LA BARQUE DE LA NATIVITÉ

Je trace des flammes d’espoir face à la mer étoilée
Une barque de la nativité m’apporte les cris joyeux
D’une nouvelle-née




LA CRÈCHE ÉGARÉE

Sous la pluie fine j’ai cherché l’étable de la crèche

Guidé par les braiments et les beuglements

Des bêtes censées l’occuper

Mais sans doute leurs cris étaient trop intermittents

Et je ne l’ai pas trouvée





À mon retour l’ondée avait cessé

J’ai vu une biche et son faon

Qui buvaient à la source de la rivière

des Trois-Enfants

L’AZUR LES PROSES LES CHOSES ET LE RESTE

L’Azur
Lapis-lazuli
Taches de vins bleus 1
L’azur sans nuit sans mort 2
L’azur et le vermeil
L’azur et le hasard
Venus sur cette feuille
Éclairer l’or
Des proses

Les proses
De l’école première
Des lettres en bâton
Les proses des petits poèmes
Portés comme des sacs de farine
Sur l’dos de Baudelaire
Ses proses poétiques
Dans la saveur
Des choses

Les choses
Quelle affaire !
Les choses de la vie
Le parti pris des choses 3
Les leçons qu’on nous donnait
À l’école communale
Sur la noix et la pomme
La mouche ou la mousse
des bois

Des bois et des déboires
Au parfum de tristesse
Songeries dont aimait se martyriser
Stéphane Mallarmé

Stéphane Mallarmé
L’esprit de l’escalier
Le hasard et le coup de dés
Crise de vers
Exquise crise 
De cette littérature
Dont Verlaine voulait
Tordre le cou

1 Rimbaud 2 Hugo 3 Ponge

NOVA CANÇÓ


Nova cançó
Nueva troba
On se risquait
À tordre le cou
Aux vieux rêves
Académiques

Le temps passe
Chansons nouvelles catalanes
Ont cinquante ans d’âge
Et aux troubadours d’aujourd’hui
Le régime cubain met le bâillon

J’écris cela sans nostalgie
Ni désespérance
Tristesa, por i mort,1
Ne feront jamais parti
De mon vocabulaire

Au poing serré
Je préfère la main ouverte
Sur nos vulnérabilités
Et nos pertes

1 Tristesse, peur et mort.

POÈME manières de faire

JE VOUS SALUE VOUS QUI VEILLEZ


Je vous salue vous qui dormez

Robert Desnos


Je vous salue vous qui savez
Séparer le bon grain de l’ivraie

Je vous salue vous qui veillez
à démêler le faux du vrai

Je vous salue hommes d’argile
Dont la vie est longs exercices
	Essais Savoirs toujours fragiles	

Travaux en cours de votre espèce fabulatrice

Je vous salue femmes de rêves
Femmes de plumes de pourquoi
De mère sublimées en Ève
De donas de l’amour courtois

Je vous salue vous qui dormez
Qui flottez dans vos nuits de doute
Ou bien assis au bord des routes
Amours splendides vous rêvez

Je vous salue vous qui aimez
Compagnons gentils hors de vilités
(pensées viles)
Fleurs de beauté à céleste visage

Ainsi finit mon babillage



Citations Nancy Huston (l’espèce fabulatrice) Rimbaud (Ma bohème) Rabelais (l’abbaye de Thélème)