ENCORE DES SONNETS ? IL FAUT ÊTRE SONNÉ !

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Sur un thème connu me voilà variant
Mariant la contrainte avec la fantaisie
Dans la nuit solitaire triste oiseau se riant
De l’amour malheureux plantant ses banderilles

J’accumule mes plaintes mes peines et tourments
Je me perds dans les bois de ces amants d’Ovide
Transformés en tilleul en rameaux de gourmands
Sur la barque d’Amour je rame dans le vide


Quand finit ma complainte la nuit et le silence
Me laissent démuni passereau solitaire
Je refuse pourtant tout ce qui me fait taire :

L’absence de désir le malheur la souffrance
La langueur de mes rimes mes belles adversaires
Dernier vers Ô Lecteur en absence…Va riant !

Sonnet écrit d’un premier jet ce mercredi 19 juillet 2023
Avec l’aide de La Roque (Siméon Guillaume) vers 1551-1611

JE RÊVE DU DERNIER CARRÉ DE DESESPERADOS DE MAI 68

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Mes rêves révèlent une sorte de mémoire palimpseste C’est un luxe après chaque réveil de mes songes d’endormi de pouvoir en laisser trace Je suis dans une assemblée dernier carré de Mai 68 qui s’arc-boute dans une petite salle de l’Université de Lettres de Toulouse Je prends la parole pour me désolidariser de leur action de désespérados L. une trotskyste avec qui j’ai des relations amicales vient me rejoindre à ma sortie pour essayer de me convaincre qu’il faut continuer le combat Mais ses propos s’effilochent et nos relations se transforment en préludes d’un autre ordre C’est maintenant la rentrée des classes (j’ai quitté l’Université depuis 2 ans pour enseigner en collège) Je vois une pagaille d’élèves autour de moi mais je n’arrive pas en ce qui me concerne à retrouver la salle de classe qui m’a été attribuée (rêve récurrent) Je croise C. vieux camarade d’Arreau (Hautes Pyrénées) qui me dit avec autorité :-Tu dois établir un contact avec le ministère Je rêve à présent que je pèche avec une gaule en bambou dans un étang Un grand type arrive près de moi avec un chien tout vert qui se métamorphose en gros poisson plonge et disparaît (28 août 1984) Je suis devant un stade et n’arrive pas à trouver l’entrée J’entends la rumeur des spectateurs à l’intérieur Je vois sur une pelouse annexe des joueurs se préparer Et puis me voilà sur un cheval de cirque ou de carnaval…

MAI 68 Peut-être que nous ne sommes plus beaucoup à garder en soi « l’enchantement lucide » que nous vécûmes dans l’écume et la profondeur de Mai 68. Il revient parfois sans que l’on s’y attende, un demi-siècle après, dans une marche solitaire au milieu d’une ville où l’inattendu nous éclaire, nous hypnotise, réveille en nous, ce à quoi, les gens qui circulent alentour semblent ne plus croire : le mariage, entre humour et gravité, de l’espérance intime, avec l’Utopie politique d’une révolution permanente partagée, mais sans violence aucune.

JE RÊVE D’UNE JEUNE LECTRICE DE LA VIE MODE D’EMPLOI

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Pagaille de rêves Rêves en pagaille J’ai bien conscience que ce que je que je rapporte sur le papier de mes rêves n’est souvent qu’un fragment une « queue de rêves » qui ont commencé dans un tohu-bohu bien en amont Cette nuit je me réveille avec la vision et les paroles prononcées par une ancienne collègue prof de Français dans le même collège Elle s’accroche à mon dos en me disant « J’ai besoin d’être amadouée » Un peu avant nous avons assisté derrière une vitre (comme on voit les inspecteurs le faire dans les séries policières) à « l’interrogatoire musclé » d’une de nos anciennes élèves entourée de bonhommes la déclarant pour on ne sait trop quel prétexte « folle à lier » Nous sommes passés de l’autre côté du miroir en protestant donnant des gages et des raisons de dire qu’ils se trompaient que M. était une excellente élève une lectrice hors pair pour son jeune âge de La vie mode d’emploi Je rêve à présent d’un car qui brinqueballe sur une route de montagne étroite au milieu d’une forêt Le bus touche soudain une arête de rocher qui l’envoie valdinguer dans le décor et s’écraser en contre-bas (comme dans un film de série B) Je vois un type en sortir comme un mannequin sans tête qui la tient dans ses bras (on dirait une des scènes de La femme 100 têtes de Max Ernst)

