NOUS ÉCRIVONS 5e suite

Papapapan

Nous écrivons Villon un poète François qui jouait au Pendu

Nous écrivons Nicolas un président français qui a joué au con et se trouve en prison

Nous écrivons l’ombre en soi qui écrit notre leçon inaugurale au Collège de France

Nous écrivons pour entendre le bruit du stylo roller pen sur la page

Nous écrivons plein d’innocence la vie durant en attendant d’être ceint d’une couronne mortuaire

Nous écrivons ce motuaire 5e d’une suite qui bat de l’aile

Nous écrivons…

NOUS LES INACHEVÉS

Dans les mots de Jacqueline St-Jean.

Disons-le tout net, je ne lis pas souvent de la poésie. Mais dès les premiers mots de Jacqueline St-Jean dans Nous les inachevés, je me suis retrouvée dans cette écriture qui n’est jamais intimidante, qui traite du désespoir qui peut surgir à l’approche du néant, de l’aspiration de l’infini.

Pour autant sa poésie n’est pas élégiaque et sa voix porte loin des rivages de l’autofiction. Sa réflexion, tendue vers la réalité, travaillant sur la matière « temps» s’accroche à la vie plus encore qu’à l’écriture même.
Cette artiste à l’intense activité parvient à faire entrer dans ses recueils et à la suivre. J’adhère, je crois comprendre-j’aime à le penser du moins. Non que soit facile cette lecture pour tous, mais surmontant l’impasse de la déclaration, elle trouve la note juste et la tient dans ce triptyque qui répond parfaitement à l’exergue d’un Char moins abscons qu’à l’ordinaire « L’inaccompli bourdonne d’essentiel » : la chair, l’humus et l’horizon, l’air, le ciel.

On ne sait où se cachent ces ruisseaux souterrains qu’elle fait remonter dans ses mots, simples et pourtant choisis, creusés dans la tourbe.
Dans une poésie tendue vers la réalité crue, sacré et profane s’unissent dans un rapport sensuel à la langue dégagée de sa gangue d’un burin giacomettien.
Une poésie forte d’images vives, sans métaphores précieuses ou références obscures qui arrêtent l’œil ; nulle pesanteur dans ses mots qui exaltent l’existence en donnant du style au « chaos de la vie ». En équilibre entre le vide et l’humain, Jacqueline St-Jean tient le rythme de sa partition musicale.

Sophie Chambon

NOUS ÉCRIVONS (quatrième suite)

Nous écrivons sur la surface de l’étang de Citis avec le trépignement d’ haïkus inventifs inédits irrécupérables pour la poésie avec ou sans mode d’emploi

Nous écrivons sur les murs antiques en grand appareil germant au soleil de Saint Blaise (la mal nommée)

Nous écrivons pour nous reposer dans les alvéoles des morts creusées il y a vingt siècles dans du calcaire coquillier

Nous écrivons cahin-caha vison visu messagers du temps perdu à colporter des papiers voués au rôle de paperolles

Nous écrivons sur l’Oppidum sans nom…

NOUS ÉCRIVONS (suite de la suite)

Nous écrivons dans notre tête

La nuit quand tout est à l’arrêt

C’est tout le tremblement qui passe

Nous germinons disait Cézanne

.

Nous écrivons sous l’oeil de Satan

Sur le piano cassé des mélodies d’antan

Sonnets de Baudelaire ou de Mallarmé

Où nous entrons en territoire de plus en plus inconnu

.

Cherchant en vain ces parcours de reconnaissances mutuelles

Nous écrivons ces choses que l’on donne

à la société sans calcul de réciprocité

À l’âge d’un monde qui se défait à vitesse grand V

.

Nous écrivons…