L’ŒUVRE D’UN AUTEUR CAMÉLÉON courriel 98

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

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R.G. à N.H.

La vérité ? Quelle vérité ? La vérité est peut-être que je n’existe pas. Ce qui existe, ce qui commencera à exister peut-être un jour, si j’ai beaucoup de chance, ce sont mes livres, quelques romans, une œuvre, si j’ose employer ce mot. Tout le reste c’est de la littérature.

N.H. à R.G.

Tu t’es appliqué à brouiller les pistes, à nous jeter de la poudre aux yeux, à nous entraîner dans une danse vertigineuse d’identités, et en fin de compte nous force à nous poser la même question que tu te posais toi, à chaque seconde de chaque journée : R.G. existe-t-il vraiment ?

R.G. (21 mai 1914-2 décembre 1980) Il se présentait lui-même comme un caméléon, usant d’un pseudo il obtint deux fois le prix Goncourt.

N.H.(16 septembre 1953-…..) Romancière franco-canadienne, essayiste, exploratrice de « l’espèce fabulatrice »

VISER LA CIBLE DE L’IMPOSSIBLE

VISER LA CIBLE DE L’IMPOSSIBLE

S’il est impossible de voir un kangourou tourner un moulin à café, il est encore possible de lire la chanson du jardinier fou, imaginée par Lewis Carroll et traduite de l’anglais.

S’il est impossible d’entendre la voix de Montaigne enregistrée sur bande magnétique, il est encore possible de le lire « parlant au papier. »

S’il est impossible de sauver la planète bleue, il est encore possible de la peindre en vert.

S’il est impossible d’assister à son enterrement, il est encore possible d’en faire une répétition en invitant la fanfare des Quatr’z’arts.

S’il est impossible d’ouvrir la lame du couteau auquel il manque le manche, il est encore possible chaque dimanche d’offrir des roses blanches à sa jolie maman.

S’il est impossible que mes morts hâblent, il est encore possible, en utilisant une rime équivoquée, d’écrire cet aphorisme mémorable.

S’il est impossible de coucher son malheur sur un cahier d’écolier, il est encore possible de se coucher de bonne heure à la Recherche du temps perdu.

DISPARITIONS XVIII Jacques Réda

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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J’AI VOULU MODULER LES VERS D’UNE VAGUE ODE

OÙ CE BRANLE PERPÉTUEL SE SUSPENDRAIT

Mais l’esplanade imaginaire que j’arpente

Ici déjà, poussant ma charrette de mots

Je peux attendre l’autobus sous ce doux aspergès,

De mars. Il pleut. Ou il pleuvait. « La pluie, a dit Borgès,

Est quelque chose qui sans doute a lieu dans le passé. »

Au ras du fleuve où vibre un rose de Monet,

Virevolte et se multiplie un martinet

Dont le poème d’eau sans hiatus se ponctue

Entre les boucles d’algue et leur deleatur.

Plus on va loin moins on connaît, selon Lao

Tseu

Et je rôde ce soir à l’orée indécise

Où se rencontrent l’univers et son rébus.

Lequel méduse l’autre, et lequel s’exorcise,

Tandis que je vais d’abribus en abribus.

Entre les jardinets exaltés par l’orchestre

Ardent du contre-jour dont ronflent les tubas :

C’est la Défense, au fond, qui plante ses grands baffles.

Quand toute source en moi sera presque tarie,

Je reviendrai peut-être ici, puis m’en irai

Léger dans le ciel bas, telle une allégorie.

SOUS LES MENACES L’ÉLOGE DE LA FOLIE courriels 97

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

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E. à JJ D

Mon écrivain à moi, avec quel bonheur il divague ! livrant à l’écriture sans qu’il ait à veiller, tout ce qui lui passe par la tête, tout ce qui vient sous sa plume, même ses rêveries, sans autre petite dépense qu’un petit bout de papier…

 JJ D à E.

Mauvaise passe

Je suis traqué

Menacé de mille feux

Ouf ce n’était qu’un rêve

La petite mort pour rire

D’un peigneur de comètes

.

É.  (1466 ?- 12 juillet 1536 ) Le grand Humaniste du XVI° siècle fit l’Éloge de la folie)

JJ D. (24 mars 1945-…..) À la barre du blog poésie mode d’emploi depuis le 8 janvier 2006  avec ses alliés essentiels dont Tristan Corbière « Le peigneur de comètes »