la femme du bœuf et de l’oiseau

une « adresse » de l’ami Brugeilles du 29/10/1988

le cachet de la poste faisant foi

COMMENT POUVOIR PARLER DE LUI À L’IMPARFAIT…

Jacqueline Saint-Jean écrit à l’ami poète en allé…

Il s’en est allé, l’ami poète, nous laissant soudain dans la sidération, la tristesse, le silence…

Lui si présent dans nos vies d’écriture, nos rencontres, nos lettres, si vivant dans son œuvre qui m’accompagne depuis Le temps des sèves et Le givre et la raison, dénichés dans une librairie toulousaine en 1971, et ses fascinants premiers romans chez Laffont, Haute serre et La chasse Artus. Nos premières rencontres entre 73 et 75, à Bruguières, Carmaux, alors que j’animais un atelier lecture d’un de ses poèmes. Puis, avec lui et Le Sidaner, Tixier, Lovichi, à Viazac en 1975, lors de journées Encres Vives et GFEN [1], où j’animais un atelier d’écriture, moment essentiel dans mon parcours et mes relations avec la revue, où Michel Cosem accueillit ensuite dix de mes écrits. Les lectures du comité de rédaction, à Figeac, Tarbes pour les 50 ans d’Encres Vives, et nos dernières retrouvailles, au château Saint-Louis, dans la lumière des vignes et l’amitié des présences. Comment pouvoir parler de lui désormais à l’imparfait…

Comment évoquer cet homme discret, attentif et bienveillant, ouvert au monde et aux autres, libre et généreux, dont la seule présence diffusait une sorte de sérénité confiante.

Un être habité par le besoin d’écrire et le désir de partage, que je revois, souvent assis dans l’herbe, adossé à un arbre, carnet sur les genoux, comme incorporé au lieu, plongé au pays des mots et des songes. Bien loin des parisianismes et mondanités littéraires.

Le fondateur d’Encres Vives, ce foyer de poésie qu’il a fait vivre pendant 63 ans, inlassablement, accueillant mille et une voix, émergentes ou connues, venues de tous les horizons, à travers quatre collections. Qui dira cette longue aventure ?

L’écrivain qui s’investit beaucoup dans les rencontres avec les jeunes lecteurs, écrit pour eux avec exigence, les rencontre, anime des ateliers, désireux d’éveiller le désir de lire et d’écrire, de faire découvrir le pouvoir essentiel de la poésie, la force de l’imaginaire.

Le créateur inspiré d’une œuvre multiforme et féconde d’environ 200 livres, poésie, romans, contes, nouvelles, ouvrages théoriques, anthologies, livres pour la jeunesse, irrigués par son regard aimant et pénétrant sur les lieux, sur l’Histoire humaine, sur la beauté du monde. Voyageur qui habite le monde en poète, captant l’éphémère et l’immémorial, magnifiant l’ordinaire, les rencontres, les passants, les visages, la vie animale et végétale.

En ces temps de dérive et de prédation planétaire, son œuvre vivifiante chante notre double appartenance, à notre humanité menacée, en proie « au poison de la destruction », à « l’histoire cruelle toute vibrante des cris de haine » et à la Terre, aux éléments, aux règnes du Vivant. Elle tente de réenchanter « ces chemins du regard qui sont les seuls possibles dans la probable tourmente ».

Malgré les ombres et les épreuves, il peut dire : « Mon écriture et mes rêves ont survécu : cela suffit » ( L’encre des jours, éd Alcyone)

Jacqueline Saint-Jean


[1] -Groupe Français d’Education Nouvelle.