J’AI FAIT BIEN DES VOYAGES

J’AI FAIT BIEN DES VOYAGES
et toujours pour de bon
pour me remettre en cause
sur cette terre énergumène 1


J’ai fait bien des voyages
Un carnet à la main
Où j’ai laissé des traces
Que rentré au logis
J’ai revisitées
pour en faire livraisons
à des éditeurs


Ainsi sont nées
La fenêtre primitive
Ouverte sur les séjours
Que je fis chez les Amérindiens
du Venezuela


Ainsi aussi
Sur l’oppidum sans nom
le site archéologique
où vécurent nos Gaulois de Provence
à Saint Blaise


Ainsi encore
Cuba si Cuba no
Où je troquais
mes illusions révolutionnaires perdues
pour la rencontre de l’amour
de ma vie


J’ai fait bien des voyages
que j’oublie maintenant


En ce moment précis
Ce sont d’autres voyages
Qui entrent en Je(u)


Des pages de voyage 2
Où la boussole vacille
Entre départ et arrivée
de Santa María de los Buenos Aires
à Paris sur Seine la mouillée


Des extraits d’inédits
Qui remontent le fleuve
…le livre le chant le radeau
La course folle vers l’estuaire 3


Et puis surtout
ce Voyage en Monodie 4
de mon amie en poésie
dont je relis
non sans ce présent des nostalgies
dont j’ai le secret
la dédicace :


« Pour toi Jean Jacques
à travers les territoires
de mémoire et de rêve »



1 Marie-Claire Bancquart
2 Sylvia Baron Supervielle
3 Jeanine Baude
4 Jacqueline Saint-Jean

TRAIN DE NUIT

Tu prends cette nuit un train dont tu ne connais pas la destination

Tu as découvert au dernier moment que tu partais de la gare Au Gorille

Tu l’inscris à tout hasard sur ton carnet de voyage sans souci du quand dira-t-on

Passager clandestin tu ignores si le voyage aura une fin

Au diable tu es parti ce 22 septembre selon l’injonction du chansonnier de la gare susdite

Compartiment Poète qui cherche à t’introduire dans une autre manière d’être au monde

pour te libérer du monde établi dans lequel tu crois vivre

Drôle de prétention

La suite tient en trois notes

Trois petites notes de musique

Qui sans crier gare

Vous reviennent en mémoire

Pour ne pas mourir

DES POÈMES

D’obscures clartés

En brasier des ombres

Je lis des poèmes

.

Floraisons fugaces

Semaisons, bonaces,

Viennent sous ma plume

.

Tout ce qui fait sens

À l’œil à l’oreille

Frisant le non-sens

.

Au grenier sans trêve

Je secoue mes rêves

J’abolis le temps

Nuit blanche sur la page

La main sans maître projette

Son alphabet des ombres

Jacqueline Saint-Jean

écrivant en vis-à-vis d’un carnet d’hypnographies tracées par JJ Dorio

un livre d’artiste imaginé le printemps et l’automne 2014

imprimé en 12 exemplaires

ÉCRITURES OPPOSÉES

L’écriture cocon

Cette première nuit

D’automne

Opposée à la cochonnerie d’écriture

d’Artaud le Momo

.

Assis dans un voltaire

À l’arrêt

Essayant de recoudre un monde

Qui se défait à vitesse grand V

Ou à Rodez chez les fadas

Des électrodes plantées

Dans le cerveau

.

L’écriture grand-père

Fantaisie assurée

Pour mes cinq petits enfants

Tant que blanchissent mes cheveux

Ou bien le livre de l’intranquillité

De Pessoa sans descendants

S’inventant des personnages de papier

.

L’écriture sur le quai aux fleurs

Où vécut Vladimir Jankélévitch

Qui dut dans la douleur

Reconstruire son appartement

Dévasté par la peste brune

.

L’écriture dans mon jardin

Perché sur mes amandiers

En essayant de tenir à l’écart

Tout ce qui gâche nos mots

Quand ils filent le coton noir

D’un monde déglingué