrant
En bref tout ce qui dans mon inconscient a précédé cet écrit de fortune
J’aimerais bien que mes vingt lectrices (lecteurs compris) poursuivent cette liste mais je sais d’expérience que c’est trop leur demander
Qu’à cela ne tienne la plume en l’absence ça me connaît

UNE MESURE POUR RIEN

UNE MESURE POUR RIEN

Une mesure pour rien, c’est le charme de ces phrases musicales en apesanteur, sans pulsations, qui me mettent en état d’oublier tout ce qui touche aux maux de la tribu.

Après ce passage musical et matinal obligé, que j’écoute en buvant le premier café, je peux à mon tour m’essayer à faire chanter la plume sur mes papiers préparés par de longues digressions sur des carnets de notes et de citations.

« Et quand personne ne me lirait », rien ne m’empêche de mêler dans mes poèmes des observations de mille petits détails venus du terrain ou des encyclopédies.

Les mesures pour rien, la rougeur soudaine sur un visage rose, un chat isabelle caché dans les roches de la passe maritime, une phrase belle comme un Carnaval.  

QUAND JE M’ENNUIE LA NUIT

Quand je m’ennuie la nuit

Entre mes murs tout nus
Blancs comme linceuls de neige
Et que n’ai-je alors le pouvoir
de me désennuyer
en peignant la Joconde
ou en chantant les vers inspirés
d’Alcools Bergère o Tour Eiffel
ou des Fêtes galantes
Que vont charmant
Masques et bergamasques

Et voilà le résultat
Pas fameux un peu fumeux
Mais j'ai peint le passage
Avec ces vers d'oreilles
Écrits sur l'oreiller
Dans cette chambre à soi
Oû les phrases partent en voyage
Me suis-je dit Ai-je pensé
En songeant à l'essai de Virginia Woolf (la suite manque)