Janus d’un jour, ce premier janvier, j’ai vu 2022 jusqu’à sa fin passer le flambeau à 2023. Je suis bifron : deux fronts, deux têtes. En temps de paix mon temple est fermé. Il est hélas grand ouvert aujourd’hui, mais je prie pour que les Ukrainiens mettent à cul l’ours russe. Je suis Janus le portier du temps. Le temps perdu à faire la guerre, le temps retrouvé à jouir de la paix.
5 CHANSONS POUR PASSER DE 2022 EN 2023
Dansez les petites filles Victor Hugo Musique et voix JJ Dorio
2022 ANNÉE HORRIBILIS
Or m’ont fait les dieux célestes et terrestres Tout fait heureux mêmement les sylvestres Avec Marot ce bel emploi du mot Sylvestre, forêts et bois alliés À la terre et au ciel des Anciens Aujourd’hui au contraire Saint Sylvestre Factice fin de règne d’une année Horribilis l’horreur l’horrible guerre L’Ukraine à feu et à sang Ses enfants Déchiquetés exilés déportés Par le satrape russe blondinet Qu’on montre honteusement sur nos télés La mort dans l’œil le discours d’un salaud intégral Saint Sylvestre horribilis Pour les femmes d’Iran d’Afghanistan Livrées au pire de la religion privée de laïcité : dogmatisme, Intolérance, mort aux « infidèles » Horribilis en Chine l’empereur Rouge nommé à vie comme Mao Mao Mao Combien de morts Sortis du « petit livre » Combien de Ouïghours Génocidés dans les camps du Xinjiang ? Or m’ont fait les dieux célestes et terrestres Tout fait heureux mêmement les sylvestres Mêmement les valeurs spirituelles De nos sociétés libérées des dogmes : Religion d’état et parti unique. De nos sociétés à visée éthique : Une vie bonne avec et pour autrui Dans des institutions toujours plus justes 1 La mort n’y mord 2 L’amour la paix s’y cherchent 1 Paul Ricœur 2 Clément Marot
FANTAISIE EN SEPT SYLLABES
Je compte encor mes syllabes Je compte sur mes doigts sept Sept coqs et sept poules grises Ça fait quatorze bestioles Sur un tas de fumier chaud Chaud chaud les marrons glacés L’alcool et les rimes folles Les cheveux noirs et qui frisent Moby Dick le cétacé Baleine blanche narval Dans le polar de Melville Le défi du vieil Achab La mort du dormeur du val La fin des heptasyllabes
JE PENSE mais il y a peut-être erreur sur la personne
JE PENSE, mais il y a peut-être erreur sur la personne Je pense donc je suis disait l’autre mais il ne disait pas (du moins je le pense) ce que moi je pense sur le Sujet Celui qui dit Je pense, affirme un autre penseur, « fond en un seul acte le dire et le faire » Je pense en effet qu’il faut toujours avoir deux faires au feu : le faire semblant et le faire pour de vrai Je pense c’est, selon l’étymologie, je pèse et je soupèse Je pèse le côté un peu factice de poursuivre ces variations sur le verbe penser à la première personne du présent de l’indicatif En y pensant je suis (du verbe être) cette pensée idéale en massif et en jardinière (j’invite mes lectrices-lecteurs à préférer, pour une belle floraison, un emplacement ensoleillé surtout dans l’hiver de la pensée que nous traversons) « Je pense donc j’essuie », comme l’écrivait mon professeur de philosophie après avoir essuyé la formule cartésienne qu’il avait écrite comme matière à penser à la craie blanche sur le tableau noir d’une salle de l’École Normale d’instituteurs d’Auch (Gers) saison 1963-64 Je pense aux petites fiches où j’ai écrit des milliers de poèmes issus de citations Je pense à mes années d’apprentissage faites de bric et de broc sans maître penseur mais avec les senteurs de ma verte campagne où je suis né Je pense qu’ainsi j’ai échappé à la meute des penseurs doctrinaires désignés par des substantifs se terminant par -iste (en faire la liste requerrait un cahier d’écolier en entier) Je pense que si j’ai été un bon élève ( en rien exceptionnel) je le dois au désir insensé de mes père et mère, les derniers des paysans, se nourrissant presque exclusivement des produits de leur petite ferme, qui rêvaient que j’embrasse la profession d’instituteur, boursier tout au long de mes études et enfin entrant en classe de seconde à la (petite) école normale comme élève-maître entrant pour mes 16 ans dans la carrière Je pense que contrairement à la fille d’un boutiquier normand qui vient d’accéder au prix Nobel, je n’en tire aucune fierté, ni, encore moins, rage de « transfuge » Je pense que provisoirement il vaut mieux en rester là, posant mon stylo et reprenant, pour oublier ma trop longue anaphore, un de mes livres actuels que l’on dit de chevet (partie du lit où l’on pose son chef, sa tête, sa caboche) Elle prend son arc turquois Recoiffe sa tresse blonde Puis s’endort au bruit de l’onde Pierre de Ronsard