QUI VIVE ?

 Qui vive ?
Des amours et des morts
En sourdine
Ou à coups de trompettes
De l’Apocalypse

Qui vive ?
L’autre en soi-même
Cette fable que l’on tisse
Sur de petits cartons intimes

Qui vive ?
Toi
Dont le deuil
M'est impossible

Qui vive ?
Nos ami.e.s
Et leur sollicitude
Lettres échangées
Dernières nouvelles

Qui vive ?
Musique de chambre
Des solitaires
Solidaires
De nos vulnérabilités

Qui vive ?
Morceaux en forme de poèmes
Dans la vague d’Hokusai
Tu entends la vigie :

La nuit sera belle !

ART

 la victime du sacrifice
doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé


Apollon de Callimaque

art pauvre
art maigre
art tchoum

art dispersé
aux quatre coins
des rues et des ateliers

art qui te sors des yeux
art ressort des amoureux
art du couci-couça
art de la mort annoncée

art du budo de l’aïkido
art du dojo du dorio
art de s’endormir à la légère
dans un dialogue
du Tchouang-Tseu

art des gérondifs
chemin faisant
en chantant à tue-tête
et à cloche-pied

art des amours
délices orgues
jules laforgue
la pompadour

art du coq-à-l’âne
et de la poule-au-pot

art éfact
des fats
art ériosclérose
art du parti pris des choses
compte tenu des mots
art Rhose
Sélavy
art Work
in Progress

art des vents
alizés aquilons
autans bises
boras borées
cers chergui
fœhn fun
sirocco harmattan
marin mistral
simoun zéphir
zefiro torna

art des lamentations
art des consommations
art des marques
art des frustrations
art des manipulations
art des Vanités
vendues chez Sotheby’s
à trois millions
de dollars

art des coccinelles
art des petits insectes roses
art des points noirs
art des baisers volés
quand les enfants
s’ennuient le dimanche

art des ventouses
sur le dos
art des sangsues
à l’oreille
art des limaces
bien nouées
art du cancrelas
de Kafka

art du bouche à bouche
art de l’oreille cassée
dans Arles
où sont les Alyscans
prends garde à la douceur des choses


art pauvre
art maigre
art dans la peau
art de l’Apollon de Callimaque

la victime du sacrifice
doit être aussi grasse que possible
mais toi garde la muse mince
sois le léger l’ailé

COMO

Como un sabor sin sabor

Comme un savoir sans saveur

.

Solitario en la ola del tiempo

Solitaire sur la vague du temps

.

Como tu boca de clavel

Comme ta bouche d’œillet

.

Noche derramada

Como el verso en la piedra blanca

Nuit qui se répand

Comme le vers sur la pierre blanche

.

Como los luceros véloces

De esta noche de verano

Comme les étoiles véloces

De cette nuit d’été

.

Aux Martigues le 15 août 2026

SOUS LES PAVÉS LA PAGE

–  Dis-moi frère humain, pourquoi malgré le maigre public qui s’intéresse de nos jours à la poésie,

(la vraie), poursuis-tu ta quête du vers parfait ?

– Quelle étrange question dont tu suggères la réponse.

– Mais encore.

– Le vers parfait tu le sais bien n’existe que partagé avec ceux qui semblaient résignés, avec celles qui cherchaient la manière d’échanger leurs lourds secrets.

– Poésie de la multitude ?

– Poésie des formes et des figures au temps des vérités étouffées par la censure, l’humour noir noyé dans l’eau de Vichy, comme poésie hors du temps, issue du rire d’un enfant ou d’une complainte kafkaïenne.

– Je sais bien, mais quand même si tu avais un vers parfait qui te vient spontanément ?

– Tagué à la bombe sur les murs en béton de mai 68 : Sous les pavés la page !          

Dialogues intérieurs VI