Tu es dans le sommeil du livre Là où les noms vivent la nuit * Là où les mots font feu d’un bois Où passent fables et légendes Tu les dis, les tords, les écris Sur l’écran blanc de tes nuits noires Tu les confrontes aux mythes indiens Où le passé est un chemin Qui recule vers le futur Là où les mots perdent leurs poils Dans un jardin glapit Goupil Le livre va se refermer Ce huit janvier 2023 23 Perers Road in London. * Jacqueline Saint-Jean
APRÈS TROIS ANS REVISITÉ
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle Non le vieil homme mais l’arbre comme un peuplier Épinglé par Verlaine avec la Velléda Après trois ans je l’ai appris il y a longtemps Par cœur comme il se doit pailletant chaque vers D’un accent à couper au couteau occitan Le monde sans pareil ne portait qu’un Soleil : l’enfance d’un élève qui croyait en l’école À ses vieilles ballades aux contes du passé La bouche en cœur sur les valeurs républicaines Il poussait chaque jour la porte du progrès Aujourd’hui c’est fini le monde n’est plus en quête D’absolue modernité Chacun tire à hue Et à dia poussant sa plainte sempiternelle
CHANSON D’UNE ÉPIPHANIE
Laissons sibiler les serpents Qui a écrit ce vers ma chère Sibiler n’est pas syllaber Laissons syllaber les enfants Dans une école ensoleillée C’est le jour de l’épiphanie Dont il sort la fève nouvelle Ouvrez lecteurs ouvrez vos cœurs À la pulsation des ruelles Celles où les vers s’accumulent Sibyllins ou brodés d’écume Qui font sibiler les cœurs purs En chantant des songs sur un banc Leur bouche en cœur d’épiphanie
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COCHON DE POÈME
Trop de questions tuent le poème Mais aucune l’anémie Des mots parlant s’offrent à mes lèvres Mais je les refuse et le poème fond Si je les admets tous le poème fait ronron Il n’est jamais content…le cochon !
CHOSES VUES le quatre janvier 2023
J’ai deux textes sous mes yeux, un sur la forme, l’autre sur le côté apocryphe de toute langue poétique. Mais je vais les laisser reposer, ils sont trop informes pour les donner à lire tels quels. Hier j’ai vu deux choses dignes d’intérêt, un renard et un bateau. Le renard a pointé son visage par-dessus la haie du jardin de la maison dont je suis l’hôte, 23 Perrers Road, au sud-ouest de Londres : ce fut un éblouissement qui fit battre le cœur. Une heure après, j’étais à la National Gallery, devant la toile de Turner, où un remorqueur à vapeur tracte l’imposant navire à voile le Téméraire pour l’envoyer à la casse. Il y a presque douze ans, je me trouvais cassant ma plume, comme en état de médium devant le même tableau. La forme, la langue apocryphe, Goupil, Turner, le Téméraire. La suite au prochain numéro.