AÑORANZAS PORTEÑAS

J’AI VU LA PAMPA Non au petit trot du cheval de Jules Supervielle Mais du haut d’une avioneta qui tanguait dangereusement J’ai connu la bise du 14 juillet 1970 qui s’engouffrait dans les rues de Buenos Aires J’ai parlé le lunfardo des porteños avec une compañera rencontrée dans un bar de la rue Sierpes (le livre de Borges sur l’argot de la capitale sous les yeux) Vous pouvez en douter Vous qui me lisez dans les villes de l’Europe sans gauchos montant à cru Jurant à lasso raccourci Dans le coral de l’estancia disparue proche du mot saudade,(vague à l’âme, nostalgie), le mot añoranza est impossible à traduire

JE SUIS LE SUJET POÉTIQUE D’UN MONDE PROSAÏQUE

JE SUIS LE SUJET POÉTIQUE D’UN MONDE PROSAÏQUE Je suis l’anamnèse de l’histoire d’une vie qui n’a rien de catholique Je suis l’écharpe de soie qui se souvient de nous1 Je suis ta vie perdue par l’incapacité de la médecine à guérir ton cancer Je suis le picaro venu de rien qui fait tous les métiers et retombe toujours sur ses pieds Je suis ces souvenirs personnels ou inventés où Moi n’est pas ma tasse de thé  1 Maurice Fanon

ALICE A DEUX COUSINES GERMAINES

ALICE A DEUX COUSINES GERMAINES Elles sont venues toutes les deux à cinq minutes d’intervalle ce 28 février, alors que, comme par un fait exprès, son cousin Mathis  venait de faire ses sept ans -Les jumelles, c’est pour voir plus loin, a dit Grand-Père Jiji en accordant son ukulélé. La première qui a montré sa tête étoilée se nomme Jade, comme la roche métamorphique verte présente dans certains schistes et serpentines. La seconde Ambre, jaune et dorée, est venue au monde par les pieds. Olé ! a dit Alice, maintenant que Maman Nono vous a délivrées, on va sortir la tête haute de ce maudit terrier. Voulez-vous, ne voulez-vous pas, voulez-vous, ne voulez-vous pas, voulez-vous entrer dans la danse ? Bien sûr ont dit les petites nouvelles-nées. Et les voilà sorties d’affaire et faisant la ronde au grand air, guidées par le grand frère…et le Roi n’est pas son cousin !

SI PAR UN MOIS DE FÉVRIER DE L’AN 2015

Si par une nuit d'hiver, nous promenant dans nos paradis sans paradis,
nous donnons le change sur le luth désaccordé de notre étoile morte.
En naviguant jusqu'à la fin, sur le fleuve de l'oubli et des réminiscences.


Aux voyelles passées à l’as
Des enfants perdus des banlieues
Enfermés dans leur drôl’ de sas
Je laisse cette craie des murs
De la Sorbonne et de Jussieu

En cet hiver deux mille quinze
Je JJ Dorio qui gît
Aile arrachée pigeon berzingue
Picorant mes pages d’argile
Sur les maux de la société

Je par ci Je par là Je co
Gite Je suis René Descartes
Je m’enflamme Je mets le feu
Aux fausses lettres et au paraître
En proclamant Je est un autre


Je m’appelle Einstein on the beach
Je suis la chaise de Justice
Le coquillage millénaire
Dans l'oreille des poésies
Breton Soupault Bois et Charbon

Je suis le poème rêvé
Et la main en chair et en os
Qui l’engendra sur le papier
Et sur la peau du monde mort
Qui renaît sur un coup de dés


Je suis Nostalgie du présent
Scansion rythme événements
Mis à l’écart Mis en abyme


LECTURE PRÈS DU CANTOU

801  IL Y A DES AUTEURS lit-on QU’ON NE LIT PLUS GUÈRE et des auteurs, c’est mon cas, qu’on ne lit guère. À la guerre comme à la guerre. Cette guerre impitoyable aujourd’hui qui devrait rebattre les cartes de nos lectures et de nos préoccupations. Nous faire passer en mode Journal des années noires 1 Sans cependant dépérir, mais, au contraire, trouver, même si elles sont des plus infimes, des raisons de rebondir. Voilà j’y suis, je laisse au plus grand nombre (et en particulier à ceux qui vivent en réseaux) la frénésie cannibale d’un présent tyrannique 2 et seul dans mon petit coin (ce cantou cher à mes parents occitans, petits paysans qui alimentaient leur cheminée l’hiver de bois de chêne et non d’espérances creuses), je me lance une fois de plus, toute affaire cessante, dans la lecture d’un petit pavé blanc (350 pages, couverture 22×16 cm, épaisseur du bouquin 2,5 cm) qui nourrira mon désir de mieux comprendre, d’y voir un peu plus clair, et donc de donner le change à cet impitoyable aujourd’hui. 1 Jean Guéhenno 2 Emmanuelle Loyer L’IMPITOYABLE AUJOURD’HUI : un titre pris à Jean Guéhenno est un Essai qui est paru en juin 2022 sous la plume d’Emmanuelle Loyer